SARAH TAYLOR
de mon expérience et il fut convenu que l’on me montrerait l’enfant le lendemain et que j’essaierais alors de voir ce que l’on pouvait faire pour elle.
12® CAS. Le 9 juillet 1843. La patiente, Sarah Taylor, est une enfant de neuf ans et demi, petite pour son âge, et stupide d’apparence. Yoici son histoire, racontée par son père, sa mère et sa sœur aînée. C’était une enfant de sept mois, très petite, la tête très forte comparée aux proportions exiguës du corps, molle (« comme une vessie pleine d’eau »), et ils doutèrent longtemps de pouvoir l’élever. Ils s’inquiétèrent beaucoup, à mesure qu’elle grandit, de ne pas l’entendre parler, et de voir que ce qu’on lui disait n’attirait pas son attention ; mais ils durent conclure à latin, que ce n’était pas de l’obstination comme ils avaient cm d’abOrd, et qu’il fallait se rendre à la douloureuse évidence : l’enfant était sourde-muette. Le père m’a assuré, ainsi qu’à d’autres personnes, que dans son désir de voir si elle pouvait entendre tant soit peu, il s’était souvent placé derrière elle et avait crié à tue-tête^ sans qu’elle donnât le moindre signe d’entente. Quand l’enfant était éloignée, ils étaient en transes continuelles de peur qu’elle ne se fit écraser par quelque voiture, dont elle n’entendait jamais l’approche. La mère et la sœur dirent aussi qu’il leur était impossible de la faire entendre ou d’attirer son attention, le dos tourné ; dans cette position, pour communiquer avec elle, il fallait la toucher. Ils furent tous d’accord, qu’à l’exception de deux ou trois mots, père, mère, sœur, qu’elle avait appris en observant le mouvement de leurs lèvres, elle n’avait jamais pu parler de façon à être comprise avant l’opération. Je regrette de n’avoir pu mesurer l’acuité auditive avant d’opérer ; mais je suis certain qv' après la -première opération, elle ne pouvait encore distinguer un mot de l’autre. J’ai eu plus tard une preuve concluante quelle n’avait jamais entendu d’une façon suffisante, car elle ignorait le nom d'um partie queclonque de sapropre personne^ou d’une autre personne ^ d’une place, ou enfin d'une chose quelconque ; ce fait
fut remarqué par un grand nombre de personnes qui la virent après l’opération. Après la troisième et la quatrième épreuve, je pus lui faire répéter quelques simples mots ; elle put aussi, en me suivant, chanter la gamme.
Dix jours après la quatrième épreuve, elle fut l’objet d’une expérience devant cinquante ou soixante personnes, y . compris plusieurs médecins devant lesquels elle répéta la gamme et un grand nombre de mots. Elle va à l’école écossaise depuis plusieurs mois et fait des progrès. Elle entend bien maintenant et imite aussi bien le chant que la parole. M. E. Taylor, professeur de musique, donna récemment à plusieurs de mes amis, savants médecins, une preuve intéressante de ce fait, en composant ex tempore un air que notre jeune patiente, en compagnie de deux autres, chanta parfaitement pendant le sommeil neurohypnotique. Elle aurait pu en faire de même à l’état de veille, et des centaines de personnes l’ont entendue parler et chanter, pendant l’hypnotisme et pendant la veille.
Ce qui est curieux, c’est que certaines personnes qui manquent de goût pour la musique, qui n’ont pas l’oreille musicale et ne pourraient apprendre correctement l’air le plus simple à l’état de veille, puissent néanmoins chanter juste pendant l’hypnotisme. J’en ai vu un exemple remarquable chez une jeune dame, à laquelle je voulais faire apprendre un air simple qu’elle devait répéter à une de mes conférences ; elle n’y put parvenir, n’arrivant jamais à suivre plus d’une ou deux notes dans le ton ; sous l’influence de l’hypnotisme, elle répétait sans erreur un chant entier. On trouve des exemples du même fait dans le somnambulisme naturel, aux pages 296-298 et 309 du livre du docteur Abercrombie, On the mtellectual ■ Powers. Dans l’une des observations, il est dit: « Elle chantait souvent la. ihusique ordinaire et la musique sacrée, dit le docteur Dyce, incomparablement mieux qu’elle ne le faisait éveillée ». Dans une autre observation, « éveillée, elle était lourde, maladroite, apprenant avec grands efforts, malgré les soins qu’on lui prodiguait ; au point de
l’hypnotisme ajoute aux dispositions musicales 169
vue de l’intelligence, elle était de beaucoup inférieure aux autres servantes de la famille ; elle ne montrait aucun goût pour la musique et ne paraissait pas se rappeler ce qui lui était arrivé pendant le sommeil. » Pendant la durée de son somnambulisme, elle chantait admirablement et montrait une grande intelligence.
J’en finirai avec cette partie par l’observation suivante, extraite de mes notes. L’inaptitude de ce patient à chanter juste peut avoir eu sa cause, en partie dans un défaut de l’organe de l’ouïe, et en partie dans un état nerveux affectant les organes vocaux. J’entrepris l’expérience simplement pour satisfaire au désir particulier du patient ; je n’avais pas encore rencontré de cas semblable, et ne pouvais donc exprimer aucune opinion sur un succès ou un échec probable. J’étais cependant certain que cela ne lui ferait pas de mal ; je tentai l’éprnuve et assurément le succès fut des plus heureux et des plus flatteurs.
13® CAS. — Je fus consulté le 7 juillet 1842 par Alexandre M’ Roberts, âgé de 29 ans, et demeurant chez M. Hannay,. 42, Thomas Street, Manchester. 11 me dit qu’il n’avait jamais pu chanter juste dans un chœur, malgré de nombreux essais. Après 'une hypnotisation d’environ dix minutes, je l’éveillai et le fis entrer dans la salle à manger, où,, après une seconde hypnotisation, un de mes amis se mit à l’orgue, et je fis chanter la gamme à mon patient. Nous débutons pas le ré, sa voix ne lui permettant pas de prendre le do. Il est rapidement mis à même de parcourir la gamme très correctement, en montant et en descendant. Je le réveillai de nouveau et le fis recommencer ; il chanta alors aussi bien éveillé qu’il l’avait fait pendant le sommeil nerveux. Je lui fis ensuite chanter la première partie de « Robin Adair, » qu’il exécuta plusieurs fois avec beaucoup de justesse. Cette expérience eut lieu en présence de messieurs Jame Reynolds, Daniels, et James Braid,. mon neveu. Dans la soirée du même jour, pendant l’hypnotisme, il chanta de nouveau plusieurs fois et très correctement, la première partie de « Robin Adair », Braid. 10
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ainsi que l’hymne de Pleyel, et Je chant des « Old Hundred». Il entendait l’hymne de Pleyel pour la première fois. Cette séance eut lieu en présence de quatre témoins.
Plusieurs de ses amis connaissaient cette inaptitude à chanter juste, avant les opérations ; l’un d’eux, en particulier, qui était musicien, désespérait de jamais entendre chanter M’ Roberts, et fut extrêmement surpris des résultats. Ce patient fut opéré plusieurs fois encore et, quand je cessai de le voir, il avait appris de nombreuses chansons et suivait à première audition et avec aise et facilité un air simple quelconque.
Le sens dont je vais parler maintenant est celui de l’odorat. Ayant mis le patient en hypnotisme, il faut Fy maintenir plus ou moins longtemps, selon l’objet qu’on a en vue. Si l’on veut exciter ou accélérer le sens, il faut étendre les membres, et faire passer de temps en temps un léger courant d’air contre les narines. Ce n’est pas ce qu’il faut faire si l’on veut amoindrir le sens de l’odorat.
14® CAS. — Ce cas est un exemple du retour de l’odorat par l’hypnotisation. La jeune personne en question fut opérée pour une affection toute différente. Quand elle fut réveillée et après que j’eus quitté la chambre, elle voulut savoir la cause de tout le bruit qu’elle entendait dans la maison, et se montra très étonnée du tapage que l’on faisait en vaquant aux soins du ménage. On lui affirma qu’il ne se passait rien d’extraordinaire, qu’on ne faisait pas plus de bruit que d'habitude, et l’on tint la cause de ses plaintes pour imaginaire. Elle, de son coté, maintint qu’elle était réelle. Le fait était que, depuis un certain temps, elle était devenue dure d’oreille, et que l’amélioration du sens de l’ouïe par suite de l’hypnotisation était la cause de cette modification dans cette faculté. De plus, elle avait, depuis plus longtemps encore, perdu le sens de l’odorat, et l’on s’aperçut quQ ce sens aussi était rétabli par la même opération.
Un autre patient, qui avait perdu l’odorat depuis neuf ans, le vit revenir après deux séances d’hypnotisme. La note
LE SENS DE l’odORAT
ci-dessous i montre jusqu’à quel point ce sens peut être porté pendant l’hypnotisme, elle est extraite d’un rapport d’une séance donnée aux membres de l’Association britannique, et publié dans le Manchester Times.
Les sens dont je vais maintenant parler sont le toucher
1 . Messieurs Clarke et Townend firent ici une expérience curieuse, pour mettre les phénomèmes à l’épreuve. M. Braid avait appelé leur attention sur la surexcitation étonnante du sens de l’odorat. On tint devant la patiente une rose qu’elle suivit sur la plateforme dans toutes les directions avec le plus vif empressement, — cherchaiit à l’atteindre quand on la tenait en l’air, se baissant gracieusement pour la suivre presque jusqu’au parquet, — se précipitant après la fleur, à travers toute l’étendue de la plateforme et (malgré le bandeau qui lui couvrait les yeux) avec une précision infaillible dans toutes les directions possibles — ou bien se jetant dans les attitudes les plus fantastiques, mais toujours avec une aisance surprenante, pour respirer les émanations à mesure que l’on tournait autour d'elle. Tout d’un coup elle cessa sa poursuite, et M. Braid nous expliqua que le sens de l’odorat lui faisait maintenant complètement défaut, et ne reviendrait qu’à l’aide d’un courant d’air devant les narines. M. Clarke fit alors signe à M.Townend de traverser la plateforme, etil lui jeta la rose, à une distance d’environ quatre ou cinq yards. M. Clarke ayant ainsi pris la précaution d’éloigner tout soupçon de connivence ou de tour d'adresse, fit lui-même passer un courant d’air au-devant des narines du sujet, de façon à exalter de nouveau la sensibilité de l’organe. Elle avança alors comme à la recherche de quelque objet qui lui aurait échappé, et s’approchait du bord de la plateforme, ce qui n’ était pas exactement la direction qu’avait parcourue la rose, quand subitement, ses membres et tout son corps furent pris de tremblement, elle se baissa légèrement et donna tous les signes de la plus vive terreur. M. Braid expliqua que ceci provenait en partie du bruit d’une voiture qui passait sous les fenêtres, et en partie d’un sentiment de danger causé par les fortes vibrations du léger plancher sur lequel elle se trouvait. Quand le bruit de la voiture eut cessé, elle se tourna dans la direction de M. Townend, qui lui présentait la rose, et quoiqu’elle en fût à la distance de trois yards, elle en reconnut le parfum et s’élança vers la fleur avec la plus grande précision. Les applaudissements soudains de l’auditoii e dissipèrent le charme en un instant, et elle revint à elle, étonnée et en apparence très effrayée. M... se mit à rire, et voulut essayer de convaincre un petit cercle qui l’entourait, que ce n’était qu’une feinte, mais il ne put réussir à faire partager ses impressions. Au premier rang de l’auditoire et parmi ceux qui suivaient les expériences avec le plus d’intérêt se trouvaient M. le doyen de Manchester,
DE l’hypnotisme
et la résistance ; je vais donner des exemples des bons effets de cet agent dans le traitement de l’exaltation anormale ou de la dépression de ces fondions. Il est peu d’affections dont les manifestations soient plus frappantes, ou qui soient plus importantes dans leur caractère et dans leur tendance, que celles que nous comprenons dans cette classe, c’est-à-dire la paralysie de la sensibilité ou du mouvement ou les deux, ou bien l’inverse, l’exaltation de la sensation, et le spasme tonique ou clonique.
On sait que le tic douloureux est une des affections les plus pénibles auxquelles soit sujet le corps humain. Elle peut provenir d’un désordre du système nerveux, désordre localisé ou général, ou d’une’cause organique. Les symptômes, dans les deux variétés, se ressemblent beaucoup, mais les chances de guérison sont loin d’être semblables. Dans la première variété, il peut y avoir guérison, et le moyen le plus sûr et le plus rapide que je connaisse est l’hypnotisme ; dans là seconde, les chances de succès sont tout autres, quel que soit le remède que l’on mette en usage. J’ai, à de nombreuses reprises, appliqué l’hypnotisme dans ces derniers cas, sans effets, mais dans les premiers, j’ai obtenu des avantages immédiats et sensibles. Je vais citer quelques observations de traitement relatif aux désordres fonctionnels.
les révéï'ends N. W. Gibson, H. Ethelston, G. D. Wrays, le colonel Wemyss et bon nombre de médecins, qui tous étaient capables de se former une opinion personnelle ; nous entendîmes, de la part de plusieurs de ces messieurs, l’expression de la surprise que leur causaient ces phénomènes, et de leur conviction qu’ils étaient réels. C’était, du reste, la conviction du sens commun, car ils eussent été beaucoup plus merveilleux comme tours de force que comme phénomènes au point de vue de M. Braid. Tous doivent avoir reconnu qu’il était impossible à une personne dans son état naturel de poursuivre avec tant de facilité, d’assurance et de rapidité, sur une plateforme et les yeux bandés (en supposant le sujet éveillé), une fleur passant de main en main; mais si nous acceptons la solution donnée par M. Braid, que les sens sont exaltés de façon extraordinaire, le mystère est éclairci. La seule chose extraordinaire qui reste, c’est qu’un pareil agent n’ait été découvert qu’aujourd’hui.