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s'avançait, toute resplendissante de grâce et de gloire, leur Reine, la bienheureuse Marie, Mère de Dieu. Les anges et les vierges se prostérnèrent aux
ieds de l'autel; et Marie se tenait de-
out, à côté du prêtre, le suivant res poctueusement dans les actions du saint sacrifice. Quand il fut terminé, Marie se pencha vers le Saint et lui dit: “ Reguide!” Et elle s'éleva peu à peu de t:rre; les anges et les vierges l’accom pagnaient en chantant, et ils disaient ce verset de l’Ecriture: J'irai à la montigne de la myrrhe et à la colline de l’encens. (1) Puis le ciel s’ouvrit: des éblouissements de gloire et de lumière rejaillirent sur l'autel, et une scène ineffable se déroula aux yeux de l’apôtre.
Il vit la Vierge s’avancor majestueuscment vers un trône qui s'élevait comme au milieu du ciel; à mesure qu'elle approchait, elle était saluée sur son passage par les applaudissements et. les] cantiques de tous les bienheureux; ct quand elle fut assise, les chants ce sèrent subitement, il se fit dans le ciel un de ces grands silences dont parle l'A pocalypse, et Dieu, allant au devant de sa Mère, déposa sur sa tête une couronne
de fleurs et d'étoiles. Mais elle, l’ôtant de son front et la montrant à l’apôtre, elle lui dit encore : “ Regarde! cette couronne est pour toi!” et aussitôt les anges applaudirent, et les vierges reprirent leur cantique: “J'irai à la montagne de la myrrhe et à la colline de l'encens 1” Puis la vision disparut, et la mélodie céleste s'évanouit peu à peu comme dans le lointain !
[Hyacinthe demeura longtemps les bras étendus, la poitrine haïietante, les yeux levés au ciel. Lorsqu'il revint à lui, il se sentit comme navré au cœur d'un profond chagrin, et il connut plus que jamais les douleurs et les impatiences de l'exil. Souvert il regardait le ciel, étendant les mains comme pour s'y envoler, et il redisait les paroles du Cantique: “J'irai à la montagne de la myrrhe et à la colline de l’encens!” Mais quand sera-ce, Seigneur ? Oh! appelez-moi et abréwez mon exil!
Il vint ce jour ant désiré, et PRISE lui avoir révélé sa mort il plut à Dieu de la sanctifier en l’associant au souvenir du grand triomphe de Marie qu’il avait tant aiméo. Le 14 août, de l'an 1259,
(1) Cant. IV.6.
Dieu lui révéla qu'il mourrait le lendemains. Sur le soir, il assembla les Frères du Couvent de Cracovie où il vivait depuis quelques années; et il leur dit, lo visage tout rayonnant de; Joie : “ Frères bien-aimés et enfants chéris ! l’heure est venue de vous quitter pour aller à Dieu qui m appelle. Ne vous aïflligez pas de cette séparation ! Jésus-Chri St étent notre vie, vous me trouverez en lui, et comme je vous ai aimés sur la terre, je vous aimerai davantage encore au ciel.
Soyez des saints. Ce que le Bienheureux Père Dominique nous a laissé, je vous le laisse à mon tour : les privations de la pauvreté, les austérités de la règle les abnégations de l’obéissance, les fatigrues de l'apostolat, et, par dessus tout, l'amour et la pr otection de Marie.” Au milieu de la nuit, il se leva une dernière fois pour assister à Matines avec les Frères. La célébration des saints mystères suivit la psalmodie. Quand le sacrifice divin fut achevé, il s’'approcha de l’autel et reçut là le saint viatique et l’extrème-onction. Quelques instants après, il mourut enseveli pour ainsi dire dans le triomphe et la gloire de Marie. Il allait continuer au ciel l hymne de
joie qu'il avait commencé sur la terre, et célébrer avec les anges l'éternel couronnement de la Vierge dont il avait eu déjà la vision et le spectacle ! (1).
Une telle mort devait être glorifiée, il fallait que Dieu manifestât merveilleusement le bonheur de son admirable serviteur. Ce fut aussi ce qui arriva.
Pandrotta, évèque de Cracovie, qui avait succédé à Yves de Konski, avait voulu faire lui-même la cérémonie des obsèque. Lorsqu'il eût achevé, étant entré dans la cathédrale, il se mit en oraison pour se consoler en la présence de Dieu de la mort du saint religieux, son ami.
Or, pendant qu'ilétait en prière, il tomba dans un sommeil extatique, il vit deux vicillards tout rayonnants de gloire.
L'un était revêtu d’habits Pontificaux ; l’autre portait le costume des religieux de Saint Dominique et avait sur la tête deux couronnes merveilleusement belles. Ils étaient précédés d’une procession d’anges habillés de blanc et qui portaient des flambeaux allumés à la main. En même temps, il comprit que de ces deux vénérables personnages le premier était Saint
ee mme
(1) P. Girard, Panégyrique.
Stanislas, l’un de ses prédécesseurs, qui avait mérité la palme du martyre, et l'autre Hyacinthe dont il venait d’ensevelir le corps, et qui jouissait déjà de la double couronne de la virginité et du Doctorat Une religieuse de Prémontré eut la même vision, excepté qu'au lieu d’être accompagné de Saint S'anislas, Hyacinthe était précédé de la Très- Sainte Vierge elle-même. L’Evêque et la religieuse reçurent une grande conso lation de ces apparitions, ils en firent part aux religieux de Saint Dominique, et le bruit s’en étant répandu dans la ville, la tristesse du peuple qui ne pouvait assez regretter la perte qu'il avait faite, se changea en une douce et pieuse joie. Le lendemain, un jeune Seigneur nommé Zegotta s étant tué d’une chute de cheval, ses membres fracassés furent portés sur le sépulcre du Saint. Ils ne tardèrent pas à ressentir l’efficacité divine qui etait dans ces ossements, une heure après le jeune homme se levait plein de vie et déclarait que c'était Hya-:
cinthe déjà glorieux dans le ciel qui l'avait ressuscité.
Il se tit par la suite par l’intercession de Saint Hyacinthe une multitude si
prodigieuse de miracles qu’il a mérité d'être appelé par le Souverain Pontife Clème t VIIT lun des plus grands thaumaturges de l'église, et que son nom est demeuré célèbre entre tous dans les régions qu'il avait évangélisées.
Telle est la mort des Saints ; après qu'ils ont mené une vie comblée de mérites, ils arrivent à une mort pleine de consolations : Que les jours de leur exil aient été abrégés par une mort prématurée, ou qu’ils soient parvenus à la bénédiction d'une vieillesse avancée, leur mort est heureuse; visités par les visions célestes, ils goutent par anticipation le bonheur dont ils vont jouir, et ils chan-— tent de leurs lèvres expirantes, le cantique de l’action de grâces et de l’espérance: Je chanterai dans l'éternité les miséricordes du Seigneur. Instruiseznous, Ô mon Dieu, par le spectacle de la mort de Saint Hyacinthe. Si sa mort a été si douce, c’est que sa vie avait été sainte. Qu'eut-il craint de lavenir, ce courageux, cet indomptable athlète de Jésus Christ? mourir pour lui c'était un gain, C'était arriver à la possession du bien suprème ; aussi avec quelle joie ne reçut il pas la nouvelle, que le temps
da son épreuve était terminé, et que Dieu l’attendait. Si nous voulons éprouvé le même bonheur quand viendr:
l'heure suprème, employons Îcs mêmes moyens ; SOyons saints comme Saint Hyacinthe. ne vivons pas pour nous mais pour Dieu; Dieu alors, même dans sa fonction de juge nous apparaitra, non comme un maitre redoutable mais comme un père plein de bonté, nous ne craindrons rien des sentences de celui dont nous aurons respecté les lois.
Donnez-nous de le bien comprendre, à mon Dieu, et faites que notre vie ne soit qu’une perpétuelle préparation à la mort, que dans la joie comme dans la tristesse, dans l’adversité comme dans la prospérité, nous ne perdions jamais de vue la vraie efficacité de toutes choses, les appréciant à la valeur non pas du temps, non pas de nos sentiments, mais de votre jugement et de l'éternité.
Conclusion comme au premicr jour.
Pratique: faire chacune de ses actions, comme si elle devait être la dernière de notre vie, et se répéter souvent la parole de Saint Bernard : Si je devais mourir maintenant, que ferais Je ?