CHAPITRE Î. — LES CINU PREMIERS FRUITS
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« est une sourc e PE de trésors :
il a non seulement des dons pour enrichir notre pauvreté, il nou3 présente aussi des fruits exquis et délicieux pour nourrir nos âmes. }
1. La charité —- Le premier de ces fruits, selon l’apôtre saint Paul, c’est la charité, ia plus excellente de toutes les vertus. Elle nous porte d’abord vers Dieu, être souverainement "on et aimable ; ensuite vers le prochain, afin de l’aimer pour l'amour de Dieu, parce qu'il est l'ouvrage de ses mains, son image, le prix de son sang et le cohéritier de son royaume. Si notre âme est nourrie de ce fruit,” sinous en ressentons les douceurs et les dé nous pourrons dire avec
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saint Paul: €La charité de Dieu est répandue dans nos cœurs par Île Saint-Esprit, qui nous à été donné. » «Qui est-C€ qui nous séparera de la charité de Jésus-Christ ? y (Rom. V, VU).
2. La joie. — \lest une joie mondaine qui à sa source dans les prospérités passagères de cette vie ; 1l est aussi une joie innocente et chrétienne qui naît de la bonne conscience, d’une parfaite conformité à .a volonté de Dieu, et d’une ferme espérance du ciel. Cette joie est ur des fruits du Saint-Esprit et un avant-goût délicieux de celle dont nous espérons jouir éternellement dans la céleste patrie.
Pour ce qui est de la joie des mondains, Ce n'est qu'une fausse joie, parce qu’elle est traversée par des remords continuels et privée de l'espérance du ciel. Si vous voulez être heureux,
renez la résolution de ne goûter jamais les joies
mondaines, qui sont imaginaires et de courte durée, mais seulement celles des enfants de Dieu: car lui seul, dit $. Augustin, doit être toute notre joie; et le chrétien ne se réjouit en toute sûreté qu'en Celui qui est immortel et immuable.
3. La paix. — La paix chrétienne est en mème temps et l'ouvrage, et le don, et Île fruit du Saint-Esprit ; il ne peut souffrir le trouble, surtout celui qui vient des passions et du péché ; il ne descend jamais que Sur des âmes pacifiques et tranquilles, et c’est en elles qu'il perfectionne cette paix et Fy établit si parfaitement que rien ne pourrait l'enlever.
Éxaminez si vous avez Cette paix avec Dieu, { avec le prochain et avec vous-même. Est-ce que vous l'avez avec Dieu? n'est-elle point troublée
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par vos péchés ? L'avez-vous avec le prochain ? n'est-elle point altérée par vos inimitiés, par vos antipathies, par vos jalousies, ou même par vos injustes prédilections? L'avez-vous avec vousmême ? n'est-elle point troublée par vos passions, ou par vos désirs injustes, ou par votre ambition ? Avez-vous la paix avec votre conscience ? N’estelle point traversée par vos justes remords, ou par le souvenir des péchés pour lesquels vous n'avez point encore satisfait à la justice de Dieu ? Travaillez donc à l'acquérir, et demandez-la à cet Esprit de paix.
4. La patience. — La patience, comme fruit du Saint-Esprit, est une vertu héroïque et chrétisnne par laquelle on supporte les travaux les plus pénibles et les plus longs sans se plaindre et sans se décourager, et on se soutient au milieu des afflictions les plus profondes. des persécutions les plus injustes, sans se laisser abattre, sans chercher d’autres consolations que celles de Dieu seul.
Elle a deux grands motifs qui l’animent : le premier est une espérance ferme et inébranlable dans une récompense future : le second, qui est le plus parfait, c'est relui de l'amour de Dieu : c'est ce précieux fruit que les apôtres reçurent le jour de la Pentecôte Ils souffrirent ensuite avec une patience inaltérable les prisons, les chaînes, les tortures et les plus cruels supplices que les tyrans purent inventer.
Que l’amertume de ce fruit béni ne vous dégoûte point ; quand vous en serez nourri, vous y trouverez une véritable douceur, il tempérera vos peines, il adoucira toutes vos souffrances, il vous procurera des joies éternelles :
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5. La bénignité. — La bénignité, dont parle ici l'Apôtre, et qu'il met au nombre des fruits du Saint-Esprit, est une vertu compatissante, qui vient de la charité ; elle nous rend attentifs et sensibles aux peines et aux afflictions de notre prochain, nous les fait compter au nombre de nos propres disgrâces, et nous engage à le secourir avec bonté et promptitude, sans écouter nos répugnances et notre délicatesse. ,
Cette vertu, dit le grand Apôtre (Épit. à ‘Tim., 111), a paru avec éclat dans la personne de notre adorable Sauveur. Sensible à toutes nos misères, il a souffert avec nous et pour nous ; et nous ne sommes point accablés sous le poids des tribulations, qu'il ne porte une partie de notre peine, et qu’il ne nous aide à porter l’autre. Voilà l'excellent modèle de bénignité, sur lequel nous devons régler nos rapports à Végard du prochain, que nous sommes obligés d'aimer comme Jésus-Christ nous à aimés :
PRATIQUE. — Oh! que nous serions heureux Si nous possédions ces fruits si utiles dans no$ rapports avec Dieu et Île prochain ! — Demandons-les tous les jours au Saint-Esprit avec la plus grande ferveur et surtout pendant ce beau temps de la Neuvaine.
EXEMPLES. — Patience et douceur. — Le pieux roi d'Espagne, Philippe If, dont l'histoire rapporte des traits si édifiants, fit preuve d'une patience admirable dans une circonstance où bien des gens en auraient manqué. [1 avait passé la nuit à rédiger des dépêches : c'était sa coutume de les écrire lui-mèimne ; SOñï secrétaire n'avait que la peine de les cacheter et d'y mettre les adresses. Tout un paquet de lettres se trouvait sur la table ; celle que le roi avait écrite en dernier lieu, placée au-dessus des autres, était encore humide. ie
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staire, qui était à moitié endormi, voulut répandre «- sable sur cette lettre, mais au lieu de sable, il prit l'encrier et le promena au-dessus du paquet de missives : toutes furent gâtées.
Le roi regarda c:t accident avec calme. Quoique accablé de fatigue, il ne donna pas le moindre signe de mauvaise humeur, mais se contenta de dire au secrétaire, en lui montrant l'un et l'autre : € Voici l'encrier et voilà le sablier. »
Puis il recommença les lettres sans en paraitre plus ému.
Monstruosité de la colère. — Galien raconte que, étant jeune encore, il fut témoin d'un spectacle qui fit sur lui une impression profonde de terreur. C'était un homme très pressé qui voulait ouvrir une porte, et ne pouvait pas. Il fit d'abord des efforts extraordinaires ; mais plus il se hâtait, moins il avançait. Après avoir longtemps tourné la clef en tous sens, sans pouvoir ouvrir, il entra dans une telle furie que, ne sachant à qui s'en prendre, ilse mit à mordre la clef, à donner de grands coups de pied contre la porte, et à vomir contre le ciel d'horribles blasphèmes. L'écume lui sortait de la bouche, il avait les yeux hors de leur orbite, le visage en feu, et l'on ne pouvait entendre sans horreur ses éclats de voix, ses cris épouvantables. Galien, qui d'abord avait été tenté de rire de ses vains eftorts, fut à la fin tellement ému et effravé, qu’il prit sur l'heure la résolution de ne se fâcher jamais, de peur de tomber lui-même dans ces excès qui lui déplaisaient si fort dans les autres.
PRIÈRE DE LA NEUVAINE, page II.
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