‹ Névralgies SyphilitiquesChapitre 15 sur 25 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Les névralgies syphilitiques réclamentun traitement inflexible: c'est le traitement spécifique dirigé contre la diathèse syphilitique, et qui consiste dans les préparations mercurielles ou l'iodure de potassium. L'existence de la maladie générale étant

établie, la nature syphilitique de la névralgie bien reconnue, on pourra sans crainte recourir à ia médication spécifique, qui donnera rapidement de bons résultats dans les cas où les autres moyens de traitement seront restés absolument impuissants. [ci plus qu'ailleurs, l'exactitude du diagnostic est véritablement la base de tout traitement rationnel. Mais il y a plus : dans certains cas douteux où l'origine de la névralgie est mal connue, sa nature sujette à des interprétalions diverses, ce traitement antisyphilitique sera encore la véritable pierre de touche, le critérium qui fixe l'esprit incertain de l’observation, éclaire le diagnostic et montre ‘oute la vérilé de l’axiome: Naturam mor borum curationes ostendunt.

A quelle époque doit-on traiter une névralgie syphilitique ? Nous n’hésitons pas à répondre que le médecin doit agir dès que la nature du mal lui est connue. Nous avons déjà vu que, lorsque la syphilis compte la névralgie au nombre de ses manifestations, cette dernière peut faire son apparition, soit à la période secondaire, soit à la période tertiaire ; qu’elle est le plus souvent essentielle dans le premier cas, symptomatique dans le second, c’est-à-dire liée à la compression d’un tronc nerveux par des produits néoplastiques. On comprend aisément que le nerf lésé, dans ces dernières circonstances, sera exposé aux dangers de compréssion et d’inflammation consécutive, et que le médecin devra apporter d’autant plus d’empressement à intervenir que les fonctions de la branche nerveuse seront plus gravement compromises. Hâtons-nous de le dire, le diagnostic poussé jusqu'à la connaissance intime du processus morbide est souvent difficile ou même impossible, et nous nous voyons souvent obligés de nous contenter de cette notion de l’existence de la diathèse pour diriger contre le symptôme douléur le seul traitement rationnel qui découle de l'indication causale.

Il n'y a pas, suivant nous, d’inconvénient sérieux à adminis-

Cr — trer les préparations mercurielles à titre de moyen explorateur, et certains médecins ont considérablement exagéré l'influence fâcheuse du mercure sur l'économie. Il ne faut pas sans doute abuser d’un agent thérapeutique aussi actif que le mercure, et le prendre pendant trop longtemps à des doses trop élevées : on s’exposerait ainsi à produire une série d'accidents qui ne laissent pas que d'offrir une certaine ressemblance avec les accidents syphilitiques eux-mêmes, tels que ulcérations, caries, nécroses, douleurs ostéocopes.

Entre ces symptômes propres à l'intoxication mercurielle et les accidents de la syphilis, la distinction est toujours possible ; ils sont presque sûrement évités par l'administration sage et prudente des préparations de mercure. Dans aucun cas, les douleurs névralgiques ne peuvent être imputées au traitement spécifique. Les douleurs dues à l'absorption du mercure sont profondes et peuvent, il est vrai, se réveiller la nuit ; mais elles ne suivent jamais le trajet d’un nerf, et ne méritent pas par conséquent la dénomination de névralgie. Un fait qui prouve jusqu'à l'évidence que les névralgies observées daus la syphilis ne doivent pas être mises sur le compte de la médication, c’est que bien souvent, ainsi que le démontrent les nombreuses observations que nous avons recueillies, la névralgie apparaît avant l'institution du traitement. C’est donc sans la moindre hésitation qu’on peut recourir à la médication spécifique dès que la nature syphilitique de la névralgie est reconnue.

A côté del’indication causale se place celle relative à l’état des forces du malade, qui ont subi d'ordinaire une atteinte profonde : la syphilis n’évolue pas dans un organisme sans exercer sur lui une influence débilitante qui a pour conséquence l’anémie du sujet et l’affaiblissement général des forces vitales; c’est alors que le système nerveux traduit cet état de dépérissement par le symptôme douleur. Il faudra donc, tout en traitant la cause, ne

Rp pas négliger cet élément morbide si important, relever les forces du malade, combattre la dyscrasie sanguine, qui trouve sa raison d’être dans la diathèse d’abord, dans le traitement mercuriel ensuite ; il faudra, en un mot, soumettre ie malade à un régime fortement tonique et réparateur, adjoindre au besoin l'usage des préparations martiales à l'emploi du mercure.

Quand l'emploi dela médication spécifique est jugé nécessaire, quels sont les agents dont le médecin peut disposer? Ils sont nombreux assurément. On a empioyé dans le traitement de la syphilis les préparations d’or ; le D'Chrestien (de Montpellier) en fixa ie mode d'emploi et préconisa pendant longtemps cette méthode thérapeutique. Nous n’avons pas à juger ici de sa véritable efficacité, qui paraît douteuse dans certains cas, ni de son infériorité bien réelle sur le mercure et ses préparations dans le traitement de la syphilis ; mais il est certain que, de nos jours, la méthode de Chrestien est presque universellement abandonnée.

Les voies d'absorption par lesquelles le mercure peut s’introduire dans l’économie sont la peau et les membranes muqueuses ; les téguments interne et externe sont donc les seules parties auxquelles le médecin puisse confier l'absorption du médicament.

L'absorplion par la peau n’est pas douteuse ; incorporé à l’axonge et appliqué en frictions sur les cuisses, sur les bras, sous les aisselles, le mercure pénètre dans l’économie avec une très grande rapidité et probablement sous forme de vapeurs. On trouve la preuve de cette rapidité d'absorption dans la salivation, qui ne manque pas d’apparaître quelquefois une ou deux heures après. Sans être entièrement abandonné, ce mode d’administration paraît inférieur, au point de vue d’une action générale prompte et efficace, au traitement interne; on retire cependant de bons effets, pour la cure des syphilides cutanées, des bains de sublimé donnés suivant la méthode Récamier.

De tous les médicaments internes, les plus célèbres sont le

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sublimé et les iodures, le premier mis en honneur par Van Swieten, le second préconisé par Biett etles médecins français.

Wisemann est le premier qui se soit servi du sublimé à l’intérieur ; en 1717, Turner le donna dissous dans l’eau-de-vie ; les éloges de Van Swieten lui procurèrent une célébrité extraordinaire, et le sublimé fut considéré comme l’agent le plus actif qu'on pût diriger contre la syphilis constitutionnelle. Biett, nous l’avons dit, substitua au sublimé et aux frictions l'usage interne du proto-iodure, « medicament puissant, très puissant même, et qui est appelé à dominer la thérapeutique des maladies syphilitiques, concurremment avec l’iodure de potassium ». (Trousseau et Pidoux.)

L'iodure de potassium constitue eu effet un mode de traitement héroïque de la syphilis constitutionnelle. Wallace (de Dublin) avait affirmé que l’iode était aussi utile dans la syphilis que le mercure; son opinion était basée sur un grand nombre d'expériences personnelles. Trousseau, en 1835, constata à Paris les heureux effets de la méthode de Wallace; mais c’est à Ricord que revient l'honneur d’avoir démontré que l’iodure de potassium doit être placé avant le mercure dans le traitement de la syphilis tertiaire. Les doses employées par le célèbre syphiliographe sont les suivantes : il commence par 1 gram. par jour et va jusqu'à 4 gram. De nos jours, l’enseignement et la pratique du professeur Fournier nous ont appris que les doses d’iodure pouvaient être portées avec fruit à un chiffre beaucoup plus élevé. Sous l'influence de cette médication, on voit disparaître avec une rapidité merveilleuse les gommes, les caries, les exostoses, les douleurs ostéocopes comme on en voit dans la syphilis secondaire, toutes les éruptions cutanées s’effacer quelque temps après l'administration du mercure.

C’est donc aujourd'hui un fait bien acquis à la science que le mercure est le véritable spécifique de la syphilis secondaire, l'iodure de potassium celui de la période tertiaire; l’association

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des deux agents, ou traitement mixte, convient aux manifestations diathésiques qui surviennent à une époque intermédiaire aux deux, et que nous pourrions appeler secondo-tertiaire.

Les névralgies qui font l’objet de notre étude apparaissent le plussouvent à la période secondaire, plus rarement à la période tertiaire. Les préparations mercurielles sont de mise dans le premier cas, l’iodure de potassium dans le second. L’amélioration nese fait ordinairement pas attendre. Il suffit de jeter un coup d'œil sur nos Observations pour constater que la guérison se produit avec une rapidité merveilleuse, comme dit Fournier. Nous signalons des cas où, après six et huit jours, la douleur avait déjà disparu. La moyenne néanmoins est de quinze jours, etilest rare qu'il faille dépasser un mois pour obtenir upe cure complète.

Nous ne terminerons pas ce chapitre du Traitement sans bien recommander de ne cesser l’emploi du mercure ou de l’iodure que longtemps après la disparition de la névralgie. On doit le continuer encore un, deux et même trois mois suivant les cas, et cette recommandation est surtout nécessaire lorsque la névralgie coexiste avec d’autres manifestations syphilitiques. Ce n’est qu'après la cure de ces dernières qu’il faut suspendre le traitement ; car il ne suffit pas de guérir, il faut maintenir la

guérison. :

Vu : Vu, bon à imprimer, Le Président-Censeur, Le Doyen, ESTOR. J. BENOIT.

Permis d'imprimer.

Le Recteur de l’Académue.

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