DE LA PREMIÈRE EDITION
Depuis l'antiquité, la science de l’organisation de l’homme a fixé d’une manière toute spéciale l’attention des médecins. De nos jours on a été plus loin, on a fait de l’anatomie la base de la médecine. En effet, les progrès récents de la physiologie expérimentale, de la chirurgie et de la médecine, ont maintenant un cachet de vérité et de certitude, parce qu'ils sont le résultat de la connaissance exacte de l'anatomie. É
Mais cette dernière science présente des difficultés nombreuses. Son étude exige des travaux soutenus et constants, et doit se faire nonseulement dansles livres, mais particulièrement sur le cadavre humain : or, ce dernier est encore aujourd'hui plus rare qu’on ne pense.
Que de fois nos devanciers, entraînés par l'enthousiasme et pat l’ardeur de connaître les rouages si compliqués de notre corps et son mécanisme merveilleux, furent obligés de recourir à la ruse pour se procurer, au péril de leur vie, des cadavres humains ; et de quelles calomnies, de quelles persécutions he devinrent-ils pas l’objet, pour avoir eu laudace de les disséquer! Grâce à la civilisation, nous sommes heureusement bien loin de cette époque. Ges vieilles idées de profanation, nées d'une grossière superstition, sont presque généralement abandonnées aujourd’hui.
Cependant de quels obstacles imprévus, de quelles difficultés souvent insurmontables ne sont pas hérissés les travaux anatomiques. Sans parler ici des conditiüns indispensables que doit réunir celui qui se livre à ce genre de techerches, lesquelles exigent une forte santé,
vl PREFACE DE LA PREMIERE EDITION,
de la jeunesse, une mémoire heureuse et une patience à toute épreuve, il est d'autres entraves qui naissent du manque de sujets et des accidents funestes résultant des piqüres et même assez souvent d’un séjour trop prolongé dans les amphithéâtres de dissection. Aussi, y a-t-il peu d’anatomistes, malgré le besoin impérieux pour le médecin de faire de l'anatomie la base fondamentale de ses études médicales.
Le génie de l'homme, si fertile en inventions, ne pouvait manquer de créer des procédés plus ou moins ingénieux, soit pour conserver la nature, soit pour limiter, afin d’aplanir les difficultés et @obvier à tous les inconvénients. Les uns ont eu l'idée de faire des préparations naturelles sèches. Ces sortes de préparations, dont l'immense inconvenient est de ne conserver ni la forme, ni les rapports, et d'exiger un local spécial pour la conservation, ne se trouvent guère que dans les musées. Les autres ont imaginé des pièces artificielles de cire, de plâtre, de carton, etc., etc. Tous ces produits ont leur utilité incontestable sans doute. Ils ne peuvent toutefois rendre fidèlement les détails : ils sont fragiles, et: ne sont accessibles qu’à peu de personnes, à cause de l'élévation de leur prix.
Le dessin, cet art sublime par lequel on est parvenu à imiter la nature avec tant d’exactitude, qu’on a pu perpétuer les souvenirs les plus précieux, possède sur tous les procédés connus une supériorité bien autrement grande, par la faculté de reproduire minutieusement les détails les plus délicats. Depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, on trouve dans Ja plupart des livres qui traitent des corps organiques et inorganiques des figures qui les représentent. En effet, le moyen le plus sûr et le plus commode pour étudier un corps, connaître exactement sa forme et comprendre sa description, c’est d'en avoir la figure sous les yeux. Si le dessin est d’un secours précieux pour la reproduction fidèle des diverses parties de l'anatomie, c’est surtout dans l'étude du système nerveux qu'on en sent la grande utilité.
Profondément pénétré de cette vérité, et après plusieurs années de travaux consacrés à ce sujet, j'ai conçu le plan d’un atlas qui représente les différentes parties du système nerveux et les organes des sens de l’homme. Les nombreuses préparations que j’ai faites et répétées moi-même bien des fois m'ont servi de modèle.
La publication de cet ouvrage, faite à une époque où cette branche importante de l'anatomie a fixé l'attention de tant d’habiles investigateurs francais et allemands, paraîtra peut-être de ma part une entreprise téméraire.
Les travaux anatomiques de Scarpa, de MM. Arnold, Bourgery,
PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION. vil Jules Cloquet, Foville, Leuret, etc., sont assurément d'un grand mérite et au-dessus de tout éloge, mais ils ne sont peut-être pas assez à la portée des élèves, et l’ordre des matières, peu méthodique, en rend souvent l'intelligence très-difficile.
Ces grands ouvrages, loin de paralyser mes efforts et de me décourager, n’ont fait qu’accroitre mon ardeur. Témoin de l'embarras d'un grand nombre d'élèves dont je dirigeais les travaux anatomiques et de leur découragement par les obstacles qu'ils rencontraient, surtout dans les préparations névrologiques, j'ai acquis la conviction qu'il restait quelque chose à faire, et que je pouvais apporter mon tribut à la science, C’est alors que, voulant combler le vide qui existait et aplanir les obstacles signalés, je me suis décidé à publier un ouvrage qui facilitât aux élèves l'étude d’une science aride, fatigante et souvent préjudiciable à la santé.
Livré depuis huit ans à l’enseignement particulier de l'anatomie, à l'École pratique de Paris, je me suis efforcé de réduire à sa plus simple expression l'étude si compliquée du système nerveux.
Préparateur d'un grand nombre de pièces anatomiques conservées au musée de la Faculté de médecine de Paris, prosecteur et collaborateur de M. Bourgery, j'ai dû me livrer à de nombreuses recherches et faire de l’anatomie une étude de prédilection.
Chargé de toutes les préparations névrologiques du grand ouvrage de ce savant distingué dont la science pleure la perte récente, j'ai fait de la névrologie ma principale occupation. I] n’existe pas, j ose le dire, un seul point du système nerveux que je n'aie vérifié moi-même, le scalpel à la main. Parfois il m'est arrivé de faire quelques découvertes qui sont mentionnées dans le Traité d'anatomie de M. Bourgery, dans les Comptes rendus de l'Institut, où autres écrits périodiques.
J'ai été heureux de m'être adressé à un artiste du plus grand mérite. M. Léveillé, dont le nom est depuis longtemps acquis à la science anatomique, a dessiné toutes mes préparations, au fur et à mesure, avec l'exactitude la plus scrupuleuse. Des lors il m'a été possible de revoir d’un coup d'œil l’ensemble de ce travail, d'éviter les redites et de réparer les omissions.
Soutenu par les encouragements les plus flatteurs de MM. les professeurs Bérard, Craveilhier, Denonvilliers, J. Cloquet et d’autres illustrations anatomiques, il m'a été possible de réaliser l’objet de mes vœux et de commencer la publication de cet ouvrage.
Les étudiants y trouveront la facilité et les moyens de se former aux dissecticns difficiles par l'exposition du meilleur mode de préparation