CONDUITS DE LA GLANDE LACRYMALE
(Ductus lacrymales.)
Les conduits excréteurs de la glande lacrymale, bien apparents sur les grands quadrupédes, tels que le bœuf, le cheval, etc., sont assez difficiles à apercevoir chez l’homme ; ils furent découverts en 1664 par Sténon, sur le mouton ; depuis, Monro fils et Hunter parvinrent à les injecter avec du mercure et en comptèrent jusqu’à dix ou douze chez l'homme.
Le nombre de ces conduits est encore un sujet de dissidence parmi les anatomistes les plus recommandables. Aussi vais-je exposer les descriptions les plus généralement adoptées, en y joignant les différents points de vue des auteurs contemporains.
Les conduits excréteurs de la partie orbitaire de la glande lacrymale se détachent de la partie inférieure de cette glande, forment, après s'être réunis entre eux, de petits troncs au nombre de six à douze, qui parviennent au point de réflexion de la conjonctive, et perforent celle-ci à 6 ou 7 millimètres au-dessus de la moitié externe du cartilage tarse de la paupière supérieure. L’un de ces conduits, placé le plus bas, se trouve au niveau du diamètre transversal du globe de l'œil, immédiatement en arrière de l'extrémité externe des paupières.
Quant aux conduits excréteurs de la partie palpébrale de la glande lacrymale, leur nombre répond à celui des lobules dont se compose cette glande, et par conséquent il en existe trente à quarante. Aucun d'eux ne parvient immédiatement à la conjonctive, mais s'ouvre au conduit de la partie orbitaire de cette glande, à la manière d’une barbe de plume,
Quand le nombre des lobules qui composent la partie palpébrale de la glande lacrymale est très-considérable, les conduits excréteurs des lobules les plus éloignés s’unissent en un seul tronc qui aboutit à la conjonctive, en parcourant un trajet parallèle aux conduits de la partie orbitaire de cette glande. Ainsi naissent les troncs accessoires, dont deux se trouvent ordinairement au niveau du bord supérieur de la partie palpébrale de la glande lacrymale.
Nous avons déjà mentionné plus haut les difficultés qu'on éprouve dans la recherche des orifices des conduits de la glande lacrymale. Cest pour cette raison que, depuis longtemps, on a recours à différents moyens de les rendre visibles.
M. Cruveilhier affirme qu’en plongeant l'œil et la paupière, soit
CONDUITS DE LA GLANDE LACRYMALE. 107 dans une dissolution de carmin, soit dans l’encre étendue d’eau, il est aisé de voir les petits orifices des conduits excréteurs de la glande lacrymale, au nombre de douze.
M. Gosselin, qui s’est particulièrement occupé de ces conduits, a démontré que, parmi les dix ou douze conduits généralement admis, deux seulement appartiennent à la partie orbitaire de la glande lacrymale, tandis que les autres dépendent de la glande palpébrale (Voyez Archives de médecine, octobre 1843, page 202).
Dix ans après ces recherches, M. Sappey s’est occupé également de l'étude du système glandulaire lacrymal, et a conclu qu’on peut diviser les conduits de la glande lacrymale en principaux et en accessoires.
Les conduits principaux, au nombre de trois à cinq viennent de la partie orbitaire de la glande, et reçoivent chemin faisant tous les conduits émanant des lobules voisins de la partie palpébrale.
Les conduits accessoires, au nombre de deux à trois, proviennent exclusivement des lobules qui occupent les bords supérieur etinférieur de la partie palpébrale, parcourent un trajet parallèle aux conduits principaux, et diffèrent de ces derniers sous le point de vue du diamètre.
Structure de ces conduits. — ils se composent d’une membrane homogène, qui se continue avec celle des acinis; l’intérieur de cette membrane est tapissé par l’épithélium cylindre, et l’extérieur est entouré d’un tissu conjonctif qui renferme des fibres élastiques.
Il y a quelques années, M. Béraud a encore fixé l'attention des anatomistes sur deux autres groupes de glandules qu’il désigne sous le nom d’oculo-palpébral supérieur et d’oculo-palpébral inférieur.
1° Groupe oculo-palpébral supérieur.
Il constitue une agglomération de grains glanduleux qui se trouvent dans la profondeur de la paupière supérieure, au-dessus des tendons du muscle releveur de cette paupière, et immédiatement au-dessus de la gouttière oculo-palpébrale.
Ce groupe s étend du côté externe de la glande palpébrale, jusqu’à la partie la plus interne de l'orbite, en accompagnant la réflexion de la conjonctive oculo-palpébrale. Le nombre très-variable de ces glandules est de 3 à 15 ; leur volume, également très-variable, diminue toujours progressivement dans la direction vers l'angle externe de l'œil. Les plus grosses, celles qui sont placées en dehors, ont le volume dune tête d’épingle. Celles au contraire qui sont placées le plus en
dedans, sont de moitié plus petites. Les intervalles qui se trouvent entre ces glandules sont plus ou moins les mêmes,
2° Groupe Gcuio-palpébral inférieur.
Il commence en dehors de la glande de Rosenmiiller, et se compose de deux à sept glandules qui s’étendent le long de la gouttière oculopalpébrale externe et inférieure. Les glandules de ces deux groupes s’ouvriraient par un nombre égal de conduits dans la gouttière oculopalpébrale.
De cet exposé sommaire, il résulte que le nombre des conduits serait plus considérable qu’on ne le croit généralement, puisqu'il s’éleverait de vingt-cinq à trente.
Les artères de la glande lacrymale proviennent de la branche lacrymale de l'artère ophthalmique; quelquefois elle reçoit aussi un petit rameau de l’artère méningée moyenne; les veines se jettent dans la veine ophthalmique. La branche lacrymale du nerf ophthalmique de Willis, un filet lacrymal de la branche orbitaire du nerf maxillaire supérieur, se distribuent dans la glande lacrymale et tiennent en grande partie sous leur dépendance la sécrétion des larmes ; car celle-ci diminue considérablement après la section de la cinquième paire, mais sans cesser, toutefois, complétement. Ce qui a fait supposer que les filets du grand sympathique qui accompagnent les artères de la glande lacrymale exercent aussi une certaine influence sur sa sécrétion.