‹ Nevrologie et esthesiologie (volume 2)Chapitre 194 sur 241 · PAVILLON (AURICULE · texte numérisé non relu

PAVILLON (AURICULE

(Auricula.)

Mince, aplati, élastique, de forme à peu près ovalaire, plus large en haut qu’en bas, le pavillon est situé derrière l'articulation de la machoire inférieure. Il est fixé très-solidement en avant, par la peau, par des muscles et des ligaments, et par sa continuité avec le conduit auditif externe: mais en arrière il est libre, et semble comme détaché des parties latérales du crâne, avec lesquelles il forme un angle de 30 à 45 degrés, ouvert en arrière. Get angle varie beaucoup suivant les individus : il est plus petit chez ceux qui ont l’habitude de porter des coiffures qui appliquent les oreilles contre la tête; rarement il mesure moins de 10 degrés; son développement est en rapport direct avec la finesse de louie.

On considère au pavillon, une face externe, une face interne, et une circonfercnce.

A. La face externe, excavée profondément dans sa partie moyenne (conque), pour se continuer avec le conduit auditif externe, présente des éminences et des enfoncements, qui sont :

1° L’hélix, repli a peu près demi-circulaire qui borde la circonférence de l'oreille. Il commence vers la partie postérieure de la conque, au-dessus de l’orifice du conduit auditif externe, se dirige obliquement en avant et en haut au-dessus du tragus, puis se prolonge en s’amincissant sur le contour du pavillon et se termine en mourant sur le lobule et l’anthélix.

2 Rainure de l'hélir. — Cest la rainure demi-circulaire concentrique à Vhélix. Très-profonde à son origine, c’est-à-dire dans la conque, elle est à peine marquée à sa terminaison.

3° Anthélix. — On appelle ainsi l'éminence concentrique à lhélix et à sa rainure. L’anthélix naît au-dessus de la conque et à la partie antérieure de l'oreille, par deux branches : l’une inférieure, saillante, comme tranchante, qui limite la conque en haut et en arrière ; l'autre supérieure, mousse et moins longue; il se termine par une petite saillie, au-dessus de l’antitragus.

Ses deux branches ou racines interceptent entre elles un enfoncement plus large en avant qu’en arrière, qui a reçu le nom de fossette naviculaire (fossette de l’anthélix), et qui est appelé par Huschke, fossette triangulaire ; la fossette naviculaire est, pour cet auteur, le sillon de séparation de l’hélix et de l’anthélix (rainure de Uhéliz).

A’ Traqus. — Le tragus est une petite lame triangulaire, de consistance cartilagineuse, aplatie de dehors en dedans, placée au devant du conduit auriculaire qu'elle peut boucher quand on l'abaisse, et séparée de l’hélix par un sillon. Son sommet, arrondi, est dirigé en dehors et en arrière; sa base regarde en dedans et en avant; une de ses faces, concave, tournée vers l’orifice du conduit auriculaire, est garnie de poils chez l'adulte et le vieillard ; l’autre face, convexe, se continue insensiblement avec la joue.

5° Antitragus. — De même forme que le tragus, vis-à-vis duquel il est situé et dont le sépare en avant une échancrure assez profonde (échancrure de la conque), Vantitragus se continue en arrière avec l'extrémité antérieure de l’anthélix. Sa face interne, hérissée de poils comme celle du tragus, regarde en haut et en dedans ; sa face externe regarde en bas et en dehors.

6° Congue. — La conque est un enfoncement infundibuliforme borné par l’anthélix, le tragus et l’antitragus, qui se continue en dedans et en bas avec le conduit auriculaire. Elle est séparée par l’ori-

PAVILLON. 479 gine de l’hélix en deux parties d'inégale capacité : Pune supérieure (cymba), petite, étroite, profonde en avant et qui n'est autre chose que l’origine de la rainure de lhélix ; l’autre inférieure (congue proprement dite où cavité innominée), plus grande, profonde, dans laquelle s'ouvre le conduit auditif externe.

7° Lobule. — Le lobule est un appendice cutané qui termine inférieurement le pavillon de l'oreille. Il est mou, souple, aplati de dehors en dedans, arrondi en bas; sa face externe est un peu convexe et sa face interne légèrement concave ; sa circonférence se continue en arrière avec Vhélix, en avant avec la peau de la joue. C'est ce lobule qu’on a l’habitude de percer pour y suspendre des boucles doreille.

B. La face interne du pavillon, obliquement dirigée’ d’arrière en avant et de dehors en dedans, ne présente rien de remarquable, si ce n’est des saillies et des cavités répondant aux cavités et aux saillies de la face externe,

C. La circonférence, libre et arrondie en haut, en arrière et en bas, est adhérente en avant à la peau de la joue et coupée par deux échancrures, l’une, petite, située au-dessus du tragus, l'autre, plus grande, placée au-dessous de cette lamelle ou plutôt entre elle et Pantitragus.

Le pavillon de l'oreille n’existe que chez les mammifères aériens, et encore il ne présente pas toutes les saillies et les cavités que nous avons décrites, cette forme si compliquée ne s observe que dans l’espèce humaine, et, à mesure qu'on descend dans la série des animaux, le lobule disparait, la moitié inférieure du pavillon se supprime, la moitié supérieure, au contraire, se déroule et s’allonge en cornet.

Structure. --— ilentre, dans la conformation intérieure du pavillon, un squelette cartilagineux, des ligaments, des muscles, du tissu cellulo-graisseux, des vaisseaux, des nerfs, et enfin une enveloppe cutanée qui renferme toutes ces différentes parties.

Cartilage du pavillon. — Ce cartilage est une lame mince, élastique et très-solide, qui constitue la charpente du pavillon et lui donne sa forme et ses dimensions; pourtant il ne se prolonge pas dans le lobule et pénètre au contraire dans le conduit auditif externe.

Les particularités les plus remarquables qu'il présente, outre les saillies et les cavités que nous avons déjà décrites, sont : 1° une éminence apophysaire (apophyse de l’hélix), naissant du bord antérieur de Phéiix, au-dessus du tragus, et donnant attache au ligament auriculaire antérieur ou zygomato-auriculaire ; 2? l'extrémité commune

de Phélix et de Panthélix (extrémité caudale), séparée de l’antitragus par une scissure; 3° une saillie verticale (agger, ou épaississement de la conque) d’un blanc mat, située à la face interne de la conque et sur laquelle s’insère le muscle auriculaire postérieur.

Suivant Purkinje, Pappenheim, Krause, Valentin et Huschke, le cartilage du pavillon est formé de fibres élastiques entrecroisées, renfermant dans chacune de leurs mailles un ou deux corpuscules cartilagineux, sphériques ou ovalaires, terminés en pointe à leurs deux extrémités. Son épaisseur est surtout considérable dans l’agger, puis dans la conque, l’antitragus, le tragus et dans le fond de la fossette de l’anthélix.

Kolliker prétend que la souplesse du cartilage de Yoreille dépend du périchondre qui enveloppe le cartilage ; en effet, en détruisant cette membrane, la souplesse disparait. Quant au cartilage lui-méme, il appartiendrait au genre des cartilages jaunes ou réticulaires, avec un nombre prédominant de cellules d’un diamètre de 0"",02,

Ligaments du pavillon. — On peut les diviser en éntrinsèques et en extrinsèques.

Les ligaments intrinsèques se trouvent principalement dans le fond de la rainure qui existe à la face interne et qui correspond à l’anthélix ; ce sont des fibres ligamenteuses étendues de la saillie de la conque à la saillie formée par la rainure de l’hélix. Ces fibres servent à maintenir les plis du pavillon.

Les ligaments extrinsèques sont au nombre de trois, savoir : 1° un supérieur ou temporo-auriculaire, qui s’insère d’une part à la partie supérieure de la conque, et de l’autre part à l’aponévrose épicrànienne ; 2° un antérieur ou zygmato-auriculaire, naissant de la base du tragus et de l’apophyse de l’hélix, et s’attachant à la base de l’apophyse zygomatique ; 3° enfin un postérieur ou mastoïdo-auriculaire se porte de la saillie de la conque à la face externe de l’apophyse mastoidienne. Ces ligaments, et surtout l’antérieur, sont formés par un tissu lamineux assez dense.

Muscles du pavillon. — Un appareil musculaire, qui est chez l'homme à l’état rudimentaire, est annexé au pavillon. Il se compose de muscles extrinsèques et de muscles intrinsèques. Les premiers, qui meuvent le pavillon en totalité et servent à le fixer, sont au nombre de trois, savoir : l’antérieur ou zygomato-auriculaire, le supérieur ou temporo-auriculaire, le postérieur ou mastoido-auriculaire. Les muscles intrinsèques font exécuter des mouvements partiels à quelques portions du pavillon ; on en compte cinq, quatre situés à la face

PAVILLON. 181 externe et un à la face interne. Ceux de la face externe sont : le grand muscle de l'hélir, le petit muscle de l'hélix, le muscle du tragus et celui de l'antitragus ; celui de la face interne a reçu le nom de muscle. transverse.

Muscles extrinsèques. — Auriculaire antérieur (zygomato-auriculaire). — Mince, aplati, quadrilatère ou plutôt triangulaire, ce petit muscle naît de la portion de l’épicrane qui se prolonge sur la région zygomatique et se termine, en convergeant, à la partie antérieure de l'hélix et du tragus.

Recouvert par la peau, il recouvre l’aponévrose temporale dont il est séparé par l'artère et la veine temporales ; son bord supérieur se continue le plus souvent avec le bord antérieur de l’auriculaire supérieur.

Action. — Par la contraction de ses fibres il porte l’auricule en avant.

2 Auriculaire supérieur (temporo-auriculaire). — Triangulaire

etrayonné, plus développé que le précédent, il s'attache, par sa base, au bord externe de l’aponévrose épicrânienne et par son sommet à la partie supérieure de la conque et antérieure de l'hélix. Gomme le fait remarquer M. Cruveilhier, il remplit « tout l'intervalle qui sépare, d’une part : le muscle frontal du muscle occipital, et, d'une autre part, le bord externe de l’aponévrose épicrânienne de la partie supérieure de la conque et de l’hélix. »

Sous-cutané, il recouvre l’aponévrose temporale.

Action.— Lorsque ses fibres ce contractent, elles élevent le pavillon et le tirent en avant.

3° Auriculaire postérieur (mastoido-auriculaire). — Plus développé et plus rouge que les précédents, ce muscle est formé de deux ou trois faisceaux allongés. Il s’insère : 1° d’une part, à la base de l'apophyse mastoide, à la courbe occipitale supérieure et quelquefois même à la protubérance occipitale externe ; 2° d’une autre part, à la partie inférieure et convexe de la conque.

Action. — Il porte le pavillon en arrière.

Muscles intrinsèques. — 1° Grand muscle de l'hélix. — C'est un petit faisceau allongé, vertical, qui s'insère par ses deux extrémités sur la partie antérieure et verticale de l’hélix, un peu au-dessus du tragus.

Action. — Il pourrait fléchir la portion supérieure de l’hélix sur Yinférieure et augmenter ainsi la concavité du pavillon,

2° Petit muscle de (helix. — De forme allongée comme le précé-

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dent, il est placé transversalement sur l’origine de l’hélix dans la cavité de la conque.

Action. — Il peut aider l’action du grand muscle de l’hélix, en tirant cette saillie cartilagineuse en bas et en dedans.

3° Muscle du traqus.— Sous-cutané, irrégulièrement quadrilatère, il s'attache entièrement sur la face externe du cartilage dont il porte le nom.

Action. — Il tire en avant la portion saillante du tragus et découvre de cette manière l’entrée du conduit auditif externe.

A’ Muscle de l'antitraqus. — De même forme que le précédent ; il va de la face externe de l’antitragus à l'extrémité caudale de l’hélix.

Action. — En prenant pour point fixe l’extrémité caudale de l'hé- . lix, il tirerait l’antitragus en bas et en arrière et concourrait à ouvrir l'entrée du conduit auditif externe.

5° Muscle transverse. — Situé transversalement sur la face postérieure du pavillon, il se fixe d’une part à la convexité de la conque, et de l’autre sur la saillie correspondante à la racine de Vhélix. Ce petit muscle est à peine développé et formé de fibres pâles chez quelques sujets.

Action. — Il rapproche Vhélix de la conque.

J'ai rencontré chez quelques sujets un autre petit mule transverse, moins développé que le précédent, au-dessus auque il est placé, et s'étendant de la partie supérieure de la convexité de la-conque à la saillie de lhélix.

Indépendamment des muscles que nous venons de décrire, quelques auteurs en mentionnent encore un autre sous le nom de muscle dilatateur de la conque. Ce petit faisceau musculaire s’étendrait du bord antérieur du conduit auditif externe au bord inférieur du tragus, et en tirant celui-ci en avant, dilaterait l'ouverture de la conque.

Bien que j'aie indiqué les différents mouvements que les muscles intrinsèques pourraient imprimer aux diverses parties du pavillon, il est évident que ces mouvements sont nuls, ou du moins extrêmement bornés.

Peau et tissu cellulo-graisseux. — Le pavillon est revêtu sur ses deux faces d’une peau mince et transparente, remarquable par sa grande vascularité et les nombreuses ramifications nerveuses qui la parcourent. Cette enveloppe n’est pas séparée des parties sous-jacentes par du tissu cellulo-graisseux; elle leur adhère intimement, surtout dans la conque, recouvre toutes leurs saillies et leurs dépressions, et n’abandonne le cartilage qu'au pourtour de l'hélix, où elle le déborde

CONDUIT AUDITIF EXTERNE. 183 un peu, et au niveau du lobule. Ge dernier repli est uniquement formé par un double feuillet de la peau, contenant de la graisse et du tissu tendineux et élastique.

La peau du pavillon renferme une grande quantité de glandes sébacées qui sont plus nombreuses, plus grosses et plus largement ouvertes dans les dépressions que sur les saillies ; on les observe principalement dans la fossette de l’anthélix, et surtout dans la conque, à mesure qu'on approche du conduit auditif externe, où elles ont un diamètre de 0"",5 à 2. En outre on trouve, à la surface convexe du pavillon de l’oreille, des glandes sudorifères d’un diamètre de 0"",15. ;

Sur la face interne du tragus et de lantitragus, on trouve chez les vieillards des poils (Aërci) généralement moins foncés en couleur que les cheveux, un peu frisés, et dépassant rarement la longueur d'un demi-pouce.

Le tissu cellulaire du pavi!lon est ordinairement trés-dense et contient très-peu de graisse ; excepté cependant au pourtour de lhélix où l’on en rencontre un peu, et dans le lobule, quirenferme une graisse fine, lâche et assez abondante.

Vaisseaux et nerfs. — Les artères proviennent : 4° de la temporale * superficielle, dont les branches auriculaires antérieures se ramifient sur la face externe du pavillon ; 2° l’auriculaire postérieure, branche de la carotide externe, qui se distribue à la face interne du pavillon et envoie une branche à la face externe. Les veznes sont satellites des artères ; elles se jettent dans les veines occipitale et temporale superficielle. Les /ymphatiques de la face externe aboutissent aux ganglions parotidiens, ceux de la face interne aux ganglions mastoidiens.

Les nerfs viennent de trois sources, de la cinquième paire, de la septième et du plexus cervical. Le maxillaire inférieur, par sa branche auriculo-temporale superficielle, donne à la peau de la face externe du pavillon ; le facial, par sa branche occipito-auriculaire, fournit aux muscles auriculaires postérieur et supérieur, et par ses rameaux temporaux et frontaux au muscle auriculaire antérieur ; les divisions de auriculaire du plexus cervical se répandent dans la peau des deux faces du pavillon,

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