‹ Nevrologie et esthesiologie (volume 2)Chapitre 40 sur 241 · USAGES DE LA MOELLE ÉPINIÈRE · texte numérisé non relu

USAGES DE LA MOELLE ÉPINIÈRE

Les anciens, ayant égard à la situation anatomique de la moelle épinière, ont considéré celle-ci comme un simple cordon conducteur, ou organe - intermédiaire établissant la communication entre le système nerveux périphérique et l’encéphale, et réciproquement ; ils l'ont appelée pour cette raison -« nerf principal du corps» (nervus princeps seu summus nervus corporis) .

» Dans les temps modernes, on s'est cependant convaincu que, indéih enaaren de cette propriété conductrice, la moelle épinière pos= sède encore la faculté de provoquer des mouvements réflexes, qui sont l'effet. du transport sur les racines motrices de l'influence qui agit. sur les racines sensitives des nerfs rachidiens.

En outre, .il est connu que la conscience des actions isolées des diverses parties de l'organisme; ainsi que la faculté de coordonner ces actions, peut-seulement avoir liew quand la continuité entre l'encéphale et la moelle épinière n’a pas subi d’altération.

Il en résulte que,’dans le cas où une partie quelconque de Iw moelle a subi, une lésion, ou que ses communications avec l’encéphale ont été interrompues, les régions du corps; dépourvues des nerfs provenant du cerveau, ne peuvent: exécuter les mouvements volontaires. )

Ces actions vitales. même, qui) ne | sont pas sous. itifuséte de la

volonté, subissent également des changements par suite de l’impuissance du cerveau à les régler.

Dans ces derniers temps cependant, M. Vernet s ‘est élevé contre cette opinion, en se fondant sur des observations pathologiques. H soutient que, dans le cas même où la connexion entre l'encéphale et la moelle est interrompue par suite d’altération ou de ramollissement, la partie saine de la moelle peut devenir un centre indépendant d’innervation ; et ce point de vue confirme encore la supposition que la moelle épinière peut être considérée comme la source de linnervation dans les mouvements réflexes.

D’après les auteurs qui admettent que chaque moitié de la moelle épinière se compose de trois faisceaux : antérieur, postérieur et latéral; le cordon antérieur serait moteur, le postérieur sensitif, et le cordon latéral aurait une propriété mixte, c’est-à-dire que sa partie contiguë au faisceau antérieur est motrice, et sa partie en contact avec le faisceau postérieur, sensitive. Cependant la propriété motrice du faisceau antérieur et la propriété sensitive du faisceau postérieur ne sont qu'une hypothèse, puisqu'elles n’ont jamais été démontrées expérimentalement. En effet, depuis la découverte de Charles Bell, qui a prouvé que les racines antérieures des nerfs rachidiens sont motrices, et les postérieures sensitives, on a été conduit à admettre que les faisceaux antérieurs, desquels semblent émerger les racines antérieures, est également moteur, et que le faisceau postérieur, qui semble être le point de départ des racines postérieures, est, comme ces dernières, sensitif.

Cependant, peu de temps après cette découverte, et pendant la vie même de Charles Bell, on s’est convaincu, par des observations cliniques, et plus récemment par les expériences de Brown-Séquard, Tiwk et Schiff, que l’altération et même la destruction complète des faisceaux postérieurs n’anéantit pas le sentiment, mais, au contraire, que c’est la lésion des faisceaux latéraux qui provoque tous les signes d'une vive douleur. En outre, M. Türk a acquis la certitude que la section d'un ou des deux faisceaux postérieurs exerce à peine quelque influence sur le sentiment et le mouvement des parties placées au-dessus ou au-dessous de cette section. La même chose a lieu quand on coupe les faisceaux antérieurs ; mais, au contraire, la moindre lésion des faisceaux latéraux, et surtout de la substance grise contiguë à ces faisceaux, provoque une grande excitation où hyperesthésie de la moitié correspondante du corps et même une paralysie. Ces phénomènes sont en rapport avec le degré de la lésion,

MOELLE ÉPINIÈRE. 67 mais ils sont toujours plus marqués pour le sentiment que pour le mouvement. Quant à la moelle allongée, Schiff a trouvé que les faisceaux antérieurs renferment des nerfs de la vie végétative, destinés à l'estomac et aux intestins. Au contraire, les faisceaux moyens contiennent des nerfs qui exercent leur influence sur les mouvements respiratoires.

D’après Budge, il existerait dans la moelle épinière trois centres : 4° le centre respiratoire (centrum respiratorium, point vital de Flourens), placé dans le bulbe crânien, au niveau du bec du calamus scriptorius ; 2° le centre cilio-spinal (centrum cilio-spinale), situé entre la sixième vertèbre cervicale et la quatrième dorsale, et duquel dépendent les mouvements de la pupille ; 3° le centre génito-spinal (centrum genito-spinale), existant au niveau de la quatrième vertèbre lombaire (queue de cheval) et duquel proviennent les mouvements du rectum, de la vessie et des conduits séminifères.

On considère ces points comme les principaux centres dans lesquels l’innervation peut produire des mouvements normaux. Et cette opinion concorde avec celle de Vernet que chaque partie saine de la moelle épinière peut devenir un centre d’innervation indépendant, même dans le cas du ramollissement de la partie placée entre la partie saine de la moelle et l’encéphale. Il n’est pas sans intérêt d'ajouter que Brown-Séquard s'est convaincu que chez les animaux dont la moelle épinière a été coupée transversalement, la faculté d'exécuter des mouvements, ainsi que le sentiment, revient après un temps plus ou moins long, eta mesure de la régénération de la moelle épinière à l'endroit coupé.

Par la section d’une moitié latérale seulement, les mouvements reviennent également, mais d’une manière incomplète.

La destruction de la moelle épinière provoque des troubles trèsmarqués dans la circulation et la respiration, ainsi que dans les actes qui sont sous leur dépendance, comme la nutrition, les sécrétions et la calorification ; ainsi nous voyons qu'il survient une constipation à laquelle font suite des évacuations involontaires ; la vessie est paralysée et dans l’anesthésie, etc. |

Pflüger et Auerbach soutiennent que les facultés intellectuelles (sensorium) se trouvent non-seulement dans le cerveau, mais aussi dans la moelle. Toutefois, cette hypothèse, jusqu’à présent, n’a pas été assez vérifiée pour qu’on puisse l’élever au rang d’une vérité scientifique.

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