‹ Nevrologie et esthesiologie (volume 2)Chapitre 80 sur 241 · CONSIDÉRÉ EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

CONSIDÉRÉ EN GÉNÉRAL

Préparation des nerfs. — Pour faciliter l'étude des nerfs, on fait choix d'un sujet très-maigre, infiltré, jeune ou vieux; on laisse pendant vingt-quatre heures les pièces fraîches dans l’eau pure renouvelée deux ou trois fois, pour les dégorger du sang qu'elles contiennent. On les soumet ensuite à une macération dun mois dans un bain acidulé d'acides azolique et chlorhydrique étendus d’eau (60 grammes d’acide azotique et autant d'acide chlorhydrique pour 10 litres d’eau environ). Dans les chaleurs, il est bon de renouveler le liquide au moins une fois. Cette macération facilite surtout l'étude si compliquée des nerfs crâniens, parce qu'elle procure le ramollissement des os en les rendant sécables comme les parties molles.

Les nerfs sont des espèces de cordons, les uns d'un blanc mat, les autres gris, qui établissent des relations entre l’uxe médullo-encéphalique (cérébro-spinal), et les autres parties constituantes de lorganisme.

Organes de transmission du sentiment et du mouvement, les uns président à la sensibilité, les autres à la motilité.

Les nerfs du sentiment forment deux séries : l’une compreud les nerfs de la sensibilité générale : tels sont ceux qui transmettent les sensations du froid, de la chaleur, de la douleur, etc.; l’autre renferme les nerfs de la sensibilité spéciale : tels sont ceux qui, dans les appareils de la vision, de louie, de l’odorat et du goût, transmettent les diverses impressions de ces organes.

Les nerfs du mouvement constituent deux ordres. Les uns président aux mouvements volontaires : ce sont ceux qui animent les organes de l'appareil musculaire de la vie de relation ; les autres sont destinés au mouvement involontaire : ce sont ceux qui, dans l'appareil musculaire de la vie nutritive, communiquent le principe du mouvement péristaltique des intestins et proviennent du grand sympathique.

Bichat a fait de tous les nerfs deux classes : dans l’une il a rangé les nerfs qui sont sous l'influence de la volonté et de la conscience (nerfs de Paxe médullo-encéphalique), et qu’il nomme nerfs de la vie animale ou de relation; l'autre embrasse les nerfs soustraits à l'influence de la volonté et de la conscience, qu'il appelle nerfs de la vie organique ou végétative. Ces derniers constituent le systéme nerveux gan ghonnaire où grand sympathique.

Les nerfs de l'axe médullo-encéphalique (nerfs de la vie animale), au nombre de quarante paires pour les uns et de quarante-trois paires pour les autres, surgissent symétriquement de chaque côté et marchent par paires. On les a divisés en nerfs médullaires ou spinaus, qui émergent de la moelle épiniaire et passent par les trous de conjugaison de la colonne vertébrale, et en nerfs encéphaliques ou craniens, dont l'émergence a lieu de l’encéphale par les trous de la base du crane.

Chaque nerf a une extrémité centrale, une extrémité périphérique et une portion médiane ou trajet. L'extrémité centrale est l’origine même du nerf, c’est-à-dire le point de communication ou de conjugaison avec l'axe médullo-encéphalique.

Origine des nerfs. — L'origine des nerfs est apparente ou réelle. L'origine apparente est le point extérieur du centre médullo-encéphalique d’où émerge le nerf.

L'origine réelle est dans la profondeur même du centre médulloencéphalique ; mais le point précis de cette origine est encore un sujet non complétement résolu.

Trajet. -- Le trajet d'un nerf se fait dans la cavité vertébro-cràmienne même et hors de cette cavité. L’étendue de ce trajet est variable, et la distribution des nerfs, hors de cette cavité, diversement compliquée. Presque tous les nerfs communiquent avec le grand sympathique. Simples dans leur distribution, si les organes qu’ils desservent sont simples, ils sont au contraire compliqués, si les parties sont complexes ; c'est alors qu’ils communiquent entre eux en constituant des anastomoses, se séparent pour se réunir de nouveau, et forment ainsi des entrelacements appelés plexus.

La division des nerfs se fait par séparation ou par émergence, et leur distribution dans tel ou tel organe est déterminée d’avance. De là l'impossibilité qu'un nerf puisse en suppléer un autre, Il n’en est pas de même d’un vaisseau artériel dont la ligature n’empéche pas le liquide contenu d'arriver au même organe par des voies collatérales.

Terminason des nerfs. — La terminaison périphérique des nerfs a été et continue d’être jusqu'à présent un sujet de discussion parmi les anatomistes. Nous savons seulement actuellement avec certitude que les nerfs ne se comportent pas de la même manière dans toutes les parties du corps, et que leur terminaison est variable, comme la nature des organes dans lesquels elle a lieu. C’est pour cette raison que nous considérons comme nécessaire de décrire ici les différences

que présentent les nerfs, sous le rapport de la terminaison dans la peau, les os, les membranes muqueuses, les séreuses, les glandes et les muscles.

Terminaison des nerfs dans la peau. — Gette termimaison a lieu dans les papilles cutanées. Dans la langue, elle présente une particularité qu'il est bon de noter : les dernières divisions nerveuses offrent de petits renflements dou se détachent des filaments d'une grande ténuité qui vont se perdre dans les papilles de cet organe. Wagener, et à son exemple, d’autres micrographes ont encore décrit un autre mode de terminaison des nerfs cutanés, à savoir dans les corpuscules dits de Pacini et de Meissner, dont la description trouvera ici sa place.

Corpuscules de Pucini. — Ainsi appelés du nom de celui qui les à le premier décrits en 1840; les Allemands cependant en attribuent la découverte à Vater, qui vivait au milieu du siècle dernier, et les Francais, à MM. Andral et Camus. :

Ces corpuscules occupent le tissu cellulaire sous-cutané, où ils sont disséminés d'une manière assez serrée; leur diamètre est de 2 à 5 millimètres: leur forme est celle d’un grain ellipsoide, ovalaire ou aplati ; leur couleur est blanchatre et transparente ; ils sont attachés par un pédicule aux nerfs collatéraux des doigts et des orteils, où ils se trouvent en plus grand nombre. Cependant, on Jes trouve aussi sur Ja terminaison des nerfs du bras, de lavant-bras, à la face dorsale de la main et du pied, sur les ramifications du nerf honteux interne, sur les nerfs intercostaux et sacrés, sur le plexus qui entoure l’aorte abdominale (Kolliker), et enfin, dans le plexus mésentérique du chat.

Examiné au microscope, chaque corpuscule se compose d'une enveloppe extérieure et d’une petite cavité. L’enveloppe, sorte de tissu conjonctif analogue à celui de la cornée, est formée de plusieurs couches concentriques, ou lamelles amorphes communiquant quelquefois entre elles et renfermant des noyaux. Les lamelles les plus internes sont très-rapprochées entre elles, et s'appliquent sur la cavité centrale : celle de ces enveloppes qui limite la cavité elle-même, s'appelle capsule centrale. Les couches ou lamelles les plus externes, plus écartées l’une de l’autre, renferment dans leurs intervalles un liquide transparent, et se confondent, au niveau du pédicule, avec le périnèvre. La cavité qui est allongée contient une substance granuleuse trés-fine, au milieu de laquelle se trouve une fibre nerveuse trèsmince et pale, qui, d’après plusieurs anatomistes, se renfle à sa ter-

DES NERES OÙ DU SYSTÈME NERVEUX PÉRIPHÉRIQUE. 149 minaison, et d’après d’autres, s'épanouit encore en filaments beaucoup plus minces. Son extrémité opposée se trouve au centre du pédicule, où elle se confond avec Je ramuscule nerveux correspondant.

Quant au pédicule de chaque corpuscule, il se compose du périnerve se continuant avec les différentes couches concentriques, et renferme une petite artère, une petite veme, et la fibre nerveuse qui s’y continue avec le ramuscule auquel elle est attachée.

Corpuscules de Meissner, ou corpuscules du toucher (Tastkorperchen). — Ces corpuscules rappellent par leur forme ceux de Pacini, inais se trouvent dans le centre de quelques papilles cutanées, et lincuales, et ne sont visibles qu'au microscope. Leur substance fondamentale n’est pas’ complétement fibreuse, et renferme de nombreux noyaux, ou cellules plasmatiques disposées en séries transversales.

A l'extrémité inférieure de chacun de ces corpuscules, se trouve une trés-mince fibre nerveuse qui y adhére, en décrivant dans son trajet ascendant différentes sinuosités a la surface de ce petit renilement. Jusqu'à présent, cependant, on ne sait pas avec certitude si celte fibre forme une anse ou si elle se termine librement, D'après Meissner, Külliker et d'autres anatomistes, ces corpuscules se trouveraient principalement sur le bord libre des lèvres dans les papilles fongiformes de la langue, sur le mamelon, le gland et le clitoris. Le plus grand nombre sont cependant disséminées sur les dernières phalanges des doigts et des orteils.

Terminaison des nerfs dans les glandes. — Cette terminaison, jusqu’à présent, est peu connue. Nous savons seulement que les dernières divisions des nerfs accompagnent ordinairement le trajet des vaisseaux sanguins, jusque dans les derniers lobules de ces glandes. D’après M. Sappey, ces nerfs s’y termineraient comme dans les muscles, les os, les membranes séreuses et muqueuses, c'est-à-dire qu'ils forment des espèces de petits plexus, d’où partent probablement des rayons fibreux qui, s’amincissant, se perdent dans les parois des lobules et les acini de ces glandes.

Terminaison des nerfs dans les os. — Malgré de nombreuses recherches microscopiques, M. Kolliker, dont le talent comme micrographe est si justement renommé, n’a pas réussi à constater le mode d'épanouissement des nerfs dans les os. Il suppose cependant que les ramuscules nerveux les plus déliés de la moelle des os, se composent d'une ou de deux fibres nerveuses, très-minces, et d’une très-mince enveloppe homogène.

Dans deux endroits, c’est-à-dire dans les nerfs du corps du tibia et dans ceux du premier os métatarsien, M. Kélliker a trouvé des corpuscules de Pacini, à savoir dans le premier de ces neris un corpuscule, et dans le second, c’est-à-dire dans les nerfs du premier os métatarsien, lesquels sont proportionnellement plus grands, deux de ces corpuscules,

Quant à la terminaison des nerfs dans les ligaments, les tendons, les cartilages et les bourses synoviales, ces nerfs sont encore trop peu connus pour que nous en puissions rien dire de précis.

Terminaison des nerfs dans les muscles. — MM. Prévost et Dumas admettent la terminaison des filets nerveux en anses dans l'épaisseur des muscles et rejettent la terminaison périphérique. Les extrémités centrifuges, en revenant sur elles-mêmes, formeraient un tout avec la portion centripète. Emert et Burdach sont parvenus à des résultats absolument identiques. Valentin pense que ces anses prennent leur origine dans les anastomoses des dernières fibres primitives, Gependant, les nouvelles recherches de Bidder, Külliker et Reichert semblaient démontrer que, de ces anses, émergaient de petits filaments nerveux qui se terminaient librement.

Cette concordance de micrographes, aussi recommandables, relativement à la question de la terminaison des nerfs en anse, nous portait à admettre cette opinion, qui nous paraissait définitivement acquise à la science, malgré Treviranus et Schwan qui affirmaient avoir constaté la terminaison de quelques fibres nerveuses, d’une manière subite dans le système musculaire. Cependant les recherches de Rodolphe Wagner communiquées en 1847 et celles de M. Ch. Rouget, faites en 1862 ont complétement ébranlé notre conviction à cet égard, de telle sorte, qu'aujourd'hui, nous admettons définitivement la terminaison des nerfs musculaires par des extrémités libres.

R. Wagner, après avoir admis lui-même la terminaison des nerfs en anse, a démontré /e premier, par des recherches microscopiques faites sur les poissons que ces anses n'existent pas et que les tubes primitifs des nerfs musculaires se divisent en un grand nombre de branches, affectant généralement la forme d’éventail. Ces branches, entourées d'une gaine très-mince, émanée de la gaine du tube primitif, sont souvent séparées par des noyaux et se ramifient isolément à la manière d’un arbre, en affectant, pour la plupart, une disposition dichotomique et plus rarement trichotomique. Ces ramifications, devenant encore plus gréles perdent leur contour noir et se divisent de nouveau pour se terminer par des extrémités libres et aiguës.

Les recherches du professeur Ch. Rouget peuvent se résumer dans les termes suivants : les nerfs de presque tous les vertébrés supérieurs se terminent de manière que les troncs nerveux ainsi que leurs branches croisent le plus souvent la direction des fibres musculaires, mais les ramifications nerveuses terminales rencontrent ces fibres contractiles tantôt sous un angle presque droit et tantôt au contraire, elles se trouvent parallèles aux faisceaux musculaires primitifs. Les ramuscules nerveux se composent eux-mêmes de deux à trois tubes nerveux ou de tubes isolés. Les uns et les autres se divisent, après un court trajet et peuvent présenter jusqu'à sept ou huit subdivisions successives, qui se jettent sur les faisceaux musculaires primitifs voisins-et s’y terminent sans nouvelles divisions et en conservant jusqu'à l'extrémité terminale leur double contour.

Dans le point de terminaison du tube nerveux on aperçoit un épanouissement de sa substance nerveuse centrale, ainsi que du cylindreaxe qui se met en contact immédiat avec les fibres contractiles du faisceau musculaire primitif, La couche de substance médullaire cesse brusquement en ce point; quant à la gaine du tube, elle s'étale et se confond avec le sarcolème, mais une plaque de substance granuleuse, en continuité immédiate avec le cylindre-axe, s'étale à la surface des fibrilles en masquant plus ou moins complétement les stries transversales du faisceau musculaire. Cependant, je dois dire que M. Sappey, anatomiste dont j'estime beaucoup l'opinion, m'a affirmé verbalement que les dernières ramifications nerveuses pénètrent dans les fibres striées au lieu de s’étaler à leur surface.

Terminaison des nerfs dans les vaisseaur. — Kélliker n’a pu réussir à suivre la terminaison des nerfs dans les vaisseaux sanguins. On sait seulement que les ramifications nerveuses n’aboutissent pas aux vaisseaux capillaires fins.

Terminaison des nerfs dans le centre nerveux. — En étudiant les artères de l'encéphale, injectées préalablement et conservées assez longtemps dans les acides, on peut aisément apercevoir des filaments blancs s’anastomosant entre eux, et formant des plexus autour des artères. Ces filaments qu’il m'a été donné de voir à l'œil nu, sont des nerfs, comme on peut encore plus facilement s’en convaincre au moyen du microscope. Ils se trouvent en grande quantité autour de l'hexagone artériel de Willis, d’où ils émergent en rayonnant, et ac. compagnent les ramifications des artères, avec lesquelles ils pénèvent dans l’intérieur du cerveau. Quoique, sans contredit, le plus grand nombre de ces nerfs soient destinés à ces vaisseaux, j'ai pu ce-

pendant vérifier que quelques-uns se perdent dans le cerveau même, C'est ce qui nous a amenés, M. Bourgery et moi, à désiguer ces nerfs, dans un mémoire présenté par nous, en 1845, à l'Académie des sciences de Paris, sous le nom de nervd nervorum.

De la régénération des nerfs. — Après une section transversale d'un nerf d’un certain calibre, les deux bouts se cicatrisent, mais la fonction du nerf ne se rétablit jamais complétement. Voici les phénomènes qui se passent après la section d’un nerf: une très-petite quantité de substance médullaire mêlée au liquide plastique exsudé des vaisseaux sanguins, s'en échappe, et abreuve les extrémités sectionnées qui se renflent. Cette substance intermédiaire, envahie par le travail de l’organisation, se change en fibres nerveuses qui sont plus

minces, plus sinueuses et moins nombreuses que les anciennes. Ces’

fibres sont-elles entièrement de nouvelle formation? ou se sont-elles régénérées seulement par la formation d’une nouvelle substance médullaire dans les anciens tubes nerveux? Autant de questions controversées parmi les auteurs ; cependant, l'opinion la plus vraisemblable, la plus conforme à l'observation, paraît être la dernière.

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