USAGES DU FACIAL
Ch. Bell avait nommé le facial nerf respiratoire, parce qu'il avait remarqué qu'après sa section, la narine du côté opéré cessait de se contracter et de se dilater régulièrement avec la poitrine ; M. Cruveilhier propose, avec plus de raison, de l'appeler nerf de l’expressien, car il se distribue dans les muscles de la face destinés à l'expression des passions.
C'est aux nombreuses anastomoses du facial, soit avec ses propres ramifications, soit avec celles des autres nerfs, que certains physiolo= gistes ont attribué la rapidité et la délicatesse de l'expression de la physionomie et ses relations intimes avec les sensations; ces anastomoses sont en effet placées, les unes entre les muscles, les autres dans l'épaisseur des muscles et de la graisse, surtout au niveau des paupières, du nez, des joues, du menton, c’est-à-dire vers les parties qui concourent spécialement au jeu mimique de la face. Le facial participe encore à la formation des plexus nerveux qui enlacent les vaisseaux de la face, et contribue peut-être de cette manière à la coloration ou à la pâleur des joues, sous l’influence de certaines impressions morales.
Outre les différentes fonctions que nous venons d’assigner au facial, il est bon de reconnaître son influence sur les sens spéciaux ; sa section ou sa paralysie affaiblissent ces organes, non pas qu’ils soient sous sa dépendance immédiate, mais parce que les muscles qui les protégent et qui facilitent l'exercice de leurs fonctions sont paralysés.
Influence du nerf facial sur le voile du palais. — M. Diday et d'autres physiologistes considèrent comme constante l'influence que le nerf facial exerce sur les mouvements du voile du palais. Gependant, elle est loin d’être aussi incontestable que ces auteurs laffirment, comme j’ai pu m'en assurer par moi-même sur les malades atteints d’une paralysie complète du nerf facial d’un côté, et qui ont été confiés à mes soins, lorsque j’exercais les fonctions de chef de clinique, à l'Hôtel-Dieu de Paris. En effet, chez les uns, cette déviation existait, tandis que les autres n’en offraient pas la moindre trace.
Corde du tympan. — M. Duchenne (de Boulogne) a eu la pensée d'appliquer un courant électrique à l'étude des fonctions de la corde du tympan. En effet, en enfoncant le conducteur au fond de l’oreille jusqu’à la membrane du tympan, sur la face interne de laquelle la corde du tympan se \ituve en contact immédiat, il s’est convaincu que cette branche nerveuse appartient aux nerfs de sensibilité, et non aux nerfs de mouvements. Gette opinion, quoique diamétralement opposée à celle de M, Cl. Bernard, a trouvé cependant de nombreux parti-
sans parmi les physiologistes ; moi-même, je l’ai déjà professée avant les recherches de M. Duchenne (de Boulogne), en me fondant uniquement sur l'aspect, les nuances des couleurs et la manière d’être des nerfs du sentiment et du mouvement. Les deux opinions que je viens de citer, et qui semblent en apparence contradictoires, sont cependant susceptibles d’être mises d'accord, quand on observe que le rameau lingual du facial qui prend son origine dans le nerf facial, immédiatement sous la corde du tympan, se confond avec la racine descendante de cette corde, avec laquelle elle se termine dans les fibres musculaires subjacentes à la muqueuse linguale.
Dans ma pensée, c'est un fait presque certain que l'influence de la corde du tympan sur le mouvement de la langue, n'appartient pas au nerf lingual de la cinquième paire, mais au rameau lingual du facial servant d’intermédiaire entre le nerf facial et la corde du tympan, laquelle n’est jamais en rapport immédiat avec la langue. D'où lon voit que la corde du tympan, comme émanant de la cinquième paire, est un nerf de sentiment, et les mouvements qu’elle semble exercer sur la langue, peuvent être attribués à ses anastomoses avec le filet lingual, dont la distribution se fait, comme on le sait, dans la couche musculaire de la langue. Ainsi donc la corde du tympan n'aurait sur la langue qu’une action réflexe.
Haitième paire (Nerf auditif, portion molle de la septième paire de Willis.)
(Nervus acuslicus s. portio mollis paris septimi Willisii.) (Praxcue XX.)
Les anatomistes ont généralement reconnu au nerf auditif deux racines : l’une, formée par la réunion des stries blanches situées sur la substance grise du quatrième ventricule, contourne le corps restiforme, l'autre issue de la fossette sus-olivaire s’accole à la première ; j'ai montré qu'une troisième racine, émanée du nerf trijumeau va renforcer les deux précédentes, entre le corps restiforme et le pédoncule moyen du cervelet.
Le tronc nerveux formé par la réunion de ces trois origines s’engage dans le conduit auditif interne, conjointement avec le facial et le nerf de Wrisberg, abandonne bientôt ces derniers et se divise en deux branches, l’une /imacienne, l'autre vestibulaire ; toutes les deux traversent la lame criblée du fond du conduit.
Dans ce trajet, le nerf, d'abord presque arrondi, s’aplatit, passe audessous du facial et du nerf de Wrisberg, et leur offre une gouttière
NERF AUDITIF. 212 (1, fig. 5) à concavité tournée en haut, forinée en quelque sorte par la juxtaposition de ses branches de bifurcation, qui, plus loin, s’écartent et deviennent distinctes l’une de l’autre.
La branche antérieure ou limacienne (2, fig. 5), la plus considérable, se dirige en avant, en dehors et en bas, se contourne en pas de vis, et présente un renflement gangliforme d'où partent une multitude de filets très-minces qui traversent la partie de la lame criblée correspondante à la base de la columelle, s'engagent dans les conduits situés à l’intérieur de cette dernière, se coudent à angle droit et se rendent à la cloison spirale (3, fig. 5) : les plus extérieurs au premier tour de spire, les filets internes au deuxième tour, les filets centraux au troisième tour de spire et à l’infundibulum. Les petits rameaux, placés d’abord entre les deux lamelles osseuses de la cloison, se subdivisent en deux ou trois ramuscules qui s’anastomosent entre eux et avec les filets voisins, forment des plexus à mailles serrées, et constituent, pour ainsi dire, la portion membraneuse de la cloison spirale.
La branche vestibulaire (h, fig. 5), plus superficielle que la précédente, marche obliquement en arrière, envoie une anastomose au facial (10, fig. 5), passe dans le vestibule etse divise en trois branches : la plus grande est destinée aux ampoules des canaux demi-circulaires supérieur et horizontal (5, fig. 5) ; une autre se rend au canal demicirculaire postérieur (6, fig. 5) ; la troisième se ramifie dans le vestibule (7, fig. 5). Je renvoie, pour de plus amples détails, au chapitre du sens de louie.
Usages. — Le nerf auditif n’a d’autres attributions que de trans-
‘mettre au sensorium commun les impressions auditives. Sa section et sa destruction chez les animaux ne provoquent ni sensations douloureuses, ni mouvements. L’anatomie comparée, les faits pathologiques et les expériences de M. Flourens semblent démontrer que, des deux branches de bifurcation du nerf auditif, la branche vestibulaire -est la plus essentielle, la plus indispensable à la fonction auditive. Quelques physiologistes admettent que ces deux branches sont destinées à transmettre des sons différents.
Neuvième paire (Nerf glosso-pharyngien, première portion de la huitième paire de Willis.)
(Nervus glosso-pharyngeus s, porlio prima paris seplimi Willisii.)
(Praxcue XXXI.)
Préparation. — FIGURE 1. — Enlevez toute la masse encéphalique, à l’exception du bulbe rachidien et de la portion attenante de la protubérance
annulaire, Au moyen de deux sections faites sur les bases des lames vertébrales, découvrez la portion cervicale de la moelle que vous débarrasserez de ses enveloppes; coupez à leur base les racines postérieures des cinq ou six premières paires cervicales pour mettre à nu la portion cervicale du spinal comprise entre ces racines et le ligament dentelé; disséquez les racines bulbaires du glosso-pharyngien, du pneumogastrique et du spinal; détachez la partie postérieure de la base du crâne située derrière une ligne qui passerait successivement par le trou occipital, le trou déchiré postérieur, la base du rocher, le trou stylo-mastoïdien ; enlevez enfin, avec précaution, la veine jugulaire interne, au devant de laquelle vous trouverez les trois nerfs de la huitième paire et le rameau de la fosse jugulaire. Au cou, ces nerfs sont situés derrière la peau, le peaucier et les sterno-cléido-mastoïdiens que vous enléverez, mais il faudra respecter les muscles styliens, les muscles sous-hyoïdiens, l’artére carotide interne et les divisions de l’artère carotide externe.
C'est ici surtout qu'il est nécessaire de faire macérer la pièce dans l’acide nitrique étendu d’eau ; en effet, le tissu cellulaire se gonfle et son ablation est plus facile, le névrilème devient comme transparent et nacré, ilse détruit même à la longue, tandis que le nerf est plus dense et plus opaque. On voit alors manifestement les anastomoses des trois nerfs de la huitième paire et la disposition plexiforme du pneumogastrique.
Fieure 2.— La même que la précédente ; en outre, vous enlèverez la moelle, vous couperez la mâchoire inférieure au devant du masséter, et vous la désarticulerez, afin de poursuivre le glosso-pharyngien jusqu’à sa terminaison à la langue.
Ficure 8. — 4° Enlevez complétement l’arcade zygomatique et le masséter, sciez le maxillaire inférieur en avant du trou mentonnier; coupez les muscles plérygoidiens interne et externe et le muscle temporal aux points où ils s’attachent sur cet os, et désarticulez le condyle. 2° Détachez les deux ptérygoidiens de l’apophyse ptérygoide; emportez une portion triangulaire d’os comprise entre deux lignes dont l’une passe obliquement par l’apophyse mastoide, l’aqueduc de Fallope, le conduit auditif externe derrière la membrane du tympan, les lrous petit-rond et ovale ; dont l’autre commence vers l’apophyse orbitaire externe, se dirige obliquement au devant de la base de l’apophyse ptérygoïde et arrive aussi au trou ovale. 3° Disséquez avec soin les nerfs et les muscles de cette région, surtout le glosso-pharyngien, les branches et les anastomoses qu’il fournit ou qu’il reçoit ; enlevez la muqueuse de la cavité tympanique, pour trouver dans les gouttiéres du promontoire le nerf de Jacobson, que l’on voit cependant quelquefois à travers cette membrane,
L'origine du glosso-pharyngien à lieu, à 2 millimètres environ en arrière de l’olive, par une série de filets radiculaires (1, fig. 4) placés au-dessus des racines du pneumogastrique et formant assez souvent deux faisceaux : l’un, inférieur, plus gros, qui avoisine le pneumogastrique; l’autre, supérieur, situé immédiatement au-dessous du facial.
Ces deux faisceaux se réunissent bientôt en un tronc arrondi qui se
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porte obliquement en dehors et en avant pour atteindre la partie la plus antérieure du trou déchiré postérieur, et s'y engager dans un canal particulier de la dure-mère, au devant du pneumogastrique, du spinal et de la veine jugulaire. Au moment de pénétrer dans le trou déchiré, il présente à son côté externe un petit ganglion formé aux dépens de quelques-unes de ses fibres, signalé par Müller et Ehrenritter, mais que je n’ai jamais rencontré.
Ganglion d’Andersh.— Plus bas, dans le même trou, on remarque le ganglion d’Andersh (4, fig. 1) (ganglion pétreux) logé dans une fossette qui se voit au-dessous du trou déchiré, appelée par Andersh receptaculum ganglit petrosi; au delà, le nerf se dirige en bas, derrière les muscles styliens, contourne en demi-spirale le côté externe du stylo-pharyngien qu'il traverse quelquefois, se place entre celui-ci et le stylo-glosse, arrive au niveau du bord externe de l’hyo-glosse (9, fig. 3), passe en dedans de ce muscle, et remonte en dehors du pilier postérieur du voile du palais et de l’amygdale, vers la base de la langue, où il se ramifie à la portion de la muqueuse et aux glandules situées derrière le V des papilles caliciformes.
Dans son trajet, le glosso-pharyngien, placé entre les deux carotides, au-dessous du lingual, au-dessus de l’hypoglosse, qui sont plus gros que lui, décrit une courbure à concavité antérieure et supérieure, et donne des branches que l’on peut distinguer en celles fournies au niveau du ganglion d’Andersh et celles fournies au-dessous de lui.