‹ Névrologie, ou, Description et iconographie du système nerveux [electronic resource]Chapitre 106 sur 210 · ORIGINE · texte numérisé non relu

ORIGINE

Une question qui a été gravement débattue, et qui n’est pas encore jusqu’à présent résolue d’une manière complète, est de savoir quelle est l’origine réelle du grand sympathique.

Si l’on consulte les auteurs à ce sujet , on trouve trois opinions en regard :

1° Celle qui fut développée avec tant de talent par Bichat , inspiré qu’il était lui-même par les idées déjà fécondes de Winslow et de Reil. D’après eux , le grand sympathique est considéré comme un système nerveux spécial; et les ganglions qui le composent , comme autant de petits centres

ET DES ORGANES DES SENS DE L’IJOMME-

indépendants les uns des autres et distincts du centre encéphalique, communiquant seulement entre eux et avec le centre médullo-encéphalique par de simples branches intermédiaires.

2° Celle de Sarlandière et de Burdach qui pensent que le grand sympathique tire son origine des organes intérieurs , pour se terminer dans tous les points du système cérébro-spinal. Quelque peu de faveur dont jouisse cette opinion , elle est néanmoins soutenable , lorsqu’on a égard au développement du sympathique, qui apparaît de très bonne heure, avant même les autres parties du système nerveux , en même temps que les organes splanchniques dans lesquels il se distribue ; et lors qu’on se rappelle que ce nerf se trouve bien développé chez les acéphales, et chez les monstres qui sont privés à la fois de l’encéphale et delà moelle épinière.

3° Une opinion diamétralement opposée à la précédente, soutenue par les plus anciens et les plus modernes anatomistes , consiste à regarder le grand sympathique comme émergeant par des racines multiples du système nerveux médullo-encéphalique, pour se terminer dans les organes intérieurs, après avoir subi toutefois des modifications notables par son mélange avec la substance ganglionnaire.

Mais les partisans de cette dernière opinion ne s’accordent en aucune manière sur l’origine précise du grand sympathique, à savoir, quelle est la portion spéciale du système nerveux médulloencéphalique qui lui donne naissance. Ainsi , Gallien , Valsai va , Vésale , Eustachi , Morgagni , le considérant comme un nerf encéphalique, le faisaient dériver de la cinquième ou de la sixième paire crânienne , ou même des deux ensemble ; ils le regardaient encore comme une dépendance du pneumogastrique. Riolan et Pourfour du Petit lui donnèrent pour origine la moelle épinière, et en firent un nerf spinal [médullaire). D’après Wrisberg, Scarpa, etc. , il proviendrait de la cinquième et de la sixième paire crânienne, et de toutes les paires rachidiennes; suivanlLieutaud et Autenrietb, de tous les nerfs cérébro-spinaux. Valentin, se basant sur des recherches microscopiques, le considère comme un nerf médullaire ; voici ses propres paroles : « Eu égard à ses fibres primitives es sentielles, c’est un nerf rachidien , attendu qu’il ne conduit jusqu’à une certaine distance qu’un très petit nombre de fibres primitives provenant du cerveau. Mais ce qui le distingue parfaitement des autres nerfs rachidiens , c’est qu’au lieu de prendre ses racines dans un point déterminé et unique de cet organe (la moelle], il les puise dans toute l’étendue de sa longueur. En effet, de chaque nerf rachidien, ou pour être plus précis, des deux racinesde chacun de ces nerfs, partent des filets radiculaires qui pénètrent dans les ganglions correspondants du grand sympathique. Ces filets, tantôt ne font que les traverser en ligne droite, tantôt s’entrelacent avec les fibres primitives qui s’y trouvent ; la plupart d’entre eux vont gagner de là le cordon de jonction, puis marchent vers le ganglion suivant, y apparaissent comme fibres primitives embrassantes, et en sortent pour passer, les unes dans les filets destinés aux organes, les autres dans le cordon de jonction avec le ganglion suivant , et ressortir plus bas dans les branches latérales. »

La physiologie confirme pleinement ces dernières données anatomiques; les expériences de Legallois sur la moelleépinière nous montrent, en effet, que le grand sympathique est sous sa dépendance. Aussi, de nos jours, on admet généralement que le grand sympathique puise son origine dans le système nerveux médullo-encéphalique par toutes les branches de communication, lesquelles sont envisagées comme autant de racines ; seulement ce nerf subit des modifications notables par son mélange avec la substance ganglionnaire, qui soustrait à l’influence de la volonté et de la conscience les organes dans lesquels il se distribue.

D’après Müller, Wutzer, Retzius et Panizza, chaque ganglion sympathique prendrait naissance, par un ou plusieurs filets , des deux groupes de racines des nerfs rachidiens, et par conséquent des fibres sensitives et motrices. Mayer (cité par Müller) a poussé ses investigations plus loin, il a pu suivre les fibres ganglionnaires à travers les racines antérieures et postérieures jusqu’à la moelle épinière. J’avoue que je n’ai pas été aussi heureux dans mes propres recherches, et malgré plusieurs tentatives, je n’ai jamais pu poursuivre les filets ganglionnaires du grand sympathique au delà des ganglions des nerfs rachidiens.

Les ganglions sympathiques fournissent de nombreux rameaux qui peuvent être distingués en trois genres : 1° ceux qui réunissent les ganglions sympathiques entre eux, et semblent former ainsi

ANATOMIE DU SYSTÈME NERVEUX

un nerf continu ; 2° ceux qui unissent les ganglions sympathiques aux ganglions intervertébrocrâniens; et 3° ceux qui des ganglions se rendent aux organes.

Ces derniers, gris et mous, vont les uns directement aux viscères ; les autres n’y parviennent qu’après s’être mélangés sur leur trajet avec la substance des ganglions splanchniques. Ceux-ci sont placés, surtout dans l’abdomen, sur la région médiane du tronc, au voisinage des gros troncs artériels, entre les deux chaînes ganglionnaires, qu’ils font communiquer l’une avec l’autre ; il en résulte que tous les ganglions du corps sont unis ensemble, comme les anneaux d’une même chaîne.

Les ganglions splanchniques, réunis entre eux par de gros rameaux et associés à quelques nerfs qui émanent directement du centre nerveux médullo-encéphalique , forment quatre principaux plexus, savoir : l°le plexus pharyngien, 2° le plexus cardiaque, 3° le plexus solaire, etZi° le plexus hypogastrique. Le plexus pharyngien et le plexus hypogastrique sont pairs, c’est-à-dire qu’il existe un plexus pharyngien et un plexus hypogastrique de chaque côté de la ligne médiane; les deux plexus du même nom communiquent par des rameaux anastomotiques. Le plexus cardiaque et le plexus solaire sont impairs et situés sur la ligne médiane.

Le pneumogastrique entre dans la formation des plexus pharyngien, cardiaque et solaire ; dans le plexus pharyngien, il mélange ses libres avec celles du glosso-pharyngien et du spinal. Les branches viscérales des nerfs sacrés contribuent à former le plexus hypogastrique.

La distribution du pneumogastrique dans les viscères, distribution exceptionnelle pour un nerf crânien, ne doit pas étonner, si l’on songe à l’analogie de forme et d’action qui existe entre le pneumogastrique et le grand sympathique, analogie qui paraît encore plus sensible, si l’on examine ces deux nerfs chez les animaux. En effet, Weber a pu constater que chez les animaux inférieurs le pneumogastrique est d’autant plus développé que le grand sympathique l’est moins, et qu’il finit même par le remplacer complètement dans certaines espèces, comme les mollusques céphalopodes.

Des quatre plexus médians du grand sympathique émergent des plexus secondaires qui entourent les artères dont ils prennent le nom, et pénètrent avec elles dans l'épaisseur des organes, pour s’y terminer.

Indépendamment des fréquentes anastomoses médianes qu’offrent sur leur trajet les deux chaînes ganglionnaires par l’intermédiaire des plexus viscéraux, elles communiquent encore à leurs extrémités supérieures et inférieures. Les extrémités supérieures ou céphaliques pénètrent dans la cavité crânienne par le canal carotidien, accolées aux artères carotides internes; elles s’anastomosent entre elles sur l’artère communiquante antérieure et sur la gouttière basilaire; elles s’anastomosent aussi avec plusieurs nerfs et ganglions crâniens. Les extrémités inférieures ou p’elviennes se terminent à la base du coccyx , en se réunissant sur la ligne médiane à l’aide d’un petit ganglion et en constituant une arcade à convexité tournée en bas, de laquelle émergent quelques filets qui se perdent sur la face antérieure du coccyx.

La multiplicité des ganglions du grand sympathique , leurs nombreuses relations d’origine avec les nerfs médullo-encéphaliques, et leurs rapports différents dans les différentes régions du tronc, m’autorisent à diviser le grand sympathique en portion céphalo-cervicale, portion thoracique, portion abdominale et portion pelvienne.

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