USAGES DU GRAND SYMPATHIQUE
Les physiologistes sont loin d’être unanimes sur la question de savoir quels sont les usages du grand sympathique ; ces dissidences viennent, soit des difficultés que présentent les expériences de vivisection, soit de l’incertitude des résultats fournis par le microscope sur la texture de ce nerf. Cependant on admet généralement qu’il tient sous sa dépendance la plupart des mouvements involontaires, qu'il est doué d’une sensibilité obtuse et qu'il préside aux fonctions nutritives et sécrétoires.
On ne peut mettre en doute les propriétés sensitives et motrices du grand sympathique, car on sait qu’il tire son origine de toute la longueur de la moelle vertébrale; mais, comment se fait-il que les mouvements auxquels il préside soient involontaires, et que les impressions viscérales ne soient pas habituellement transmises à la conscience? Les uns, à l’exemple de Winslow et de Bichat, l’expliquent en disant que les ganglions sont comme de petits cerveaux capables de développer la force nerveuse, et de la communiquer aux viscères sans le concours de l’axe cérébro-
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spinal ; les autres regardent ces ganglions comme des isolateurs, comme des barrières posées par la nature à l’empire de l’àme, ainsi que le disait Johnston. D’après Red , si dans l’état ordinaire les impressions ne sont pas transmises au cerveau, il n’en est pas de même sous l’influence de certaines modifications pathologiques ; et alors les ganglions seraient des demi-conducteurs qui arrêteraient ordinairement la propagation des impressions faibles, et ne laisseraient passer que celles ayant beaucoup d’intensité. S’il faut en croire les physiologistes modernes, c’est dans la substance grise de la moelle que se passent toutes les actions réflexes venues des viscères, elle est la source du mouvement, c’est dans cette substance que s’évanouissent, dans l’état ordinaire, toutes les impressions; les ganglions ne sont plus, suivant l’expression propre de M. Longet, que des multiplicateurs delà force nerveuse.
L’influence du grand sympathique sur les sécrétions serait peut-être suffisamment démontrée par sa distribution anatomique, car on le voit répandre ses rameaux sur toutes les artères, et se distribuer dans les organes sécréteurs et dans les muqueuses qui sont le siège de sécrétions importantes; mais de nombreuses expériences viennent encore confirmer pleinement cette opinion. Si l’on voulait adopter les idées de Millier et de Remak, on trouverait aussi de nouvelles preuves dans l’existence de leurs fibres grises organiques, qui, d’après eux, président exclusivement aux actes de la sécrétion et de la nutrition; mais il ne nous est pas permis de puiser des arguments dans des résultats qui sont encore hypothétiques. Aussi nous bornerons-nous à relater brièvement les principales expériences qui ont été faites, et les résultats les plus certains qui soient connus, sur les fonctions du grand sympathique.
La plupart des physiologistes s’accordent à dire que toutes les sécrétions du tube digestif dépendent, en totalité ou en partie, du grand sympathique : ainsi, la sécrétion de la salive (puisque, suivant M. Longet, après la section des deux nerfs linguaux sur un chien, la salive coulait encore au-dessous de la langue); les sécrétions des glandules du pharynx, de l’oesophage et de tout le reste du tube digestif, y compris même celle du suc gastrique, d’après M. Rérard. Suivant cet auteur, le grand sympathique serait peut-être aussi susceptible de faire contracter, quoique bien faiblement, l’estomac, car cet organe devient flasque après la section des deux pneumogastriques. M. Longet ne se prononce pas sur les deux dernières questions, mais il range sous la dépendance du système nerveux ganglionnaire les sécrétions et les mouvements de la presque totalité de l’intestin, à l’exception du duodénum. Il professe la même opinion, quant aux contractions et aux sécrétions de la vessie, des vésicules séminales, des trompes utérines et de l’utérus; la sensibilité de ce dernier organe dépend aussi du grand sympathique, ainsi que les sécrétions urinaire, spermatique et ovarienne.
D’après les expériences de M. Brachet de Lyon , les mouvements du cœur seraient tout à fait indépendants du cerveau, et seraient principalement sous l’influence du ganglion cardiaque, puisque : 1° le cœur bat chez certains fœtus, malgré l’absence du cerveau et de la moelle épinière (il est vrai que ces fœtus ne vivent pas d’une vie propre, et que chez eux les ganglions sympathiques sont très développés); 2° le cœur continue à battre lorsqu’on a interrompu toutes les communications avec le cerveau, par la section de la moelle cervicale et des pneumogastriques, mais il faut avoir soin d’entretenir artificiellement la respiration; 3" on arrête instantanément les mouvements du cœur en enlevant avec soin le ganglion cardiaque et les ganglions coronaires antérieur et postérieur. G. Legallois range les mouvements du cœur sous la dépendance de la moelle spinale, car il les abolit par la destruction brusque de cette dernière; mais des expériences plus récentes ont prouvé qu’en détruisant la moelle peu à peu, le cœur continue à battre tant que le système ganglionnaire reçoit suffisamment l’influence nerveuse cérébro-spinale: dernièrement encore (voyez Comptes rendus des séances de la Société de biologie , 1850, t. II, p. 26) , M. Brown- Séquard a pu enlever sur des pigeons au moins la moitié de la moelle, sans remarquer le moindre trouble dans la circulation, la respiration, la digestion et les autres fonctions, qui paraissaient exister comme à l’état normal.
On place encore sous la dépendance du grand sympathique les sécrétions des mucosités nasales, bronchiques et pulmonaires; il en serait de même, d’après Tiedemann, des sécrétions des
ANATOMIE DU SYSTÈME NERVEUX
larmes, de l’humeur aqueuse, du cristallin, du corps vitré, et du liquide qui remplit le vestibule, les canaux demi-circulaires et le limaçon.
Que dirons-nous enfin des usages des plexus nombreux du grand sympathique? On ne sait pas d’une manière positive quel est leur mode d’action, mais on les croit destinés à entretenir la régularité et la mutualité des fonctions viscérales, et à les mettre en harmonie avec les actes de la vie de relation.
FLAUCIIES 73 et 74.
Elles ont pour objet particulier de montrer le vaste ensemble du système nerveux ganglionnaire dans ses rapports avec les nerfs crâniens, tels que pneumogastrique, trijumeau, etc., et avec les nerfs rachidiens.
Préparation. — On a enlevé la paroi antérieure et latérale droite du tronc, la portion correspondante de la base du crâne, la brandie droilede la mâchoire inférieure et l’arcade zygomatique du même côté. On a coupé ou renversé plusieurs des organes contenus dans l’abdomen, la poitrine, la têlo et la face, de manière à laisser à découvert la chaîne ganglionnaire droite, depuis la base du crâne jusqu’à la hase du coccyx. On a conservé les rapports de cette chaîne, d'une part, avec tous les nerfs rachidiens et quelques nerfs crâniens, tels que le trijumeau, le glosso -pharyngien, le pneumogastrique, le spinal et l’hypoglosse, et, de l’autre part, avec tous les ganglions et les plexus extra-viscéraux. Quant aux procédés de dissection, je renvoie aux préparations des planches précédentes, où tout a été indiqué en détail.
Explication «le la figure.
Parties aceessoircs. — a. Glande lacrymale. — b. Glande sublinguale. — c. Glande sous-maxil!aire. — il. Corps thyroïde érigné. — c. Trachée, dont la bronche droite est coupée à son origine, et. légèrement renversée, de manière à faire voir en même temps ses portions membraneuse et cartilagineuse. — f. OEsophage traversant le diaphragme pour se continuer avec, </, l’estomac. Celui-ci est érigné à gauche et coupé vers le pylore, afin de montrer l'origine du plexus coronaire stomachique et la distribution des deux nerfs pneumogastriques. — h. Plusieurs anses intestinales étalées, pour faire voir le plexus mésentérique supérieur. — i. Côlon transverse.
— j. S iliaque. — k. Rectum. — /. Vessie à moitié gonflée. - — m. Uretère. — n. Prostate. — o. Vésicule séminale. — p. Canal déférent. — q. Cordon des vaisseaux spermatiques. — r, r. Diaphragme.
Système vasculaire. — A. Cœur légèrement renversé, pour mettre à découvert la plus grande partie du plexus cardiaque, et ses plexus secondaires, coronaires droit et gauche. — B. Crosse de l’aorte un peu renversée et fixée dans cette position par une érigné. — C. Tronc brachio céphalique. — D. Artère sous-clavière dont on a enlevé une portion pour démasquer le ganglion cervical inférieur. — E. Artère thyroïdienne inférieure, en rapport avec le ganglion cervical moyen. — F. Portion de l’artère carotide externe, dont on a conservé quelques branches* pour voir les plexus nerveux du même nom qui les enlacent. — G. Carotide interne, maintenue dans son canal, et coupée à ses deux extrémités. — 11. Aorte thoracique se continuant au-dessous de l'ouverture diaphragmatique avec, I, l’aorte abdominale, et avec, J, l’artère iliaque primitive. — K. Vaisseaux intercostaux. — L. Tronc de l’artère pulmonaire, dont la branche droite est coupée. — M. Veine cave supérieure coupée à son origine. — N. Veine cave inférieure. — O. Veines pulmonaires.
- Système nerveux mèdullo-eneèplialique. — \. (î lobe de l’œil dont on a enlevé une partie de la sclérotique et la cornée transparente, pour montrer les nerfs ciliaires, qui, après avoir perforé la partie postérieure de la sclérotique, rampent sur la choroïde, et aboutissent au ganglion ciliaire (cercle ciliaire). — 2. Rameau du petit oblique, d’où part la racine motrice du ganglion ophthalmique. — 3, 3, 3. Les trois branches du trijumeau, en connexion avec la plupart des ganglions crâniens, savoir: A, ganglion ophthalmique; 5, ganglion
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ET DES OHGANES DES SENS DE L’HOMME
2 /il
sphéno-palatin ; 6, ganglion otîque ; 7, ganglion sous-maxillaire, et, 8, ganglion sublingual. — 9. Moteur oculaire externe. — 10. Facial et scs anastomoses avec les ganglions sphéno-palalin et otique. —11. Glosso-pharvngien. — 12, 12. Pneumogastrique droit. — 13. Pneumogastrique gauche, s’épanouissant sur la face antérieure de l’estomac. — l/i. Spinal. — 15. Hypoglosse. — 16, 16. Plexus cervical. — 17. Plexus brachial. — 18, 18. Nerfs intercostaux. — 19, 19. Plexus lombaire. — 20. Plexus sacré.
Système nerveux ganglionnaire. — 21. Ganglion cervical supérieur. Il donne naissance, supérieure ment, aux deux rameaux carotidiens, qui forment le plexus carotidien, autour de l’artère du même nom, et desquels émanent, ou auxquels aboutissent des anastomoses avec : 22, le nerf de Jacobson ; 23, le filet carotidien du nerf vidien ; 2/t, le moteur oculaire externe, et, 25, le ganglion ophthalmique. — 26. Filet pour la glande pituitaire. — 27. Anastomoses du ganglion cervical supérieur avec les premières paires cervicales. — 28. Les rameaux pharyngiens et carotidiens. — 29. Plexus pharyngien et intercarotidien. De ce dernier émanent dfs plexus secondaires qui enlacent toutes les branches de la carotide externe, comme on peut le voir ici, pour les artères f.iciale et linguale. — 30. Rameau laryngé, anastomosé avec le laryngé externe du pneumogastrique, pour former le plexus laryngé de Haller. — 31. Nerf cardiaque supérieur. — 32. Cordons de jonction du ganglion cervical supérieur avec, 33, le ganglion cervical moyen. Parmi les rameaux internes de ce dernier, nous signalerons : 3Z|, l’anastomose avec : 35, le nerf récurrent; 36, le nerf cardiaque moyen et plusieurs filets qui enlacent l’artère thyroïdienne inférieure, branche de la sous-clavière. Les branches externes du ganglion cervical moyen se jettent dans le plexus brachial. — 37. Cordon de jonction de ce ganglion avec, 38, le ganglion cervical inférieur. — &0. Filets fournis par le ganglion cervical inférieur, autour de la sous-clavière et de l'artère vertébrale. — /il. Rameau anastomotique avec le premier nerf intercostal. * — Zf2. Plexus et ganglion cardiaques. — Z|3 et Ixk. Plexus secondaires des artères coronaires droite et gauche. — De Zi5 à Z|6. Chaîne ganglionnaire thoracique. Elle s’anastomose en dehors, avec les nerfs intercostaux; en dedans les cinq premiers ganglions fournissent de nombreux filets très grêles, dont les uns se jettent dans le plexus cardiaque, les autres dans le pneumogastrique, et les derniers sur l’aorte cl dans le périoste des vertèbres ; les cinq ganglions au-dessous donnent des rameaux internes qui s’anastomosent entre eux et forment : Zf7, le grand splanchnique, qui traverse le diaphragme pour se rendre au, Z|8, ganglion semi-lunaire correspondant.— /|9. Petit splanchnique, formé par un ou deux rameaux venus des deux derniers ganglions thoraciques. Ce nerf offre ici un petit renflement; il concourt à la formation des plexus rénal et solaire. — 50. Plexus solaire, formé par un amas de ganglions et par l’entrelacement de gros rameaux intermédiaires aux ganglions semi-lunaire droit et gauche. Il reçoit, 51, des anastomoses du pneumogastrique, et, 52, du nerf phrénique, qui présente en cet endroit le ganglion diaphragmatique. Le plexus solaire fournit les plexus secondaires: 53, coronaire stomachique, 5Zi, hépathique, 55, sphénique, et, 56, mésentérique supérieur. Ces quatre grands plexus, ainsi que tous les autres plexus viscéraux, enlacent les artères dont ils portent le nom. — 57. Plexus rénal. — De 58 à 58. Chaîne ganglionnaire lombaire. Elle s’anastomose en dehors avec les nerfs lombaires, et fournit en dedans plusieurs rameaux, qui après s’être anastomosés avec ceux du côté opposé et avec un prolongement considérable du plexus solaire, forment, 59, le plexus lombo-aortique. Celui-ci présente ordinairement deux renflements plats, l’un, 60, au-dessus, l’autre, 61, au-dessous de la bifurcation de l’aorte; il fournit les plexus, 62, spermatique, et, 63, mésentérique inférieur. Au-dessous de son renflement inférieur, le plexus lombo-aortique se bifurque en embrassant le rectum, et se jette dans le plexus hypogastrique. — 6Z|. Plexus hypogastrique, formé par la bifurcation précédente, par les branches viscérales du plexus sacré, par plusieurs rameaux venus des ganglions lombaires et sacrés, et enfin par la terminaison du plexus mésentérique inférieur. Il donne naissance aux plexus vésical, prostatique et spermatique, et concourt, avec d’autres nerfs venus des plexus rénal et lomboaortique, à la formation du plexus du cordon spermatique. — De 65 à 65. Chaîne ganglionnaire sacrée. Elle s’anastomose, en dehors, avec le plexus sacré ; en dedans, ses rameaux s’anastomosent entre eux et avec ceux du côté opposé, et se jettent dans le plexus hypogastrique. — 66. Ganglion coccygien terminal.
ANATOMIE DU SYSTÈME NERVEUX
DES ORGANES DES SENS
Les organes des sens sont des parties du corps destinées à nous mettre en communication avec le inonde extérieur, et à nous faire percevoir les sensationsque nous recevons du milieu qui nous entoure. « Parmi les parties sensibles, il en est, comme dit M.Gerdy,quisont sensibles à certaines excitations physiques et nullement aux autres; delà autant de sensations physiques spéciales et de sens spéciaux: car un sens n’est autre chose qu’une partie sensible à un ou à plusieurs excitants particuliers. » Fort de cet argument, M. Gerdy renverse l’ancienne classification qui réduisait à cinq le nombre des sens chez l’homme, et compte dans son premier genre des sens et des sensations physiques , jusqu’à dix sens spéciaux. Sans nous arrêter à cette nouvelle division, utile surtout au point de vue physiologique, nous nous bornerons à décrire, comme on le fait généralement, cinq sens, qui sont : la peau, organe du tact en général et du toucher; la langue, organe du goût; le nez, organe de l’odorat ; l’oreille, organe de l’ouïe, et l’œil organe de la vue.
Les organes des sens, situés à la périphérie du corps, sont symétriques comme tous les organes subordonnés à l’influence de la volonté ; seulement les uns sont pairs et placés de chaque côté de la ligne médiane, tels que les oreilles et les yeux ; les autres sont impairs et placés sur la ligne médiane, mais toujours formés de deux moitiés symétriques, comme la peau, la langue et le nez.
Ils se composent de deux parties principales: 1° l’une, fondamentale, la partie nerveuse, située plus ou moins profondément, reçoit médiatement ou immédiatement l’excitation physique et la transmet au cerveau avec lequel elle est en communication directe; 2° l’autre, de perfectionnement, située au-devant et à la périphérie de la première, offre une structure propre, calculée d’après les lois physiques et en harmonie avec la nature des excitants, afin de favoriser leur action et d’aider à la transmission des sensations.
Cette dernière partie se compose de plusieurs appareils, savoir : 1° d’un squelette, tantôt osseux, tantôt cartilagineux ou membraneux, tantôt formé de ces trois éléments à la fois; 2° de muscles volontaires qui éloignent ou rapprochent l’organe, le dérobent ou le soumettent à l’action des excitants extérieurs: le toucher, par exemple, a pour organe de locomotion le membre supérieur; les quatre autres sens, indépendamment qu’ils sont mus en masse par la tête, ont chacun leur appareil musculaire propre; 3° d'un appareil de lubrifaction, chargé d’entretenir une humidité nécessaire pour l’exercice des fonctions; k° d’un appareil vasculaire et nerveux, indépendant des nerfs destinés à recevoir et à transmettre les sensations.
Parmi les organes des sens, quatre occupent la tête et communiquent directement avec l'encéphale par des nerfs spéciaux ; le cinquième, la peau, revêt la surface du corps, dont tous les points sont de celte manière sensibles au contact des corps extérieurs ; mais ces sensations parviennent à l’encéphale par de nombreux nerfs plus ou moins éloignés du centre nerveux, et qui présentent sur leur trajet des plexus et des anastomoses.