DES POILS
Les poils sont des productions épidermiques filiformes, llexibb s, élastiques et résistantes ,qui se dégagent de la peau en quantité plus ou moins considérable, suivant le lieu où on les examine.
Chez l’homme, ils sont en général moins abondants que chez certains animaux auxquels ils forment des fourrures ou des toisons épaisses, et leur plus petit nombre est en rapport direct avec la sensibilité plus grande de la peau.
Ils sont universellement répandus sur toute la surface du corps, à l’exception de la paume des mains, de la plante des pieds, de la peau des paupières supérieures et du prépuce ; mais on les trouve plus spécialement sur la fête, dans le creux axillaire, sur le pubis, sur les grandes lèvres de la femme, sur la face, la poitrine, le scrotum, au pourtour de l’anus, chez l’homme; sur les membres dans le sens de l’extension, à l’entrée du conduit auditif externe et des narines. Quelquefois il s’en développe là où l’on n’en voit pas habituellement, par exemple, sur la conjonctive, dans la vésicule biliaire, dans les kystes de l’ovaire, etc.
Dans ces diverses régions, ils portent des noms différents. Ainsi : sur la tête, on les appelle cheveux ; à la face, ils constituent la barbe, les favoris, les moustacbes, les sourcils et les cils; ailleurs, on les désigne indistinctement sous le nom de poils ; les plus petits, qui sont très fins et incolores, i'orment le duvet ou les poils follets {lanttgo).
La coloration des poils peut se rapporter à quatre types principaux : le blanc, le blond, le rouge «t le noir, entre lesquels se placent un grand nombre de nuances intermédiaires. Cette coloration varie suivant les différentes races : le blond appartient à l’habitant du Nord, le noir à l’habitant du Midi ; elle varie également suivant la teinte de la peau, le tempérament, l’âge, le sexe et la région du corps.
La longueur diffère aussi suivant les régions et le sexe: au premier rang, on doit mettre les cheveux r-t la barbe; en second lieu viennent les poils du pubis, des grandes lèvres, du scrotum, de l’aisselle, etc ; puis ceux des narines, du conduit auditif externe, les cils, les sourcils, et enfin les poils follets. Les cheveux de la femme sont plus longs et plus fins que ceux de l’homme ; les poils du pubis sont plus courts, plus fins et plus frisés.
Les poils ne sont pas également abondants sur tous les points du corps, leur nombre est en
ORGANES DU TACT OU DU TOUCHER
rapport constant avec leur grosseur et leur coloration. D’après Withof, un quart de pouce carré en contient au sinciput 293, au menton 39, au pubis 3ù, etc. ; la même surface renferme 147 cheveux noirs, 162 châtains et 182 blonds.
Leur forme est celle d’un cône excessivement allongé, tantôt droit, tantôt enroulé en spirale; les poils droits ont une coupe cylindrique, les poils frisés sont aplatis dans le sens de l’enroulement. Les cheveux présentent des variétés de forme et de coloration bien tranchées dans les races humaines. Dans la race blanche, ils sont longs, fins, épais, plats ou frisés, et diversement colorés du blanc au noir; dans la race mongole, ils sont noirs, droits et courts ; chez les nègres, ils sont noirs et crépus comme la laine de certains animaux.
Les poils secs sont quelquefois susceptibles, même chez l’homme, de devenir électriques par le frottement. On ne doit pas oublier non plus qu’ils absorbent facilement l’humidité : cette singulière propriété, qui a été mise à profit pour la construction de l’hygromètre à cheveu, peut aussi dans certains cas éclairer le médecin sur l’état de la transpiration cutanée.
Organisation. —Les poils sont formés par une matière solide, cornée, et par une huile acide, colorée, renfermant de l’acide margarique et de l’acide oléique. Nous étudierons dans chacun d’eux, le corps ou portion extérieure, l’extrémité adhérente ou racine et le follicule.
1» Corps {hampe ou tige). — Les anciens anatomistes ayant égard à son aspect conique et aux stries transversales qu’il présente à sa surface, le croyaient formé d’une multitude de cornets emboîtés les uns dans les autres, mais les travaux récents ont fait complètement abandonner celte manière de voir. Examiné au microscope, on y découvre au premier abord deux substances: l’une périphérique ou corticale, plus transparente ; l’autre centrale ou médullaire, plus ou moins foncée suivant la couleur du poil.
A. Substance corticale. — Elle est formée de fibres longitudinales, droites et parallèles, en général plates et transparentes, bien quelles contiennent un peu de matière colorante. Au niveau de la racine, ces fibres laissent entre elles des sillons, et sont moins serrées les unes contre les autres que vers la pointe où on les distingue difficilement.
En dehors des fibres longitudinales, on aperçoit surtout vers le sommet des gros poils, des stries transversales qui semblent s’enrouler autour de la tige. Ces stries ne sont pas produites par des fibres, comme on pourrait le penser, mais par des petites lamelles semblables à celles de l’épiderme, disposées en séries circulaires et imbriquées les unes sur les autres, de telle sorte que les squamules les plus voisines de la racine recouvrent celles qui viennent immédiatement au-dessus, et ainsi de suite.
Indépendamment de ces lamelles [épiderme du poil), on trouve encore çà et là, principalement vers la racine, des petites plaques épidermiques que le poil a entraînées avec lui, en se dégageant de son follicule.
B. Substancemédullaire.—'EA\& est renfermée dans un canal central, dont le diamètre estégal au tiers ou au quart du diamètre total du poil. Ce canal contient des globules brillants, comparables à des granules pigmentaires ou à des gouttelettes d’huile, tantôt isolés, tantôt réunis, de manière à former des conglomérats grenus et foncés, séparés les uns des autres par des intervalles plus ou moins considérables, remplis d’air d’après les recherches de M. Mandl (1). On considère les globules comme le contenu de cellules ; celles-ci se seraient réunies pour former la membrane sans structure apparente, dont l’intérieur du canal est tapissé. La substance médullaire manque dans les poils follets et à la racine des gros poils; l’ensemble des globules, des conglomérats et des vides lui donne une coloration blanche dans les poils blancs, variable et foncée dans les poils colorés.
2° Racine. — Lorsqu’on arrache un poil, l’extrémité implantée dans la peau apparaît sous la forme d’un renflement blanchâtre, ovoïde, plus ou moins allongé, dans lequel on voit, même à un faible grossissement, deux parties distinctes : l’une extérieure, inégale, blanchâtre et presque transparente ; l’autre intérieure, plus ou moins colorée, qui fait suite à la tige et constitue la racine.
Celle-ci, d’une teinte généralement moins foncée que celle de la tige, se renfle peu à peu et se ter-
(1) Anatomie microscopique. Paris, 1840, t. I, p. 68.
DES ORGAKES DES SENS DE L’HOMME
mine par une extrémité sphérique ou ovalaire, appelée bouton ou tête. Je distinguerai immédiatement le bouton de la papille du poil ; cette dernière est une petite éminence conique qui fait saillie à l’intérieur du follicule dont elle dépend; elle refoule la face inférieure du bouton , et s’en coiffe comme d’un casque.
On retrouve encore dans la racine les deux substances corticale et médullaire. Les stries transversales de la substance corticale s’arrêtent par un rebord assez tranché, au-dessus du bouton ; alors les fibres longitudinales, s’écartant comme les barbes d’un pinceau, deviennent plus fines, plus visibles, plus claires, plus faciles à séparer. A mesure qu’elles approchent de la papille, elles sont remplacées par des stries longitudinales contournées et serpentiformes, de plus en plus courtes et plus larges, et qui dégénèrent enfin vers le milieu du bouton , en noyaux arrondis, semblables à ceux des jeunes cellules de l’épiderme. En même temps, les contours de la racine deviennent moins nets, et sa substance se confond avec celle de la gaine.
La substance médullaire est très peu apparente dans la racine, elle ne consiste plus qu’en un mince tractus longitudinal, un peu aplati, formé d’une ou deux rangées de cellules à noyaux, renfermant des granules pigmentaires; autour de ce tractus on voit, dans une humeur visqueuse et transparente, les noyaux qui font suite aux fibres longitudinales.
Gaine de la racine. — La racine est enveloppée d’une gaine qui s’enlève en totalité ou en partio quand on arrache un poil. On peut dans cette gaine reconnailre deux couches : l’une interne, transparente, molle et visqueuse, se confondant, sur le bouton, avec la substance corticale, et constituée par de minces lamelles entre lesquelles existent des fentes ou des trous; l’autre, externe, appliquée sur le follicule, et due à l’agglomération de petites cellules à noyaux qui se continuent avec les granulations du bouton 'et avec les jeunes cellules de l’épiderme. Ces deux couches, surtout la dernière, diminuent d’épaisseur à mesure qu’elles approchent du bouton ; elles ne sont évidemment qu’un renversement de l’épiderme.
La couche interne tient légèrement au poil, au niveau de la réunion du corps avec la racine : audessous, elle en est séparée par une graisse liquide, plus ou moins abondante, fournie par les glandes sébacées pilifères, dont les conduits viennent percer la g.aîne vers son extrémité supérieure.
Zo Follicule. — C’est un cul-de-sac du derme, du fond duquel s’élève une saillie conique, le gertne ou \ei papille ào poil. Sa forme rappelle à peu près celle d’une bouteille ; son extrémité inférieure, renflée,dépasse dans les gros poils l’épaisseur du derme, et descend dans le tissu cellulaire sous-cutané.
Sa face interne tient à la couche externe de la gaine, sa face externe se continue avec le tissu ambiant, et n’est visible que lorsqu’elle s’étend au-dessous du derme. Sa structure n’offre rien de particulier, si ce n’est qu’on y trouve près de la face interne, et au-dessous de l’ouverture des glandes sébacées, des fibres musculaires plates ; il renferme, en outre, des vaisseaux et des nerfs.
La papille est recouverte d’un amas de cellules à noyaux, qui empêchent de déterminer exactement sa forme; cependant on la suppose conique et constituée à péu près comme les papilles du toucher; souvent, dans les poils qui sont complètement développés, il existe des petits prolongements qui la réunissent au bouton.
Le follicule est tantôt perpendiculaire, tantôt oblique au derme ; le poil suit cette direction et perce obliquement la peau.
Formation. — La formation des poils a une grande analogie avec celle des ongles. Le sang apporte à la surface de la papille un blastème qui s’organise en cellules; parmi celles-ci, les plus externes se transforment en squamules delà substance corticale; les plus centrales restent encore assez longtemps distinctes, puis elles se remplissent de pigment, se rapprochent les unes des autres, s’accolent et constituent la substance médullaire ; enfin les cellules intermédiaires aux précédentes s’allongent, s’amincissent et deviennent des fibres longitudinales.
Les cellules les plus jeunes chassent celles qui sont au-dessus et sont à leur tour poussées par celles qui viennent après; cette production, sans cesse renaissante, dure aussi longtemps que la croissance du poil, après quoi celui-ci reste stationnaire. Pourtant, si on le coupe, il repousse avec une nouvelle vigueur, mais sa pointe ne se reforme que rarement. M. Mandl, ayant coupé les moustaches d’un chien, vit les extrémités tronquées se cicatriser en quelque sorte, s’arrondir plus ou
ORGANES Dü TACT Oü DU TOUCHER.
moins régulièrement ou même redevenir pointues; il obtint les mêmes résultats sur les poils de l’homme, à l’exception des cheveux.
Développement. — Chez le fœtus, les poils ^commencent à paraître vers le quatrième mois ; ce ne sont alors que de petits points noirs placés au-dessous de ce qui deviendra plus tard l’épiderme; au cinquième mois, ils ont déjà l’aspect conique, et sont visibles surtout aux sourcils et autour de la bouche ; vers le sixième mois, ils perforent l'épiderme; à la fin de la grossesse ou peu de temps après la naissance, ils tombent pour se régénérer ensuite.
Chaque follicule est d'abord clos de toutes parts, l’épiderme passe au-dessus et le bouche ; le poil, arrivé au-dessous de l’épiderme, se contourne en spirale ou s’enroule sur lui-même, et forme une petite saillie arrondie; puis, l’épiderme venant à s’amincir et à tomber par suite de la desquamation, il se redresse tout à coup et paraît à l’extérieur. En même temps le follicule, qui, dans l’origine, était contenu dans l’épaisseur du derme, s’est allongé et est descendu dans le tissu cellulaire sous-cutané.
A l’exception des cheveux, des sourcils et des cils, les poils restent à l’état de duvet, jusqu’à l’âge de la puberté, époque à laquelle ils s’allongent et prennent une couleur plus foncée; plus tard, dans un âge avancé, ils blanchissent et tombent. Tout le monde connaît leurs rapports intimes avec le développement des organes génitaux ; la barbe tombe après la castration, elle manque ou elle est peu abondante chez ceux qui ont subi cette mutilation pendant l’enfance.
VAISSKADX DB LA PEAÜ.
1* Vaisseaux sanguins .—Les branches artérielles et veineuses pénètrent en grand nombre dans la peau, et y forment par leurs anastomoses deux réseaux : l’un profond ou sous-dermique , l’autre superficiel.
Les artérioles qui viennent de traverser les aponévroses se répandent dans le tissu cellulaire souscutané, se divisent, s’anastomosent et constituent d’abord un réseau capillaire à larges mailles autour des follicules pileux, des glandes sudorifères et des cônes graisseux. Elles montent ensuite dans l’épaisseur du derme, s’anostomosent encore autour des glandes sébacées, et se réunissent enfin vers la face superficielle en un réseau très serré. De celui-ci partent des anses capillaires qui s’élèvent jusqu’au sommet des papilles. On admet dans chaque anse une branche artérielle et une branche veineuse. Il n’y a qu’une anse pour les petites papilles ; dans les grosses, au contraire, le capillaire artériel fournit de chaque côté plusieurs ramifications qui se continuent également a%'ec des ramifications veineuses.
Il est difficile, dans les dernières divisions vasculaires, de distinguer les capillaires artériels des capillaires veineux, mais ceux-ci sont reconnaissables dans le tissu cellulaire sous-cutané par leur volume plus considérable; de plus, ils se jettent dans les veines superficielles, tandis que les capillaires artériels font suite aux artères situées toujours plus profondément.
Les vaisseaux sanguins donnent au derme sa coloration rosée ; leur quantité n’est pas la même partout ; les réseaux les plus serrés s’observent principalement à la face, à la paume des mains, à la plante des pieds, aux organes génitaux, là où l’on trouve un grand nombre de papilles, et où il se fait des sécrétions abondantes.
2” Vaisseaux lymphatiques.—Qa décrit dans la peau deux réseaux de vaisseaux lymphatiques: l’un superficiel, très serré dans certaines régions, situé à la surface du derme, au-dessus des capillaires sanguins ; l’autre profond, sous-dermique, à mailles plus larges, d’où partent des lymphatiques qui se rendent aux ganglions.
Pendant longtemps on a méconnu la présence de ces va'isseaux dans l’enveloppe cutanée, et même encore à présent quelques anatomistes, sans nier positivement l’existence des réseaux, disent que ceux obtenus par les injections sont produits par l’infiltration du mercure dans le^ sillons inter-papillaires. Cependant les recherches de Mascagni, Haase, Panizza, et les travaux de MM. Fohmann, Breschet et Roussel de Vauzème, Bonam y et Sappey, semblent devoir nous inspirer toute confiance.
DES ORGANES DES SENS DE L’HOMME
Ce dernier surtout a étudié avec soin la distribution des lymphatiques. D’après lui, ces vaisseaux formeraient leurs réseaux les plus fins et les plus serrés dans les régions riches en glandes (sudorifères et sébacées) et en papilles, c’est-à-dire à la paume des mains, à la plante des pieds, aux parties génitales, sur les faces latérales du nez, etc., etc. 11 a vu aussi des ramifications très déliées monter dans l’intérieur des grosses papilles, et s’y diviser de manière à constituer un petit réseau, disposition qui rappelle à la rigueur celle des capillaires sanguins dans les mêmes organes.