‹ NévrosésChapitre 52 sur 115 · Japp, loc. cit · texte numérisé non relu

Japp, loc. cit

JO

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crise. Quiiicey ne se berça plus de l'espoir de s'en affranchir tout à fait, mais il modéra définitivement son tribut et vécut en paix sa vieillesse. Des héritages lui avaient ramené l'aisance. 11 profita de ce qu'il était au port pour résumer les expériences d'une existence féconde en peines et en erreurs. Personne ne connaît la vie intérieure de personne. Nos proches l'ignorent. Les gens avec qui nous habitons sous le même toit l'ignorent : « Elle coule à part, parallèlement à notre vie extérieure, et secrète pour tous. C'est un monde dans lequel le dernier des hommes a besoin de demeurer solitaire, et ne peut pas admettre l'être même qu'il aime le plus au monde*. » Mais ce courant invisible nous porte vers dès conclusions qui sont le fruit, doux ou amer, de chaque destinée humaine, et dont il ne nous est pas interdit de faire profiter les autres. Quincey écrivit dans cette pensée une collection de petits morceaux en prose poétique. Le plus grand nombre ont été perdus dans « la neige », ou brûlés dans un des commencements d'incendie allumés par son imprudence. Les autres forment les Smpiria de profundis, soupirs d'une âme fatiguée qui cherche le repos dans une vision mystique de l'univers. Ils sont d'un poète chez qui la pensée flotte toujours dans les brumes du rêve, et auquel les réalités se présentent naturellement revêtues de symboles.

Les Siispiria qui nous restent sont des hymmes à la Douleur, déesse auguste et bienfaisante, ferment de l'univers. C'est blasphémer que de la maudire. Sans elle, les grands bonheurs de la vie n'existeraient pas : « 11 n'est pas de joie parfaite où il n'entre du terrible ». Il y a de la douleur dans la joie de vivre. Il y en a dans Tâme de tout homme qui voit plus avant que la

1, Frafjment inédit, Japi»

surface des choses. Elle est le « talisman » auquel nous devons les « révélations intellectuelles ^ » : nous ne sommes rien tant que nous n'avons pas souffert. Elle est le tremblement de terre avec lequel Dieu « laboure » l'avenir. II faut des « calamités » pour les desseins d'en haut. « Comprenez bien ceci '-.... Le temps présent et même le point mathématique périt mille fois avant que nous ayons pu affirmer sa naissance. Dans le présent, tout est fini, et aussi bien ce fini est infini dans la vélocité de sa fuite vers la mort. Mais en Dieu il n'y a rien de fini ; en Dieu il n'y a rien de transitoire : en Dieu il n'y a rien qui tende vers la mort. Il s'ensuit que pour Dieu le présent n'existe pas. Pour Dieu, le présent, c'est le futur, et c'est pour le futur qu'il sacrifie le présent de l'homme. C'est pourquoi il opère par le tremblement de terre. C'est pourquoi il travaille par la douleur. Oh ! profond est le labourage du tremblement de terre! Oh! profond, profond est le labour de la douleur! mais il ne faut pas moins que cela pour l'agriculture de Dieu. Sur une nuit de tremblement de terre, il bâtit à l'homme d'agréables habitations pour mille ans. De la douleur d'un enfant il tire de glorieuses vendanges spirituelles qui, autrement, n'auraient pu être récoltées. Avec des .charrues moins cruelles le sol réfractaire n'aurait pas été remué. A la terre, notre planète, à l'habitacle de l'homme, il faut la secousse; et la douleur est plus souvent encore nécessaire comme étant le plus puissant outil de Dieu; oui, elle est indispensable aux enfants mystérieux de la terre ^. »

Les Romains avaient une déesse nommée Levana, « qui conférait au nouveau-né la dignité humaine » et

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