‹ NévrosésChapitre 42 sur 126 · Japp, De Quincey^s Life · texte numérisé non relu

Japp, De Quincey^s Life

homme de toute la Grande-Bretagne capable de les initier à la philosophie allemande, et que la Gazette ne tarderait certainement pas à acquérir une sérieuse influence dans le monde des universités. — On se sépara.

Il fit une seconde tcMitative en 1819. 11 avait réfléchi (je demande pardon aux économistes de ce qui va suivre) qu'étant décidément tombé dans « Fimbécillité » , il ne lui restait plus qu'à se rabattre sur Féconomie politique, cette « rincure de Fesprit humain », et il s'était mis en devoir de dicter à sa femme une brochure sur les Systèmes de l'avenir. Mais il était encore trop tôt. L'opium ne lui permit pas de poursuivre, et le manuscrit des Systèmes alla rejoindre dans un tiroir le grand ouvrage philosophique sur la réforme de l'esprit humain.

Deux ans après, Quincey avait retrouvé des lueurs de lil)erté d'esprit. Talonné par la misère, il vint chercher du travail à Londres, et y écrivit pour une revue, en se reprenant à bien des fois et avec des difficultés inouïes, deux petits articles qui sont devenus dans la suite des années, à force d'additions et de développements, le volume fameux des Confessions d'un mangeur d'opium anglais. La première partie pai'ut au mois d'octobre ^ 1821, la seconde le mois suivant, toutes deux sans nom d'auteur. L'une et l'autre piquèrent vivement la curiosité. Le sujet était original, presque trop pour beaucoup détecteurs, qui se demandèrent si ce n'était pas du roman. Mais, vraies ou fausses, fiction ou réalité, ces pages anonymes étaient très belles; on a pu en admirer la langue souple et colorée à travers les traductions de Baudelaire que nous avons citées.

1. D'après M. Japp. Un autre biographe, M. David Masson, dit septembre.

Elles étaient aussi ti'ès indiscrètes, et ce n'était pas pour déplaire à un public qui n'avait pas encore été rassasié de confidences intimes par les romantiques de toute race. Nous sommes aujourd'hui saturés jusqu'à l'exaspération de confidences intimes. Nous commençons à nous rebéquer contre les écrivains qui, non contents de nous initier à leurs affaires de cœur et d'argent, nous mettent au courant, comme Thomas de Ouincey, de l'état de leurs digestions. En 1821, il y avait encore de l'inattendu dans le passage des Confessions d'un mangeur cropium, pour n'en citer qu'un, où passe un souffle de M. Purgon et où la question « digestion » est traitée en détail, au point de vue des gens de lettres en général et de Thomas de Quincey en particulier. Moins ingénu, ce dernier aurait pu se douter, à un dîner donné en son honneur par le London Magazine, de l'amusement causé au public par certains de ses épanchements. Il remarqua que tous les regards se fixaient sur lui, que tous les yeux riaient et que certains d'entre eux étaient évidemment « pleins de malice * » ; mais il ne fit aucun rapprochement entre cette circonstance, qui le choqua beaucoup, et le contenu de ses Confessions.

Son succès n'en souffrit pas, au contraire, et Quincey fut dès lors recherché des directeurs de revues. Le charme était suffisamment rompu pour qu'il pût être un collaborateur fécond, bien que toujours irrégulier. Malgré des périodes de stérilité dues à ses rechutes (une année entière en 1822), la collection de ses œuvres choisies forme aujourd'hui quatorze volumes, contenant plus de cent essais extrêmement variés de ton et de sujet, quelques fantaisies poétiques et beaucoup de souvenirs personnels. Des livres aussi mor-

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