‹ NévrosésChapitre 68 sur 126 · VHomme des foules · texte numérisé non relu

VHomme des foules

sûr de trouver trois ou quatre marches à monter ou à descendre. Puis les subdivisions latérales étaient innombrables, inconcevables, tournaient et retournaient si bien sur elles-mêmes, que nos idées les plus exactes relativement à l'ensemble du bâtiment n'étaient pas très différentes de celles à travers lesquelles nous envisageons l'infini. Durant les cinq ans de ma résidence, je n'ai jamais été capable de déterminer avec précision dans quelle localité lointaine était situé le petit dortoir qui m'était assigné en commun avec dixhuit ou vingt autres écoliers.

« La salle d'études était la plus vaste de toute la maison et même du monde entier; du moins je ne pouvais m'empêcher de la voir ainsi. Elle était très longue, très étroite et lugubrement basse, avec des fenêtres en ogive et un plafond en chêne.... Eparpillés h travers la salle, d'innombrables bancs et des pupitres, effroyablement chargés de livres maculés par les doigts, se croisaient dans une irrégularité sans fin, — noirs, anciens, ravagés par le temps, et si bien cicatrisés de lettres initiales, de noms entiers, de figures grotesques et d'autres nombreux chefs-d'œuvre du couteau, qu'ils avaient entièrement perdu le peu de forme originelle qui leur avait été réparti dans les jours très anciens. »

Dans un angle de la salle « d'où émanait la terreur », une enceinte solide contenait le révérend docteur Bransby, principal de la pension et pasteur du village; deux fonctions que le jeune Poe avait peine à concilier, avec sa logique embarrassante d'enfant qui ignore les mascarades dont vit la société. Il n'arrivait pas à comprendre que le même homme qui avait grondé et fouetté toute la semaine se métamorphosât le dimanche, à heure fixe, en consolateur onctueux, porte-parole de la bonté divine et infinie : 7- « Avec

quel profond sentiment d'admiration et de perplexité, dit-il, avais-je coutume de le contempler, de notre banc relégué dans la tribune, quand il montait en chaire d'un pas solennel et lent! Ce personnage vénérable, avec ce visage si modeste et si bénin, avec une robe si bien lustrée et si cléricalement ondoyante, avec une perruque si minutieusement poudrée, si raide et si vaste, pouvait-il être le môme homme qui, tout à l'heure, avec un visage si aigre et dans des vêtements souillés de tabac, faisait exécuter, férule en main, les lois draconiennes de l'école? Oh! gigantesque paradoxe, dont la monstruosité exclut toute solution! »

La suite de William Wilson offre un curieux mélange du réel avec le chimérique. Les événements sont de pure fantaisie; Poe n'a jamais assassiné personne, même symboliquement, et son héros se vante en se donnant pour une fleur de perversité. Les souvenirs qu'il avait laissés à la pension étaient plus doux : « C'était un enfant de beaucoup de vivacité et de moyens, disait le docteur Bransby quand on l'interrogeait sur son ancien élève. Il aurait été un très bon petit garçon si ses « parents » ne l'avaient pas gâté, mais ils le gâtaient et lui donnaient un argent de poche extravagant, ce qui lui permettait toutes sortes de sottises. Je l'aimais bien tout de même K » D'autre part, la grande tragédie de la vie de Poe éclate d'une façon si saisissante dans William Wilsoii, que ce récit fantastique se trouve être ce qu'on a jamais écrit sur lui de plus profondément vrai.

Il s'agit, dans le conte, d'un enfant de génie qui est de naissance un impulsif, et dont les impulsions deviennent plus violentes et plus perverses avec les années. Sa nature impérieuse lui a donné un grand

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