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Nicolas Le Roy et ses descendants [microforme]

| rique une réputation enviable, Ils les représentent toujours, ‘tous cousus d'or, comme la providence obligée de leurs étourdis de neveux, arrivant à point por payer leurs dettes ou arran-

ger leurs affaires,

Hélas ! dans la vie rcelle, les oncles d'Amérique ne ressemblent pas souvent à ce portrait alléchant que font d’eux les romanciers et les comédiens,

Celui qui te trace ces lignes, par exemple, n’est pas cousu d’or, et ses trésors sont encore profondément enfouis dans les mines du Pérou. Il se console, cependant, en pensant que son neveu

Raoûl ne sera jamais un étourdi, qu’il aura l’hor-

reur des dettes et qu'il saura toujours arranger ses

ER affaires. À défaut de fortune, mon cher neveu, je veux te lévuer ces notes qui contiennent l’histoire de la famille dont tu portes le nom,

M. de Buffon, lorsqu'on voulait lui présenter quelqu'un, disait : “ Montrez-moi ses papiers. ” Il voulait par là pénétrer intimement dans les affaires d'intérieur du nouveau venu, connaître ses aieux, ses alliances, juger s'il était de bonne ou mauvaise compagnie, Tu rencontreras dans le monde bien des gens qui n'ont pas la sagesse de M. de Buffon. Mais tu trouveras aussi des circonspects, des prudents qui voudront savoir d’où tu viens, quels furent les tiens, de quelle source tu descends. Tu pourras leur montrer tes papiers,

sans crainte comme sans fausse honte.

Quand tu seras plus vieux et que l’âge commencera à te faire aimer les choses du passé, évoque et ramène vivants sous tes yeux ceux des tiens qui t'ont précédé dans la vie. Donne leur un bon

souvenir, Propose toi pour but d’être bon, juste,

—— vil —

hônnête, humble comme eux. N'ambitionne pas les honneurs, ni les richesses. Garde la maison paternelle, Les générations s'y succèderont. Des souvenirs touchants s'attacheront à ces vieux murs, à ces meubles d'un autre âge. On évitera de les détruire. On gardera aussi, comme une espèce de culte, les vieilles coutumes du foyer. Souvienstoi que l'oracle de Delphes, interrogé pour savoir quel était le plus heureux des hommes, répondit que c'était un vieillard de l’Arcadie, qui avait cultivé toute sa vie le champ de ses ancêtres et qui n'en était jamais sorti.

Elle est bien simple l'histoire de tes ancêtres. Aucun d'eux n’a brillé sur un grand théâtre, Pendant cinq générations tu vas les voir travaillant, peinant, menant la vie des champs. Puis quelques-uns abandonnent le rude métier de laboureur et établissent dans les villes pour y occuper de

modestes fonctions. Les uns ont été pauvres, —

presque tous, —d'autres ont amassé une modeste

aisance, à force de labeur, de frugalité et d’économie,

Mais si ta famille ne peut pas étaler l'illustration d'une race antique, si tu ne peux pas te dunner la vaine gloriole de montrer quelques-uns des tiens guerroyant à côté de preux illustres, si tu es sorti de la roture, console-toi vite. La source d’où tu

viens est pure. Qu’importe le reste ?

Ce n'est pas sur les parchemins, mais dans l’âme que doivent s’imprimer les titres de noblesse, Qui sert bien son pays n'a pas besoin d’aïeux, a dit Voltaire,

Quelqu’'humble qu'elle soit, l’histoire des tiens est bonne à connaître. Il est bon que tu saches où, quand, comment ont vécu ceux de ton sang,

L’hérédité a ses lois comme la pesanteur. Ces lois ne sont pas encore réduites en formule mathématique, mais elles peuvent donner d’utiles ren-

seignements. Les ascendants transmettent aux

descendants le type de l'espèce, quelques particu-

AU larités d'organisation et d'aptitude, certains défauts,

certaines qualités.

À ton âge, tu as dû déjà observer chez tes petits camarades que les uns avaient le nez aquilin, d'autres l'œil noir et vif, tandis que leurs voisins avaient l'œil bleu et langoureux, les cheveux crépus, blonds ou noirs Et en voyant leurs parents, tu as dû trouver le plus souvent que tes petits camarades avaient avec eux la même conformité

de traits ou une grande ressemblance.

Quand tu auras grandi et que tu sentiras passer à côté de toi un être étrange et terrible qui frappe Sans pitié les proches, les amis, les bons parents, tu entendras dire souvent : “ Ce pauvre homme est mort de la même maladie que son père ou son

grand père ou son aïeul. Ils finiront tous de

même dans cette famille ”,

C’est que, vois-tu, les qualités, les défauts, les

déformations physiques se transmettent avec le

sang. Chacun à sa tare héréditaire. Cette tare, à l'état latent chez un ascendant, peut se transmettre, se multiplier, s’agvraver chez les descendants. La moindre chose peut la réveiller.

Chaque membre d'une famille forme l'anneau d'une longue chaine, |

Quand tu sauras la moyenne de vie de ceux de ton san, les maladies dont ils ont souffurts, lus âves critiques qu'ils ont traversés, les points faibles de leur constitution physique, tu pourras mieux pronostiquer l'avenir, prendre tes prcautions, accélérer ou ralentir ta marche : Tu ap. prendrais à te surveiller toi-même et à ‘surveiller tes proches.

Mais la vie physique n'est pas tout, il y a au dedans dé toi quelque chose de plus grand et de plus noble. L'âme, comme le COrps, à aussi ses lois d'hérédité. Les caractères, les tempéraments se façonneñt comme ces cellules de cire que tu as

vues parfois dans les ruches d'abeille.

Etudie les tiens, ceux qui t'ont précédé dans la vie où que. tu coudoyes chaque jour dans l'intimité du foyer, tu verras leurs tendances Si tu les trouves laborieux, francs, ouverts, bons, honnètes, suis leur exemple. Si tu les juges irascibles, indolents, trompeurs, dissimulés, fais taire la voix du sang et essaye de te corriver. Contrôle toi

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