‹ Nicolas LeblancChapitre 18 sur 50 · RE A GENE · texte numérisé non relu

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donner à notre travail toute la suite que nous aurions désiré; malgré nos efforts et nos recherches, nous manquons bien souvent de renseignements, non seulement sur la vie intime de Leblanc, mais aussi sur ses travaux. Près de quatre-vingts ans se sont écoulés depuis sa mort; beaucoup de ses papiers ont été dispersés; sa correspondance n'a pas été entièrement conservée; aussi les quelques mémoires, mentionnés plus haut, et les pièces qui les accompagnent ne forment, croyons-nous, qu'une faible partie de son œuvre; ils nous montrent cependant un travail constant, une recherche continue du développement pratique de la chimie indus-

trielle.

Les études, les essais ne sont pas productifs; ils ne

le deviennent que lorsqu'ils entrent dans la période des applications. Or, depuis que Leblanc a perdu sa manufacture, il vit toujours dans la situation la plus précaire ; la détresse est à son foyer; il est soucieux, chagrin, et s'il n’en est pas encore au découragement, s’il espère toujours, c’est dans l’amour des siens, dans leur affection qu’il puise sa force de résistance.

C’est pendant qu'il est régisseur des poudres et salpêtres que nous voyons ses deux filles tenir un petit magasin de lingerie et de mercerie dans la rue Saint-Antoine, près de la rue Saint-Paul, cherchant ainsi par leur travail à alléger les charges de la famille.

Que de souvenirs tristes dans ces deux années 1793 et 1794 : la Terreur et la disette! La fatale charrette

passe chaque jour devant leur modeste boutique. Leblanc, comme régisseur des poudres et salpêtres, est logé à l’Arsenal ; il reçoit un traitement, il est vrai, mais de quelle valeur peut-il être à cette époque des assignats et du maximum ? c'était presque la misère, et dans cette famille le petit bien-être, les quelques. économies faites aux beaux jours de la maison de Seine, vont bien vite s’épuiser.

On a vu plus haut les fonctions administratives de Leblanc, on a vu aussi quelle triste déception a été pour lui sa mission dans le Tarn et l'Aveyron. Il y eut des jours bien mauvais à passer; dans les souvenirs de notre enfance, nous nous rappelons qu'il nous a été dit par notre mère que Leblanc, dans certains moments, travaillait avec Charpentier, son beaufrère, qui était émailleur, à la confection de certains émaux colorés. Cependant, quelles que fussent les angoisses de ces mauvais jours, Leblanc ne se laisse pas abattre; bientôt, dès que le calme et l’ordre commenceront à renaître, il entreprendra des démarches pour être réintégré dans sa fabrique; il. commencera à poursuivre ses revendications pour le | tort inutile que lui a fait la publication de son procédé; mais avant d'arriver à cette partie encore intéressante de l'histoire de la soude artificielle, nous continuerons à suivre Leblanc dans divers épisodes de sa vie.

Ce n’était pas assez de toutes les difficultés matérielles, auxquelles il était en butte; elles devaient s’augmenter encore de chagrins de famille, Sa femme, toujours d’une santé chancelante, était de-

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venue gravement malade, et ce nouveau malheur ajoutait encore à ses préoccupations. Il s’en ouvrait à ses amis, et ceux qu'il avait laissés dans le Tarn se préoccupaient des moyens de lui être utile et de l'aider à sortir de la situation pénible dans laquelle il se débattait.

On lui écrit avec affection, avec insistance pour lui offrir la chaire de professeur d'histoire naturelle à l’école centrale d’Alby; il répond, en date du 5 frimaire an V (décembre 1796) :

« Ma situation est bien décourageante. J'avais jus-

qu'ici conservé l'espérance de pouvoir apprendre à mes amis qu'enfin le sort avait cessé d’exercer contre moi les rigueurs que je supporte depuis si longtemps. »

. Et après avoir remercié ses amis de leurs instances, il ajoute : « La chaire d'histoire naturelle exige des connaissances profondes qui ne sont point à ma portée. »

Et malgré les instances réitérées de ses amis Rahoux et Tessier, il persiste à décliner l'offre qui lui est faite. Leblanc était sûrement le meilleur juge de ce qu’il devait faire; toutefois sa modestie n'exagérait-elle pas ici les scrupules de son honnèteté? | R

Le 28 germinal an VI, Leblanc ayant réuni 317 suffrages est proclamé second député par le département de Paris, section de Saint-Denis; il prend place au Corps législatif, conseil des Anciens.

Quoique Leblanc ne se soit fait remarquer dans aucun épisode de la période orageuse de la révolu-

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tion, quoique nous ne le retrouvions, dans aucun cas, soit dans le parti avancé, soit dans le parti ultra modéré, toujours est-il que Leblanc, homme sage et réservé, homme d’études, travailleur assidu, père de famille exemplaire, Leblanc, pour des causes dont nous ne trouvons aucune trace, eut pendant quelque temps à craindre pour sa liberté menacée, peut-être même pour sa vie. La seule indication que nous en trouvions fait partie d’une étude philosophique tout entière de la main de Leblanc.

Tout porte à croire que les événements du 18 fructidor lui avaient causé de grandes inquiétudes. Bien que cette citation soit placée dans le manuscrit de Leblanc, comme un exemple ayant rapport à certains faits d'observation pathologique, nous y retrouvons un renseignement intéressant.

Voici ce passage: « Adélaïde-Rosalie Leblanc, âgée de dix-sept ans, de la plus belle santé, perdit l’usage de tous ses membres au moment du départ de son père, qu’elle crut proscrit dans quelques occasions de la révolution. Elle fut six mois dans cet état; son chagrin causa des obstructions dont | elle mourut. |

« Mme Lefebvre, mère de famille respectable, aimait M'e Leblanc; elle lui rendit les derniers devoirs, ferma ses paupières en lui faisant le serment de ne pas lui survivre et elle mourut le douzième jour ensuite, sans aucune apparence d'autre maladie que son chagrin. L'une et l’autre de ces deux personnes n’avaient pas d’ennemis, la douceur de leur caractère et leur conduite vertueuse leur méritèrent de toutes

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les personnes qui les ont connues le respect et l'amitié. »

En effet, vers la fin de 1798, Leblanc perdit sa fille qui était le second de ses enfants; elle avait dix-sept ans, elle était blonde et charmante; Leblanc en eut un cruel chagrin et resta toujours sous l'impression de cette perte prématurée. Les fonctions administratives de Leblanc n'avaient pas même servi à lui créer la moindre influence; dans toutes les réclamations et les revendications qu'il adresse aux différents membres des divers gouvernements, c’est toujours en simple solliciteur qu'il écrit, c’est toujours comme tel qu’on lui répond. On reconnaît toujours le bien fondé de ses demandes, le tort réel qu’il a éprouvé, tant par la publication de son procédé que par la confiscation de son usine, mais il y a toujours mille raisons pour ajourner à un temps meilleur l'acte de justice et de réparation qu'il ne cesse de demander. Dès l’an V et l’an VI, Leblanc avait saisi le gouvernement de ses réclamations en restitution de sa manufacture ou d’uue indemnité, ainsi que le prouvent deux décisions du ministre de l’intérieur, prises sur l’avis du bureau consultatif et du conseil des Arts et Manufactures, les 22 fructidor an V et 12 pluvidse an VI et auxquelles il ne fut donné aucune suite.

En lan V,le ministre de l’intérieur le nomme à l’une des deux places vacantes du conseil de conser vation ; cette décision n’a aucun effet, le ministre suivant désigne une autre personne pour cette fonction, sans tenir aucun compte de la nomination de Leblanc.

accorde 3 000 francs à titre de récompense nationale. M Cette somme ne fut jamais payée entièrement. Leblanc, comme on le verra par les pièces qui suivent, ne |

toucha jamais que 600 francs.

Le 17 messidor an VII, Leblanc écrit au ministre! pour réclamer le payement des 2 400 francs qui lui | restent dus sur l’indemmité accordée à titre de! récompense. Le 24 du même mois, le ministre Qui- | nette lui répond qu’il est dans l’impossibilité de faire. |

droit à sa demande; il ajoute : « Je prends, citoyen, le plus grand intérêt à votre situation; mais quelle que soit ma bonne volonté, l’état des finances ne me permet pas de vous faire compter de suite la somme qui vous reste due. Je désire, citoyen, que les circonstances deviennent plus favorables. Je n’oublierai pas les titres que vos travaux vous donnent à la bienveillance de la République. »

Nous avons dit, dans notre première partie, comment avait eu lieu la divulgation du brevet de Le-

blanc et cela, comme il le dit lui-même dans un mé- |

moire que nous verrons plus loin, malgré l’avis de la commission de la Convention, qui voulait que ce procédé restât secret pour le plus grand bénéfice de la nation, À propos de ce fait et des premières réclamations de Leblanc, Berthollet lui écrit, le 23 pluviôse an IIT, au nom de la commission de l’Agriculture et des Arts :

« Le Comité pense que tu dois recevoir une indemmité proportionnelle au désintéressement dont tu as

Plus tard, le 9 ventôse an VII (mars 1799), le | ministre de l’intérieur, François de Neufchâteau lui |

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