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société définitif, le brevet d'invention, et nombre d'actes ou de pièces contemporains parfaitement d'accord entre eux, justificatifs des droits de son auteur. |
La famille Dizé, de son côté, s’appuie sur la réclamation produite par Dizé en 1810 et sur la persistance avec laquelle il n’a cessé jusqu’à la fin de sa vie d'essayer de faire prévaloir ses prétentions. Mais le représentant de la famille Dizé, appelé par la
Section de Chimie et mis en demeure de fournir les
pièces authentiques établissant les droits de Dizé qu'il avait annoncées, a déclaré n'avoir rien à donner de plus que l'écrit où il analyse et commente le Mémoire publié en 1810 par Dixzé.
Si le représentant de la famille Dizé eût fourni les pièces qu’il avait annoncées, ou, à leur défaut, qu’il eût retiré sa lettre, ainsi que le désirait la Section, 1l eût rendu notre tâche moins pénible, et il aurait épargné à l’Académie l'obligation d'entendre tous les détails qui précèdent ; mais, comme nous l'avons dit, il ne suffisait pas à la Section de savoir où était le droit, elle voulait savoir surtout où était la vérité.
Il est évident, en effet, que s’il s’agissait de reconnaître que Dizé a été mêlé aux essais effectués par Leblanc pour perfectionner le dosage des matières employées dans la fabrication de la soude, qu'il est devenu son associé et qu’il en aurait les droits commerciaux, qu’il a pris une part importante dans l’organisation des fourneaux et du matériel de la fabrique de la Maison-de-Seine, qu'il aurait spécialement droit aux deux cinquièmes de tous les bénéfices résul-
tant pour Leblanc de l'invention de la soude, il n'y aurait aucune difficulté, car tout cela est constaté et authentique.
Mais comment la Section de Chimie pourrait-elle adméttre que Leblanc n’est pas l’auteur du procédé par lequel la soude factice a été obtenue, lorsqu'il est reconnu pour tel par Dizé, par d’Arcet, par Shée dans cinq actes sérieux et authentiques et dans toute leur correspondance, lorsque les contemporains sont unanimes à lui attribuer ce mérite, lorsque l’enchainement des faits produits par lui est logique et que rien n'y offre d’obscurité, lorsque, sa vie durant, aucunes réclamations de ce genre ne se sont produites, quand on a attendu sa mort pour les faire entendre, lorsque ces réclamations enfin reposent uniquement sur un récit plein de contradictions fait par la personne intéressée ?
Tout en respectant les sentiments de la famille Dizé, la Section de Chimie, appelée à exercer les
devoirs d’une véritable magistrature, déclare donc, en vue du droit, mais non moins en vue de la vérité, qu’à ses yeux les actes authentiques établissent tous que Leblanc est l’auteur de la découverte du procédé relatif à la fabrication de la soude artificielle, et que les témoignages contemporains dont elle a eu connaissance sont tous d'accord avec la teneur de ces actes.
En ce qui concerne de La Métherie, en particulier, dont le nom est si souvent invoqué, il a lui-même publié plusieurs fois que Leblanc était l’auteur de la découverte de la soude artificielle, et que c'est lui qui a introduit la craie dans cette opération.
La découverte de la soude factice a mis à la dispo-
sition des arts industriels un alcali puissant, à bas M,
prix, dont la production ne connaît pas de limite, puisqu'elle a pour base le sel marin. Son exploitation a donné un essor immense à la fabrication de l'acide sulfurique, dont elle assurait le débouché, et elle a été de la sorte l’occasion de tous les progrès qui s’y sont introduits. La fabrication de la soude artificielle, en faisant naître de prodigieuses
quantités d'acide chlorhydrique, a donné une matière .
première à bas prix propre à la création du chlorure de chaux, que les blanchisseries des fils ou des toiles de coton, de chanvre ou de lin, ainsi que les papeteries, consomment en quantités prodigieuses. Les verreries et les savonneries, depuis qu’elles peuvent disposer de ces soudes factices qu’on approprie si facilement et si exactement à leurs besoins variés, ont fait des progrès immenses pour la qualité et pour le bon marché de leurs produits.
Depuis le commencement du siècle, toute l’indus-
trie des produits chimiques en Europe pivote autour des manufactures de soude artificielle et s'empare de leurs procédés ou vit de leurs produits. On peut estimer qu’en 1855 les usines à soude ont produit en Angleterre 150 millions de kilogrammes de cet alcali à divers états et ont mis en mouvement une valeur de 30 millions. En France, la production s’est élevée
à 60 ou 80 millions de kilogrammes, et elle peut être
considérée comme égale au moins à ce chiffre pour le reste de l’Europe.
La découverte de la soude artificielle est donc ui”
des plus grands bienfaits, sinon le plus grand, dont les arts chimiques aient été dotés depuis soixante ans. Pour s’en faire une juste idée, il faudrait ajouter que la valeur vénale de la soude, ainsi que celle des produits qui se rattachent immédiatement à sa fabrication, ayant baissé depuis le commencement du siècle dans le rapport de 10 : 1, si le commerce et la consommation reçoivent en Europe maintenant pour 100 millions de marchandise par cette voie, il faudrait, pour être exact, dire quesi la soude factice n’eût pas été inventée, les Jouissances que le consommateur se procure à son aide lui coûteraient un milliard. L'importance de l’objet dont nous venons d’entretenir l'Académie, les scrupules qui nous ont arrêtés plus d’une fois dans cet examen de titres inconnus jusqu'ici et de prétentions mal appréciées, expliqueraient la longueur de ce rapport et les détails où nous sommes entrés, lors même que la Section ne trouverait pas ailleurs son excuse. Mais, consultée au nom de Sa Majesté, toujours aussi empressée de fermer les plaies et de réparer les maux du passé qu’elle l’est d'ouvrir les grandes perspectives de l’avenir, la Section ne devait rien négliger pour se mettre en mesure de signaler avec certitude à sa justice et à sa bonté la mémoire du véritable inventeur de l’industrie qui a si justement excité son intérêt.