‹ Nicole OresmeChapitre 111 sur 321 · Tract., c. 22, p. 128= fr. LXVII · texte numérisé non relu

Tract., c. 22, p. 128= fr. LXVII

2. Tract., c. 17, p. 108 = fr. LI. Est-il certain cependant, qu'Arislote n'en parle point, parce que i de son temps nestoit pas teHe malice trouvée » ? Oresrne semble l'avoir cru d'abord : il nous dit à plusieurs reprises que l'antiquité n'a rien connu de semblable, et il relève comme un exemple unique « une petite mutation du poids, que fist Theodoric^ roi d'Ytalie... pour payer aucune souldée » et dont il fut vivement réprimandé par Cassiodore (Tr., c. 18, p. 70— fr. LV). A la réflexion pourtant, il semble avoir corrigé cette assertion trop tranchée. Il se rappelle la mauvaise monnaie des Romains des derniers siècles a laquelle on trouve aux champs aucunes foiz », et bien qu'il paraisse n'avoir pas connu le livre II de l'Economique, où Aristote rapporte des exemples formels de telles opérations dans les cités grecques, dans

scindée; nous allons donc, malgié It\s développements un peu longs dans lesquels l'auteur a cru devoir entrer, exposer successivement son analyse des procédés de mutation (§ i), son étude sur les inconvénients généraux et particuliers des mutations (§ 2) avant d'aborder avec lui (§ 3) la critique directe du droit de muer, et les exceptions qui peuvent être faites à la prohibition générale des mutations, au nom du droit de la communauté.

§ 1 . — Procédés divers dd xautations (i)

Qu'est-ce d'abord qu'une m«/a//o/irfe monnaies? Oresme entend le mot en un sens très large : c'est pour lui toute opération, tout acte du pouvoir qui a pour effet de modifier quelque chose aux conditions primitives des espèces, soit qu'il s'agisse d'un changement matériel, d'une refonte des espèces^ d'une frappe nouvelle dans des conditions de poids ou de titre différentes, soit qu'il s'agisse simplement d'un changement nominal dans la valeur imposée, d'une taxation nouvelle par rapport à la monnaie de compte, ou de la fixation d'un rapport nouveau entre les valeurs des métaux précieux. La mutation ainsi entendue est d'ailleurs une opération complexe, qui peut revêtir des formes très différentes. Toute rhabileté des financiers royaux «'est employée à dissimuler les opérations sous des complications ingénieuses. Oresme a donc cru nécessaire, pour y mettre quelque

la traduction des Politiques, il croit apercevoir, dans Vobolostatique que condamne Aristole, le procédé même des mutations des monnaies (La Politique d'Aristote,-!. I., c. 12, Glose Item change^ fo XXII, Y%

I. Tract., c. 8 â 14, p. 102-114 = fr. XXVI-XLI V (Dan* iouUs les leçons).

clarté, d'isoler d'abord par l'analyse les divers procédés possibles.

Il est arrivé ainsi à reconnaître cinq modes simples de mutations, dont tous les autres ne sont que des combinaisons plus ou moins compliquées : « Mutatio autem monetae... potest imaginari fieri multipliciter, unomodo in forma seu figura précise, alio modo in proportione, alio modo in pretio vel appellatione, alio modo in quantitate vel pondère, et alio modo in substanlia materiae. Quolibet enim istorum quinque raodorum sigillalim au! pluribus simul potest mutari moneta » (i). Ces cinq modes qu'il considère comme primitifs, il n'a plus dès lors qu'à les suivre dans leur mécanisme propre et dans leurs conséquences particulières.

La méthode est certainement heureuse, car en ramenant par l'analyse à un petit nombre de procédés simples des opérations en fait singulièrement complexes, elle permet de dégager beaucoup plus nettement le terrain, pour la discussion économique qui suivra. On peut se demander seulement, si la classification adoptée est rationnellement bien exacte. En raison, les divers genres de mutation simple devraient correspondre aux éléments essentiels de la monnaie. Or la monnaie n'a que deux éléments essentiels : la matière et le poids; en droit médiéval, il faut en ajouter un troisième, le prix, c'està dire le rapport à' la monnaie de compte (2). Ce sont

Page 1