‹ Nicole OresmeChapitre 129 sur 321 · Tract., c. 17, p. 119= fr. LI · texte numérisé non relu

Tract., c. 17, p. 119= fr. LI

La CillTîgtE Ole la CONChîl»tlON fÉODALK ^9

i*> Oresme pose en principe que la première condition d'un ordre politique sain, c'est la stabilité des institutions. Il est, en effet, malgré ses violences de langage primitives, de tempérament éminemment conservateur ; la part d'imprévu que contient nécessairement toute innovation, Tefiraie ; et pour cela, il ne hait rien tant que les changements dans Tordre social. On ne doit pas, répète-t-il avec insistance en plusieurs endroits du Traité^ si ce n'est pour une amélioration considérable, modifier les lois établies : « nunquam sine evidenti necessitate mutandœ sunt priores leges, statuta consuetudines,seu ordinationes quœcumque tangentes communitatem»(i).Toutjp innovation, dans cet ordre d'idées, est un dangereux ferment de troubles : « quoniam mutationes hujusmodi diminuunt ipsarum legum auctoritatem et reverentiam, et multo magis si fréquenter fiant » (2).

Les mutations de monnaies sont particulièrement périlleuses. Par elles, l'équilibre savant qui seul assure la stabilité politique des Etats, se trouve brutalement rompu. A cet accord heureusement proportionné des parties composantes de l'Etat, qu'Oresme — par une comparaison qu'il affectionne particulièrement, et dont il doit d'ailleurs la première idée à Aristote — assimile aux rapports harmonieux entre les membres d'un corps bien constitué (3), les mutations de monnaies substituent des relations difficiles et fiévreuses entre des membres appauvris et une tête démesurément enflée, qui tire à soi toute la substance du corps. Par elles, aussi, le prince draîne dans ses cofl'res toute la fortune publique, et réduit à un état voisin de l'asservissement le reste de la

Page 1