Alb. inlibr. Polit,, I, 7, litt. f. g. n
quelquefois, et ils sont allés plus loin vraisemblablement, que ne serait allé le philosophe. Il n*est pas croyable qu'Aristote ail pu prévoir les conclusions que Burleigh par exemple a tirées de son texte, en faveur du droit du prince de muer les espèces, bien que quelque chose de cela fût certainement en germe dans sa conception purement artificielle du numéraire.
Les commentateurs pourtant sont allés quelquefois plus loin encore, apportant des idées entièrement nouvelles ou même entièrement en opposition avec celles d'Aristote lui-même.
Les idées nouvelles, généralement un peu en dehors d^ailleurs, sont celles, le plus souvent, de leur milieu féodal et scolastique. C'est ainsi par exemple qu'en cherchant la mesure de la valeur, Aristote l'avait placée uniquement dans le besoin {indigentia). Cette notion, toute matérielle, qu'ils n'osent pas combattre, choque visiblement les commentateurs dans leurs habitudes scolastiques. Albert glose légèrement : il remplace le besoin par l'usage et l'utilité, usum et utilitatem (i), c'est-à-dire qu'il déplace un peu le critérium. Burley dans le commentaire, admet encore la même traduction, mais dans la glose il croit nécessaire d'observer — ce qui est bien scolastique — qu'ainsi la valeur des choses ne suit point leur dignité (2).
D'autres additions du même genre sont également typiques. Aristote avait noté que la monnaie, comme métal, est une chose utile en soi {utilium per se ens).
1. « Indigentiam, hoc idem quidam vocantusum et utilitatem » (Albert., in Ethic., V, c 2, litt. c).
2. « Non enim apprecianlur res secundum dignitatem naturalem ipsarum rerum, sed precia imponuntur rébus secundum quod homines indigent eis ad usum suum 0 (BurlaBua, in Etkic, V, 5, iitl. c, f<>92, v«).
Albert g-lose « utilium ad vitam et bonam vitam » (i). C'est-à-dire qu'il trouve moyen d'introduire Tidée de fin, toujours si chère aux scolastiques.
Ce ne sont là évidemment que d*assez petits détails. Mais deux additions méritent d'être plus attentivement relevées, parce qu'elles sont en opposition directe avec l'idée primitive d'Aristote, et parce. que l'une d'elles, au moins, est grosse d'avenir. Elles ont trait, l'une au rôle, l'autre à la nature du numéraire.
Aristote n'avait voulu voir dans la monnaie qu'un instrument, il n'avait analysé en tout cas, expressément, que son rôle de mesure. Les commentateurs ont senti, évidemment, que cette conception était insuffisante, que si le rôle de mesure est la fonction prédominante du numéraire, il en a pourtant quelquefois d'autres; ils ont entrevu, au moins, le rôle que la monnaie peut jouer, comme capital, en condensant et emmagasinant la valeur. Aristote lui-même les y invitait. Dans les Ethiques, en effet, après avoir remarqué que le besoin que la monnaie est appelée à satisfaire n'est pas toujours présent, il ajoutait que même pour rechange différé, la monnaie agit en quelque sorte comme un garant (oïov. cyyuTjTTÎs), qui assure la réalisation du besoin prochain.
Cette notion, restée un peu vague dans le texte grec, le vieux traducteur l'avait précisée d'un mot qui fait image : la monnaie, avait-il traduit, est le garant du besoin futur ifidejussor futur ae nécessitât is) (2). L'expression, juste aulant qu'énergique, a eu une fortune considérable. Il est visible qu'elle avait frappé particulièrement les commentateurs, car il s'en sont emparés aussitôt et ils l'ont retournée en tous sens. Sous la plume