V. infrà. Conclusion, U influence doctrinale d' Oresme
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supérieures, 1^ sens de l'application paratt avoir totalement manqué. Le résultat, c'esl qu'au moment où Oresme va écrire, il y a, séparément, d'un côté des notions théoriques assez finement étudiées, certaines analyses même poussées assez loin, et d'autre côté, chez les canonistes et les interprètes du droit romain principalement, des vues des plus utiles sur la pratique monétaire : il n'y a point, entre les uns et les autres^ de lien logiquement établi, il ne s'est point dégagé de conception d'ensemble qui réunisse les deux faces du problèmei qui le traite rationnellement dans une monographie complète.
Le problème, d'ailleurs, est loin d'être fouillé sur tous les points. Même en réunissantce qu ont dégagé de différents côtés les interprètes des diverses écoles, beaucoup de questions encore n'ont pas été abordées. C'est là Un point sur lequel il n'est pas inutile d'insister, précisément parce que les affirmations produites couramment à cet égard laisseraient croire qu'à Tépoque d'Oresme la question monétaire avait déjà été entièrement traitée, et qu'il ne lui restait qu'à assembler et à coordonner seulement des notions partout dégagées.
Dans le domaine des notions théoriques, beaucoup de choses certainement étaient, dès avant lui, acquises. Certaines idées, d'origine aristotélicienne, comme l'historique de l'origine de la monnaie, par exemple, comme l'analyse de son rôle d'intermédiaire dans les échanges, sonl^ dès avant Oresme, entrées définitivement dans la science médiévale, sont même passées, si on peut dire, dans le domaine public, puisqu'elles paraissent familières à des polygraphes comme Brunetto Latini (i), à des
I. Le livre dou trésor, lib.I, pars 3,c.6. Dw maistres de philosophie et pourqtwi monnaie fii établie :Moni\o\ct fu establie par les phi*
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poêles comme l'auteur de Vlmage du Monde {i).M9iis pourtant, dans cet ordre d'idées même, combien de choses restent obscures, ou n'ont pas été véritablement abordées I Lequel des commentateurs d'Aristole a pensé, avant Oresme, à entreprendre celte analyse des qualités du numéraire, celte esquisse des raisons qui ont fait choisir Tor elFargent, dans lesquelles l'esprit pénétrant d'Oresmc s'est si nettement affirmé (2)? Lequel a su distinguer, par delà le rôle d'instrument du numéraire, son rôle d'objet d'échange ? Et sur les notions mêmes que tous ont communément traitées, que d'incertitudes, que d'obscurités! La monnaie est-elle, de par sa fonction, instrument, mesure, ou objet d'échange comme les autres ? Est-elle, par sa nature, une chose ou un simple signe ? Il est impossible, après avoir lu les commentaires d'Albert ou même de saint Thomas, d'avoir une idée nette de leurs conceptions à cet égard. N'est-on pas dérouté au milieu de ces hésitations, de ces contradictions d'une pensée économique mal arrêtée ?
losophes, por le gent qui autrement ne povoient a droit vivre ne changer les lor choses ; corne ceux qui furent saiges et soutis, eshirent de tous les mestaux lor au plus fin, et langent après, et en firent faire monnoie, et li donnèrent pois et pris * (éd. Ghabaille. Doc. Inéd., i865, p. 621).
1. Image du Monde, 5^ partie, c. 12, Porquoi monnoie fu establie (Ms Arsenal 283, fol. 181 v®, col. 3).
2. Aristole n*avait relevé, parmi les qualités des métaux précieux, que la facilité du maniement et celle de se prêter au transport (Polit., I, 5, Il i5, i4). Pline l'Ancien paraît avoir aperçu en outre la facilité de conservation, et Taptitude particulière à se laisser travailler et à recevoir l'empreinte (facilitas maleriae^ dans Hist. Nat., XXIII, 19). Les commentateurs n*ont rien tiré de ces notions intéressantes. Gilles de Rome seul y fait allusion, sans rien apporter de nouveau: « Oportuit ergo aliquid invenire,quod esset portahile, et quod esset pulchrum et utile * {De regimine, 3* pars., lib. Il, c. 9, éd. cit., p. 370).
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L'étude delà pratique elle même est-elle plus avancée ? Evidemment, si les Aristotéliens sont ici de la plus insigne pauvreté, les romanistes et les canonistes ont au contraire apporté à l'étude des procédés de la pratique une attention particulière. Mais leurs solutions de détail sont restées fragmentaires et sans base. Ils n'ont point de principe auquel ils se soient rattachés, et sur les conséquences capitales ils sont d'ailleurs perpétuellement en désaccord. Doit-on frapper du métal pur seulement, ou peut-on frapper dubilloti ? Doit-on déduire les frais de fabrication ? Doit-on réserver au prince un droit de seigneuriale, un aliquantiilum liicri ? Autant de questions sur lesquelles, quand les canonistes disent oui, les romanistes disent non, immanquablement (i). Et combien de questions des plus importantes, celle du rapport des métaux précieux entre eux, celle du billon, sur lesquelles ni les uns ni les autres ne se sont expliqués ! Comment M. Endemann a-t-il pu dire, dans ces conditions, qu'avant Oresme la pratique monétaire est définitivement assise?
2° Pour la même raison, tout tejfort doctrinal contre la conception féodale était demeuré en définitive complètement vain. Au milieu du xiv^ siècle, après la floraison de l'abondante littérature que nous venons de voir, la conception de la monnaie féodale régit encore, plus que jamais,nous l'avons noté au commencement de cette étude, les opérations de la pratique monétaire. Non seulement les princes affirment plus que jamais leur droit de muer, leur droit de tirer un profit, et mettent à exécution plus que jamais leurs affirmations (2), mais, en doctrine même, au fond, aucun des écrivains monétaires, Bartole peut-