‹ Nicole OresmeChapitre 203 sur 321 · Sur tout ceci, v. infrà^ Appendice tableau H · texte numérisé non relu

Sur tout ceci, v. infrà^ Appendice tableau H

« de telle taille, de tel aloy et de tel cours, comme par les trois Estas est conseillé »>. M. de Saulcy a conjecturé que ce dut être une monnaie 28®, dont il trouvait par ailleurs mention dans des extraits de registres monétaires. Cette conjecture était parfaitement exacte. Le mandement du 4 Hoût 1357 (i), qui rappelle cette monnaie, donne expressément la liste des pièces qui la composent, et il est aisé de reconnaître qu'elles sont au pied 28». Les espèces, sur ce pied, se trouvaient frappées un peu plus faibles de titre et de taille, comme on peut voir, que celles des Etats de i355 ; mais elles étaient mieux ordonnées peut-être. Le système comportait 4eux pièces d'or, mouton et demi-mouton, toutes deux de métal pur à 24 carats, et un gros blanc d'un titre assez élevé (5 deniers) et de 70 de taille au marc, ce qui faisait une forte pièce. Mais surtout ce qui est remarquable, c'est que la taille et le cours des espèces étaient tellement réglés, qu'étant donné le prix payé à ce moment aux monnaies pour le métal, l'opération ne devait laisser aucune espèce de seigneuriage. La monnaie des Etats de mars i357 ^^^ ""® monnaie absolument droite^ telle qu'Oresme l'a d'abord préconisée, dans la première leçon du Traité latin ; et cela, comme nous allons voir, ne fut pas sans inconvénients pratiques ;

I. Mandement du 4 aotU 1357 (Ord. III, 179). Les Grandes Chroniques de France s'expriment d*ailleurs en termes aussi formels : i Item, le 26° jour du dit mois de mars, fu la monnoie publiée a Paris, par lordonance des gens des trois Estas, cest assavoir : un mouton d'or courant pour 74 sous par., et demi mouton, qui lors furent faits, pour douze souz parisis ; deniers blans a la couronne pour 10 den. tourn. et les autres monnoies qui lors furent faites » {éd. ciL^ VI, 56). En faisant la réduction des parisis en tournois, on remarquera que ces cours sont exactement ceux du mandement du 4 août i557, ^"^ nous avons pris pour type. Cf. Ms. 4553, fol. 76 V** {ed, de Saulcy, p. 58).

2® Incontestablement, d'autre part, les conseillers bourgeois qui menaient le dauphin voulurent maintenir une monnaie stable et de longue durée. Ils avaient fait promettre au dauphin de ne pas changer, muer, ni empirer le pied des espèces sans le consentement des Etats ; ils firent insérer dans l'Ordonnance même un nouvel engagement du dauphin de garder « en bonne foy m la monnaie établie. 11 dut faire jurer à ses frères, à son oncle, à ses cousins, au grand Conseil, aux chanceliers, maftres des comptes, etc., « que aucun d'eux ne conseillera ne consentira être fait le contraire... mais tendrons et garderons fermement chacun de nous Tordonnance dessus dicte jusques au premier jour de mars qui sera lan mil 357 dessus dicl » (i358, N. S.). Et pour plus de sûreté, les Etats avaient exigé que Ton déposât chez le prévôt des marchands les patrons de la nouvelle monnaie ; ils avaient fait promettre au roi, que « sur le fait d'icelles monnoies », il établirait et ordonnerait « par -le conseil desdiz trois Estas ou de leurs députes, bonnes personnes, loyaulx et bien congnoissans en ce fait, lesquelz feront serment sur les Saintes Evangilles, et en la présence desdiz généraux députés à Paris, que bien et loyaument il exerceront l'office desdites monnoyes, et ni commettront barat, fraude ou malice, ne ne amenuiseront ne empireront le pié de ladite monnaie sans lavis et consentement desdiz trois Estats » (i). C'est, jusque dans le menu des détails, le luxe de précautions qu'Oresme avait demandé si énergiquement au Traité (2), et ici encore l'emprunt est palpable. Emprunt, cette fois, incontestable, puisque

i. Ordonn. faite en conaêqueiice de rassemblée des 7 rois Etats ^ 3 mars 1357, à Paris (On/. III, lôi-fSs)

2. Cf. Tract., c. i5, p. CXIII ; c. 12, p. GIX, et les notes de ce chapitre, suprà^ P- 4'7 "^^<^ 2, et 478 note 2.

la première forme du Traité, où il n'est pas encore question du prince prisonnier, est nécessairement antérieure à cette nouvelle tenue des Etats.

Les Etats avaient stipulé, comme on vient de voir, que Pessai de réforme se prolongerait jusqu'en mars 1 358. On ne put aller jusque là. Non point à cause cette fois de l'opposition du gouvernement royal : les Etats avaient passé outre sans hésitera TOrdonnance du roi Jean, qui en avril i357, avait voulu casser leur œuvre. Mais des difficultés d'ordre économique surgirent, infiniment plus' graves. Les circonstances étaient on ne peut plus défavorables pour leur tentative. Au milieu des troubles civils et des malheurs de la guerre étrangère, le métal se cachait ou fuyait, et le prix en montait si rapidement que la frappe, dans les conditions prescrites par les Etats, devint très vite difficile. Le système se maintint pourtant pendant plus de dix mois. Les mandements du 7 mai iSSy, du 4 stoût 1357, ^^ 4 septembre i357, laissent debout le système inaguré en mars. Monnaie droite, monnaie stable, Tessai est persévéramment continué. Mais les difficultés apparaissent déjà multiples, et ces mêmes mandements nous font assister au désarroi des monnaies royales. Le métal fuit et monte à des prix démesurés; les changeurs cueillent le bon or pour l'exporter, les monnaies étrangères de bas aloi inondent le pays, les fraudeurs fondent les hautes pièces du roi (i). Nous aurons bientôt à revenir plus en détail sur ces phénomènes typiques, qui se reproduisirent dans la période de réformation définitive, et qui étaient la conséquence inévitable, semble-t-il, de la réforme. En i357 ^" essaya, pour pallier aux difficultés, des remèdes alors courants : on interdit l'exportation du métal sous les peines les plus graves,

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