‹ Nicole OresmeChapitre 205 sur 321 · Gr, Chroniq. de France ^ c. 5i (éd. cit., VI, p · texte numérisé non relu

Gr, Chroniq. de France ^ c. 5i (éd. cit., VI, p

5. Valor marchi argenti : Pascha 1358, tune 8^ 1(T (Ms. Sorbonne H' ii, f* 166 dans de Saalcy, op. c%i., p. 24)-

4. « Vous savez comment au mois de mars i356 der renier passé» par très grant et bonne deliberacion des gens du Conseil de nostre dit Seigneur et de nous, des preiatz, barons, et gens des bonnes villes dudil royaume... nous avyons ordonne estre faite .. bonne et forte monnoye, laquelle nous avyons 1res agréable pour le bien et le prouffît du peuple^ etc. » {Otà. 23 jantier

(c faux et malicieux marchands et fraudeurs » durent bien, « oye la tresgranl clameur du peuple », se résigner à abandonner « la très bonne et fort monnoye que de tout noslre cuer nous eussions désiré que icelle peust et deust demourer en bon et deu estai longuement » (r). Ils décidèrent que « à cause des très graves déceptions, griefs, et domages et inconveniens que iceluy peuple a souffert », on ferait « nouvelle monnoye, plus foible que celle qui autrefois avoit esté faite, et que monseigneur le duc y auroît plus de proufit » (2). C'était le retour à la monnaie basse et au profit des monnaies, très humblement avoué ; une seconde fois l'expérience des réformateurs avaient lamentablement échoué, après avoir été poursuivie cette fois pendant dix mois (12 mars-23 janvier).

La nouvelle monnaie des Etats n'était pas absolument basse : elle était 45*. On avait haussé, sans les modifier in specity de 1 1. 10 s. t. à la même valeur parisis les espèces d'or (agnel et demi-agnel) créées en mars ; on n'avait pas voulu, semblet-il,non plus démonétiser le gros blanc à fa couronne, à 5 d. de loy, auquel les Etats tenaient comme à leur œuvre (3); on le garda dans la circulation,

IS58y préambule, 111, 195). M. Vuitry nous paraît dans Terreur quand il attribue raffaiblissement des espèces de janvier 1578 au c défaut de principes arrêtés chez les députés des Etats, sur la nature et la fonction de la monnaie • (op cit.j p. 290). Les députés se sont résignés à une mutation, seulement parce que les circonstances économiques Tavaienl rendue nécessaire. Cf. Traîctie, c. 22, p. GXXYL

1. Ord. 23 janvier 1358 (UL igS). Cf. Viollei, Les Etais de Paris en février 1358, dans Mém. Ac. Inscr., et B. L., XXXIV, a* partie, 1895.

2. Gr, Chraniq,de fr..c. 5i, éd. P. Paris, t. Vl,8f>. Cf. Nicole Gille, Ckrmiq. de Fr., éd. i538, t. II, p. 49.

5. M. de Saulcy a déjà fait cette remarque (art, ciêé, p. 296).

sans doute en en arrêtant la frappe qui, au prix du métal, devenait d'ailleurs impossible. La caractéristique de la nouvelle frappe, c'était surtoiït de rétablir le profit de monnaie. «-Monseigneur le duc », comme dit la Chronique, pouvait être satisfait de l'œuvre de ses Etats : on lui accordait 2 1. i5 s. de bénéfice au marc de fin, soit près du tiers, puisqu'on payait alors 81. 10 s. le marc d'argent contenu dans le métal allayé à 4 deniers.

Il est impossible, en lisant les détails de cette ordonnance de ne pas rapprocher cette modification dans l'attitude des Etats de révolution accomplie parOresme dans le second texte latin du Traité. M. Blancard, semble-t-il, avait entrevu ce lien, quand il reproche à Oresme d'avoir eu une doctrine successive^ qu'il remania « pour justifier la mauvaise monnaie émise par les Etats de i358 » (i).En réalité, en effet, le rapprochements'impose, mais pour nous la cause est tout autre. Ce n'est pas Oresme qui a suivi l'évolution de politique monétaire des Etats ; c'est la nouvelle doctrine du Traité qui a dû entraîner la conviction des Etats. L'évolution dans la doctrine se justifiait d'ailleurs trop bien ; les nécessités de la guerre, la crainte d'un exode du numéraire « pour la rédemption du prince », tous ces arguments qu'Oresme donne au Traité {1) pour justifier une mutation faite par la communauté, n'étaient évidemment que trop réels. Mais ce qu'il y a de bien attachant, et ce qui montre l'influence directe de Tœuvre et de l'homme dans les conseils des Etats de i358, c'est que ces arguments donnés au Traité ont passé presque textuellement dans

1. Blancard, Notice sur la traduction française du Traité des Monnaies d* Oresme, p. 2.

2. Tract., c. XXII-XXlll, éd. Wol., p. CXXVl-GXXX (ces chapitres manquent en partie dans les éditions du type Vœgelin).

le préambule de rordonnance, argument du cas de nécessité, de l'urgence du bien public, argument de la rédemption du prince, crainte d'un exode du métal précieux provoqué par le paiement de la rançon, ce sont les mêmes raisons que l'on retrouve dans le Traité et sous la plume des rédacteurs de l'ordonnance (i). Et dans les mesures prises, jusque dans les détails les plus minimes, les analogies se poursuivent. La mutation que la communauté consent en mars i358 est une « mutation in pondère », cette mutation « plus apercevante » que seuljC Oresme autorisait dans ce cas extrême ; la taille des espèces et Tempreinte sont changées, comme il l'exigeait expressément, pour que le peuple ne pût s'y tromper ; le bénéfice accordé au dauphin est absolument, comme dans le Traité, assimilé à un impôt de guerre, à une contribution extraordinaire sur tous les citoyens c< dont monseigneur aura le quint dernier, et les quatre autres seront pour la guerre » (2). Enfin, cette condition dernière que les Etats mettent à leur autorisation, cette exigence que la diminution ne soit que passagère, « par provision » (3), et que aussitôt que foire se pourra, elle soit restituée, comme une manière d'emprunt, c'est la condition même que le nouveau texte du Traité avait mise

1. Ordonn, du 23 janvier 1358, préambule : « Pourquoy est-il que Nous, oye la très grant clameur et complainte du peuple...., eu considération aux très grants et inumerables mises qu41 nous convient supporter et maintenir pour le fait des guerres de nostre dit seigneur et de nous..., comme aucuns faux et malicieux marchand ont emporté et fortroit la bonne monnoie dor et dargent qui au royaume deul deraourer, etc. » {Ord. III, iqS).

2. Gr, Chroniq, de France, c. 5, éd. P. Paris, VI, 80. Cf. le préambule de l'Ordonnance (lU, 195) ; les Lettres du l^^ novembre 1358 (IV, 195).

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