Mandement du 30 octobre 1358 (IH
6o*, au pied 80®. A partir de iSSg, les mutations se succèdent en véritables cascades ; on en compte 16 en i359, 17 en i36o. Le blanc, qui le dimanche devant Pâques fleuries valait 2 sols parisis, ne vaut plus le lundi que 2 deniers. Le pied des espèces atteint des chiffres fantastiques :i20«, i5o% i8o«, 2io«, 24o% 3oo«, 4oo«, 5oo*(r). La valeur de la livre, déduite des espèces d'argent, qui était encore, a-t-on calculé, en i355 de i fr. 78 au plus bas, tombe jusqu'à ofr. 4i ; sur le monnayage du marc, le régent gagne à un moment jusqu'à 46 livres.
Oresme, évidemment, n'a plus rien à voir dans un pareil dévergondage. Où était-il à cette époque ? Lors de la fuite à Compiègne, il avait peut-être été quelque temps séparé du dauphin. L'Université, sans s'associer aux entreprises dernières de Marcel, avait gardé vis-à-vis du Régent une attitude fière et très indépendante ; les maîtres qui allèrent le haranguer à Provins, puis à Compiègne, posaient autant des conditions, qu'ils ne sollicicitaient un rapprochement (2). Il est sûr pourtant qu'Oresme ne suivit pas dans sa révolte ouverte la bourgeoisie parisienne ; le rôle qu'il joua plus tard auprès de Charles V le prouverait assez, quand nous ne saurions pas, par ses œuvres, qu'il avait autant d'horreur de la démagogie que de la tyrannie. 11 fut de ce parti universitaire, un peu hautain, un peu prudent, qui attendit les événements, qui savait dire au dauphin de dures vérités, mais qui refusa aussi le chaperon mi-parti. Il ne s'écarta
1. C'est le pied des blancs à Fétoile, du i5 mars iSSg-iSôo (Ord. III, ^o). V. sur toute cette période, Vuitry, o/>. cil, y p. 295-509 : Ch. Benoist, 0;?. cit,, p. 82 ; de Saulcy, histoire monétaire de Jean le Bon^ p. 75-122.
2. Buleaus, Hisi. Univ. Parisieusis, IV, 544; Jourdain, L'Universitéau temps d'Etienne Marcel, dans Revue des Quest. historiq., XXXIV, 1878.
pourtant pas beaucoup du dauphin, puisque, la crise passée, nous le retrouvons dans son entourage, envoyé en septembre à Rouen pour négocier l'emprunt des 20.000 moutons levé sur la ville « pour la rédemption de nostre chier seigneur et père » (i), et même dès la fin de 1359, signant, comme secrétaire du roi, une délibération générale de sa corporation (2).
Son influence financière pourtant devait être nulle. A partir de la frappe de Compiègne, le dauphin est entièrement entre les mains des conseillers légistes, qui lui ont promis, comme nous apprennent les préambules des mandements, des choses merveilleuses ; Jehan Poillevillain lui a garanti « de faire et rendre dedans certain temps, du prouffit et émolument des monnoies.... certaines et grandes sommes de deniers d'or et d'argent, pour lesquelles avoir plusieurs ordonnances et mutacionspar son conseil et a son porchaz ont esté faiz sur le gouvernement des monnoies » (3). 11 n^a garde de songer au Traité, ni au droit de la communauté proclamé par Oresme ; il ne songe qu'à faire produire le plus possible à son « domaine et emoluement » des monnaies.
Oresme allait revenir pourtant, parla force delà néces-
1. Confirmation en Grant Conseil, d'une vente faite p^,r les bourgeois de Rouen, pour garantie d'un emprunt de 2222 florins au mouton, contracté auprès du comte de Namur, pour leur contribution à la rédemption du roi (praesentibus viris venerabilibtis et discretis magistris Nicliolao Uresme, doctore in theofogia, etc.), Arch. Nat., JJ. 87, p. XVI" V.
2. Délibération des secrétaires du roi pour fondation d'une bourse aux Célestins, du 2 novembre iSSq, rapportée in extenso dans Tessereau, Histoire chronologique de la Chancellerie de France^ 1770, fo, i. I*»r, p. 23.
3. Mandement du 3 juin 1359 {Ovd, III, 369). — Lettres, de rémission pour Jean Poillevillain, dont on loue le zèle pour les monnaies du roi, 11 octobre i358 (Arch. Nat. JJ.86, f** CXXXV).
site. Dès le préambule du mandement du 3 juin iSSg, le dauphin avoue que les conseils de Jehan Poillevillain l*ont beaucoup déçu, que « le prouffit nous en failli en tout..., lesquelles choses sont très desplaisantes à nous et à nostre dit peuple » (r). Et il se déclare naturellement prêt à écouler maintenant les conseils plus sages d'aucuns de son Conseil « expers et cognoissans on fait desdites monnoyes » qui l'ont pleinement informé « que plus proffitable seroil de faire deniers blancs de plus haulte loy ». Il flotte donc à nouveau entre les deux théories, sans pouvoir se décider; suivant les événements, il fait frapper de nouvelles espèces plus fortes, revient à un pied 36®, pour quelques jours après reprendre ses errements fantastiques. Pendant deux ans, c'est ainsi le désarroi monétaire le plus absolu.
Les circonstances, il faut en convenir, étaient déplorables. On ne pouvait arriver à conclure la paix avec l'Anglais. C'est l'époque où Edouard III, après avoir assiégé Reims dans l'hiver de i359, assiégeait Chartres au printemps, promenant impunément ses ravages au cœur du royaume; le dauphin, en alarmes continuelles, faisait brûler les faubourgs de Paris (2). La misère était partout extrême; la disette avait élevé à des prix inconnus les matières de première nécessité. L'argent manquait partout ; le métal faisait défaut, les monnaies chômaient. Evidemment, tant que durerait cette crise, tant que la paix n'aurait pas ramené un état de choses plus normal, tout essai de réforme était voué à Timpuissance.
Le traité de Brétigny, si onéreux, mais si nécessaire, est enfin signé le 7 mai ; le roi Jean quitte Londres à la