‹ Nicole OresmeChapitre 251 sur 321 · Vuitry, op, cit.y p. 2i3sq · texte numérisé non relu

Vuitry, op, cit.y p. 2i3sq

4 V. les privilèges accordés aux Juifs du Languedoc en échange d*un emprunt forcé (Orrf. VI, 34i). Les émissions monétaires se faisaient le plus souvent sous la forme d'un prêt. Le roi, qui n'avait pas le métal, s'adressait à un changeur de profession, comme ce Barthélémy Spifame, marchand et bourgeois de Paris, qui veut bien « faire partie » au roi des sommes dont il a besoin, « gracieusement », mais qui pose tout de même ses conditions : il ne fournira son billon qu'en vaisselle et en argent cendré, à une loi plus basse que celle des deniers, et il veut qu'on lui accorde une creiie sur le prix du métal (Mandementdu 19 juin 1370. Ord. V, 3oi).

5. Emprunt forcé sur les receveurs des gabelles, signalé dans Laivïsse^ Histoire de France t IV, 21^.

6. Demande au pape de faire contribuer Téglise de Cambrai pour la rançon du duc de Bar {Mandement du 10 noi\ 1309, à Paris, dans Delisle, n^ 6o5, p. 297).

7. C'était, semble til, une vieille tradition que l'emprunt forcé en Normandie. Les anciens ducs ne s'en étaient point privés, s'il en faut en croire Wace :

Goofgle

an mandement du roi prescrit d'appeler les élus de la Basse-Normandie, pour « requérir les bonnes g^ens desdites ville«isuffisans et puissants de prester, comme il vous semblera qu^ils seront puissants et aesies de prester » ; et s'ils refusent de prêter bénévolement, on les taxera d'office « à faire ledit prest, de telles sommes comme vous trouverez estre a faire « (i). Cinq ans plus tard, c'est la Haute-Normandie qui est mise à contribution. Jehan d'Artois, sergent d'armes du roi, reçoit l'ordre de se transporter à Rouen, pour contraindre les bourgeois récalcitrants, « par prinse, vendue et explectation de

Quand lî dus soldeiers tenoit,

bien les paioit quant il poeit,

Et quant il ne poeit paier,

... ses borgeiz faisoit amener,

et faisoit soldeier livrer,

cil por trent livres, cil por cent,

trestuit acosiumeement,

cil por vingt, cil por quarante,

cil por rail, cil por cinquante ;

ne Tosoient borgeiz fuir,

a plusor se faisoit haïr.

(Wace, le Roman de Rou, v. i6o5-i620, éd. J. Pluquet, Rouen, 1827, in-8*). i. Mandement du 27 juillet 1365^ à Sentis, dans Delisle, n** 237, p. \\y. Cette levée ofîre pour nous une particularité intéressante. Dans le corapte qui nous est conservé des sommes levées de 1370 a 1375 dans la ville et vicomte de Gaen pour les aides de la guerre, et les emprunts faits c pour le widement et délivrance du chastel et ville de Saint-Sauveur-le-Vicomle >), figure, pour la recepte de la ville de Gaen, un Raoul Oresme, qui paraît avoir été un gros bourgeois, car il est taxé à 5o francs d'emprunt, la moyenne ne dépassant pas 5 à 10 francs. Cette mention vient à Tappui de Topinion de Huet, qui avait déjà noté que le nom d'Oresme est fréquent dans les environs de Caen, et que la famille de notre auteur était probablement originaire de cette contrée (Arch. Nat. KK 35o, f» 228 « Le compte Yvon Buart »).

leurs biens » à verser les sommes auxquelles ils ont été taxés d*office ; le prêt cette fois a pour objet de payer les hommes d'armes du connétable, « afin que mieulx et plus puissamment il pusl combattre ses ennemis » (i).

C'étaient, toutes ces mesures, un legs mauvais des gouvernements antérieurs (2), que les Etats de i355 avaient déjà condamné, et qu'on n'eût pas dû voir reparaître. Sans doute le roi n y recourait-il en fait qu'en cas de force majeure (3), sans doute même ne fût-ce quelquefois qu'une sorte d'avance d'impôt; le prêt forcé, bien gagé sur les revenus du domaine, fut toujours honnêtement et intégralement remboursé (4). H n'en est pas moins vrai que le procédé en lui même était souverainement tyrannique et vexatoire. Le roi qui y recourait si facilement, l'économiste qui l'avait si légèrement conseillé et qui y collabora activement plus d'une fois (5), avaient évidemment oublié tous deux trop vite

i. Mandement du 9 déc, 1370, à Paris, dans Delisle, n^ 737, p. 377. La ville de Rouen était elle même à cours d'argent. Lors du premier paiement de la rançon du roi Jean. elle, avait dû emprunter '20.000 moutons d'or au comte de Namur, et elle n'avait pas encore achevé de rembourser en 1369 (Arch. Nat. K 48, p. 45).

!«. Cf. Ordonn. 6 déc. 1350 (W. 17) ; 13 janvier, 135 J (IIL 45); M mai 1358 (III, 200), etc.

3. Vuitry, Le régime financier de la Frame, II, 214 ; Benoist, La politique de G lia ries V, p. 75.

4. € Il ne requist jamais, dit Christine de Pisan, personne que de prest raisonnable, par si que comme il l'assignait de payement sur ses receptes et revenues cleres et bien venans, jusques à la lin de pave » {Le livre des faiz et bonnes mœurs, i""* part. c. 25, éd. aï., p. 295). Lorsqu'un emprunt forcé est levé à Rouen, la somme est déclarée remboursable après six semaines ; le prêt est gagé sur l'aide du diocèse et de la ville de Rouen {Mandetnenl du 5 oct. 1371, dans Delisle, no893, p. 461).

5. Sur l'emprunt des 20.000 moutons d'or de Rouen, et le rùle d'Oresme en celle occasion, v. suprà, p. 449» 5oi).

les belles pages que l'un avait écrites, l'autre inspirées, sur les iniquités et les dangers de la tyrannie.

Les procédés arbitraires d'ailleurs ne réussirent pas toujours. Dans le cas que nous venons de rapporter, les Rouennais paraissent bien avoir voulu faire la sourde oreille aux exigences du roi. D'autres fois, les préteurs exigeaient des sûretés particulières : les bourgeois de Rouen ne prêtent que sur rengagement exprès du produit des aides dans la ville et le diocèse; plus tard il faut au roi de France, pour emprunter loo.ooo francs d'or chez les Lombards d'Avignon, la caution de son frère le duc d'Anjou, de trois comtes, d'un archevêque, d'un abbé, de deux chambellans^ de plusieurs conseillers, des maîtres d'hôtel, du prévôt des marchands et du prévôt de Paris, en tout de vingt et une personnes considérables (i). Parfois le roi était réduit à solliciter les personnes les plus humbles de son entourage; en juillet 187 1, pour payer les hommes d'armes de du Guesclin, le roi emprunte 67 francs et demi à son cuisinier Tirel de Taillevent ; les membres du Parlement sont forcés de contribuer aussi, bien qu'ils n'aient pas reçu leurs gages depuis dix mois. Malgré les énormes taxes qu'il avait créées, le roi était donc continuellement gêné, comme un petit prince besogneux.

La nouvelle politique financière avait ainsi peu réussi pour le prince. Avait-elle au moins donné des résultats satisfaisants pour le pays? Ces taxes, qui devaient « moins grever le povre peuple que ne feroit la mutacion des monnaies » avaient-elles été en réalité moins lourdes que les anciens procédés monétaires? Le président Hénaull, dans son Abrégé, nous dit que « le peuple obtint comme une grâce que la variation des mon-

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