Tr., C.3, p. 95-fr. XIV
5. Tr., c. I, p. 94 = fr. IX. Cf. des formules identiques : Tr., c. 6, p. ioo=fr. XX ; c 4, p. 98 = fr. XVII ; c. 16, p. 96 = fr. XLIX ; Politiq., I. I, c. 10, Texte, f<> 19, r* ; Ethiq , l. V,c. 11, Glose Cest assez plus, f^ L, v^. C'est également le rôle de moyen, d'instrument, qui ressort uniquement de l'exposé de Torigine de la monnaie dans le Sermon de Quasimodo, que nous venons de citer, suprà (Sed quia erat difficile valde mercatoribus, inventus est usus peccunie. mediante qud, que fuerunt hominibus necessaria, satis facile possunt haberi). Ms. Lat. 16893, f* 49» ^^*
LA DOCTRINE t> OR£SM£
comme dilrOresme, le naturalis usas monetae, la monnaie ne possède-t-elle point aussi d'autres avantages, qui pour n*être que dérivés, n'en sont pas moins d'un haut intérêt économique ? Nous voulons parler de la propriété remarquable qu'elle offre de condenser la valeur, de la mettre en réserve, de « l'emmagasiner », comme on a dit (i), pour une consommation future ? Cette propriété, la conception domaniale la niait, comme nous savons, et Oresme lui-même, dans le Traité, ne paraît point la soupçonner ; tout au moins ne trouvons-nous rien qui y fasse allusion. Mais, dans la traduction des Ethiques^ il est mieux informé. Il voit clairement que, par une propriété singulière de cet objet, le possesseur de la monnaie est assuré, à un moment quelconque, de pouvoir transformer son numéraire en objets consommables, qu'il a surTensembledes produits naturels, comme une sorte de bon à échéance indéterminée, ou immédiate ou différée, selon qu'il lui plaira : « Se celui, dit la traduction des EthiqiieSy qui a du forment a superhabondance ne a a présent besoingde vin, toutes voies, pour la commutacion advenir et pour acheter vin ou autre chose quand il en aura nécessite, la monnaie nous en est plege » (2). Etre plege, garantir l'acquisition d'une richesse future, c'est là en définitive une fonction nouvelle de la monnaie, qu'Oresme reconnaît ici expressément (3). Elle avait, comme nous savons, échappé à tous
1. Cauwès, Eléments d'Economie politique, 2* éd. Paris, 1881 y II, n^Sii ; Gide, Pr^cw d^Economie politique, éd. Paris, 1898,
2. Elhiq., I. V, c. 11, Tej;te, f** L, r*. La glose est insignifiante .
3. Oresme l'oublie pourtant quelquefois. Ne loublie-t-il pas, quand, aux Politiques, voulant prouver que la peccuniative ne doit pas être infinie, il fait valoir cet argument f|ue la pecune,
192 LA DOCTRINE d'oHËSMë
les théoriciens de Tépoque domaniale, et sa reconnaissance théorique est un fait capital, parce qu'elle va entrafnerimrnédiatement Oresme à exiger pour la monnaie des qualités intrinsèques naturelles, dont elle n'aurait point besoin, si elle n'était considérée, comme dans la conception ancienne, que comme une mesure et un instru* ment.
§ 3. — Qualités d'une bonne monnaie.
Choix de la matière monnayable (i)
Dalis les conditions nouvelles du rôle qu'il lui reconnaît, une chose quelconque ne peut plus, en effet, indifféremment remplir la fonction de monnaie « non omnis res pretiosa apta est ut fiât moneta » (2). Pour s'acquitter des multiples services qu'on lui demande, il y a certaines qualités qu'une bonne monnaie devra posséder, .et ces qualités, Oresme les a très finement analysées.
Comme instrument des échanges d'abord, la monnaie devra répondre à un certain nombre de conditions : être d'un usage très usuel, afin d'être sans difficulté acceptée de tous, être pour cela même faite d'une matière suffisamment répandue et d'une production courante (talis
comme instrument, n*a besoin d'exister qu'en quantité restreinte. « A quoi servirait, demande-t-il, au febvre d'avoir deux mille marteaux? > (Politiq., l. I, c. 9. f* 17). Evidemment il ne se souvient plus ici ce qu'il a dit du rôle de capital du numéraire.
1 . Tr., c. 2, Z)^ qud mater ia débet esse moneta, p. gS zz fr. XI. Cf. Tr., c. 4, p. 99= fr. XVIII ; et c. i3, p. m = fr. XL ; Politiq,, 1. I, c. 10. Glose La matière de qtioy monnoye, et Glose Car les gens, f« XVIII, v® ; Ethiq., l. V, c. 11, Glose Cest assavoir^ f* L r».