‹ Nicomede tragedie de P. CorneilleChapitre 10 sur 116 · P R U S IA S · texte numérisé non relu

P R U S IA S

Je ne les vois que trop , et sa témérité N’est qu’un pur attentat sur mon autorité ,

Il n’en veut plus dépendre , et croit que scs conquête* Au-dcflus de son bras ne laissent point de têtes ,

Qu’il est lui seul sa réglé , et que , sans se trahir ,

Des héros tels que lui ne sauroîcnt obéir.

C’est d’ordinaire ainsi que ses pareils agissent.

C’est un crime d’État que d’en pouvoir commettre »

Et qui sait bien régner l’cmpcche prudemment De mériter un juste et plus grand châtiment ,

Et prévient par un ordre , à tous deux salutaire ,

Ou les maux qu’il prépare, ou ceux qu’il pourroit faire. Mais , Seigneur, pour le Prince, il a trop de vertu ,

Je vous l’ai déjà dit.

Et m’en répondras-tu ?

Me seras-tu garant de ce qu’il pourra faite Pour venger Annibal , ou pour perdre son fterc ?

Et le prends-tu pour homme à voir d’un ceil égal »

Et l’amour de son frere, et la mort d’ Annibal?

Non, ne nous flattons point , il court à sa vengeance ; Il en a le prétexte, il en a la puissance:

Il est l’astre naissant qu’adorent mes États ;

Il est le Dieu du peuple et celui des soldats.

Sûr de ceux-ci , sans doute il vient soulever l’autre y Fondre avec son pouvoir sur le reste du notre >

Mais ce peu qui m’en reste , encor que languissant , N’est pas peut-ctre encor tout-à-fait impuissant.

Je veux bien toutefois agir avec adresse ,

Joindre beaucoup d’honneur a bien peu de rudesse » Le chasser avec gloire et mêler doucement Le prix de son mérite à mon ressentiment.

Mais s’il ne m’obéit , ou s’il ose s’en plaindre ,

Quoi qu’il ait fait pour moi , quoi que j’en voie à craindre f Dussai-je voir par-là tout l’État hasardé...»

Il vient.

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