‹ Nicomede tragedie de P. CorneilleChapitre 29 sur 116 · FLAMINIUS, ATTALE · texte numérisé non relu

FLAMINIUS, ATTALE

Attali.

Siigneu*. , que vous dirai-je après des avantages Qui sont meme trop grands pour les plus grands courages ? Vous n’avez point de borne , et votre affection Passe votre promesse et mon ambition.

7 o NICOMEDE,

Je l’avoûraï pourtant, le trône de mon per©

Ne fait pas le bonheur que plus je considéré.

Ce qui touche mon coeur , ce qui charme mes sens , C’est Laodice acquise à mes vœux innoccns.

La qualité de Roi qui me rend digne d’elle....

Fla minius.

Ne rendra pas son cœur à vos vœux moins rebelle. Attaik.

Seigneur , l’occasion fait un cœur différent : D’ailleurs , c’est l’ordre exprès de son perc mourant ; Et par son propre aveu la Reine d’Arménie Est due à l’héritier du Roi de Bithynie.

Fla minius.

Ce n’est pas loi pour clic; et , Reine comme elle est. Cet ordre , à bien parler , n’est que ce qu’il lui plaît. Aimeroit-ellc en vous l’éclat d’un diadème Qu’on vous donne aux dépens d’un grand Prince qu’elle aime ?

En vous qui la privez d’un si cher protecteur?

En vous qui de sa chute êtes l’unique auteur? Attali.

Ce Prince hors d’ici, Seigneur, que fera-t-elle?

Qui contre Rome et nous soutiendra sa querelle ?

Car j’ose me promettre encor votre secours.

Flaminius.

Les choses quelquefois prennent un autre cours :

Pour ne vous point flatter , je n’en veux pas répondre. A T T A L E.

Ce seroit bien , Seigneur , de tout point me confondre* fit je serois mqfns Roi qu’un objet de pitié*

Si le bandeau royal m’ôtoit votre amitié.

Mais je m’alarme trop , et Rome est plus égale î N’en avez-vous pas l’ordre ?

Flaminius.

Oui , pour le Prince Attale,

Pour un homme en son sein nourri dès le berceau -, Mais pour le Roi de Pont , il faut ordre nouveau,

Attali.

Il faut ordre nouveau ! Quoi l se pourroit-il faire Qu’à l’œuvre de ses mains Rome devînt contraire , Que ma grandeur naissante y fît quelques jaloux î Flamvnius.

Que présumez-vous. Prince, et que mo dites-vous?

Attale.

Vous-m6me , dites-moi comme il faut que j’explique Cette inégalité de votre République ?

je vais vous l’expliquer , et veux bien vous guérir D’une erreur dangereuse où vous semblez courir.

Rome , qui vous servoit auprès de l.aodice ,

Pour vous donner son trône , eût fait une injustice : Son amitié pour vous lui faisoit cette loi ;

Mais par d’autres moyens elle vous a fait Roi,

Et le soin de sa gloire à présent la dispense De se porter pour vous à cette violence.

Laissez donc cette Reine en pleine liberté ,

Et tournez vos désirs de quelqu’autre côté.

Rome de votre hymen prendra soin clle-mcme.

Attale.

Mais s’il arrive enfin que Laodice m’aime ?

Flaminius.

Ce seroit mettre encor Rome dans le hasard Que l'on crût artifice, ou force de sa part;

Cet hymen jetteroit une ombre sur sa gloire.

Prince, n’y pensez plus, si vous m’en pouvez croire} Ou si de mes conseils vous faites peu d'état ,

N’y pensez plus, du moins, sans l’aveu du Sénat.

Atiale.

A voir quelle froideur à tant d’amour succède , Rome ne m’aime pas , elle hait Nicomede ;

Et 'lorsqu’à mes désirs elle a feint d’applaudir.

Elle a voulu le perdre , et non pas m’agrandir.

Flaminius.

Pour ne vous faire pas de réponse trop rude Sur ce beau coup d’essai de votre ingratitude , Suivez votre caprice , offensez vos amis :

Vous êtes Souverain , et tout vous est permis.

Mais puisqu’enfin ce jour vous doit faire connoîtr* Que Rome vous a fait ce que vous allez être ,

Que perdant son appui vous ne serez plus rien ,

Que le Roi vous l’a dit ; sotivcnez-vous-cn bien,

( Il sort. )

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