I.c jour dissipera les vapeurs de la nuit
Je me fâche bien moins qu’un peuple sc mutine Que de voir que ton ccrur dans son amour s’obstine , Et d’une indigne ardeur lâchement embrasé ,
Ne rend point de mépris à qui t’a méprisé.
Vcngc-toi d’une ingrate , et quitte une cruelle ,
A présent que le sort t’a mis au-dessus d’elle.
Son trône , et non scs yeux , avoit dû te charmer. Tu vas régner sans elle ; à quel propos l’aimer ? Forte , porte ce cœur à de plus douces chaînes ; Tuisquc te voilà Roi , l’Asie a d’autres Reines Qui , loin de te donner des rigueurs à souffrir T’épargneront bientôt la peine de t’offrir.
AITAII.
Mais, Madame....
Eh l.bien, soit, je veux qu’cllese rende ; Prévois-tu les malheurs qu’ensuitc j’appréhende ? Si-tôt que d’Arménie elle t’aura fait Roi ,
Elle t’engagera dans sa haine pour moi.
Mais , ô Dieux i pourra-t-elle y borner sa vengeance? Pourras-tu dans son lit dormir en assurance ?
Et refusera-t-elle à son ressentiment Le fer , ou le poison , pour venger son' amant ? Qu’est-ce qu’en sa fureur une femme n’essaie? Attali.
Que de fausses raisons pour me cacher la vraie 1 Rome qui n’aime pas à voir un puissant Roi ,
L’a craint en Nicomede , et le craindroit en moi.
Je ne dois plus prétendre à l’hymen d’une Reine,
Si je ne veux déplaire à notre Souveraine ;
Et puisque la fâcher ce seroit me trahir ,
Afin qu’elle me souffre , il vaut mieux obéir.
Je sais par quels moyens sa sagesse profonde S’achemine à grands pas à l’Empire du monde.
Aussi-tôt qu’un État devient un peu trop grand ,
Sa chute doit guérir l’ombrage qu’elle en prend. C’est blesser les Romains que faire une conquête , Que mettre trop de bras sous une seule tête ;
Et leur guerre est trop juste , après cet attentat Que fait sur leur grandeur un tel crime d’État.
Eux qui, pour gouverner, sont les premiers des hommes. Veulent que sous leur ordre on soit ce que nous sommes,
G ij
7< f NICOMEDE
Veulent sur tous les Rois un si haut ascendant Que leur Empire seul demeure indépendant.
Je les connois f Madame , et j’ai vu cet ombrage Détruire Antiochus et renverser Carthage.
De peur de choir comme eux , je veux bien m’abaisser. Et cede à des raisons que je ne puis forcer.
D’autant plus justement mon impuissance y cede» Que je vois qu’en leurs mains on livre Nicomedc.
Un si grand ennemi leur répond de ma foi ;
C’est un lion tout prSt à déchaîner sur moi.
C’est de quoi je voulois vous faire confidence ;
Mais vous me ravissez d’avoir cette prudence.
Le tems pourra changer ; cependant prenez soin D’assurer des jaloux dont vous avez besoin.