C SE RT O R IU S
Fais-lui , fais-lui savoir le glorieux dessein De m’affermir au trône , en lui donnant la main ; Dis-lui . . . Mais j’aurois tort d’instruire ton adresse , Moi qui connois ton zele à servir ta Princesse.
Madame, en ce héros tout est illustre et grand ;
Mais, à parler sans fard , votre amour me surprend : Il est assez nouveau qu’un homme de son âge Ait des charmes si forts pour un jeune courage,
Et que d’un front ridé les replis jaunissans Trouvent l’heureux secret de captiver les sens.
Ce ne sont pas les sens que mon amour consulte :
Il hait des passions l’impétueux tumulte ;
Et son feu , que j’attache aux soins de ma grandeur» Dédaigne tout mélange avec leur folle ardeur.
3'aime en Scrtprius ce grand art de la guerre ,
Qui soutient un banni contre toute la terre ; l’aime en lui ces cheveux tout couverts de lauriers » Ce front qui fait trembler les plus braves guerriers , Ce bras qui semble avoir la victoire en partage : L’amour de la vertu n’a jamais d’yeux pour l’âge î L e mérite a toujours des charmes éclatans ,
Et quiconque peut tout , est aimable en tout tems.
Mais , Madame , nos Rois, dont l’amour vous irrite* N’ont-ils tous ni vertu , ni pouvoir , ni mérite ?
Et dans votre parti se peut-il qu’aucun d’eux N’ait signalé son nom par des exploits fameux ?
Celui des Turdetans , celui des Ccltiberes , Soutiendroient-ilssi mal le sceptre de vos peres?
Contre des Rois comme eux j’aimerois leur soutien î Mais contre des Romains tout leur pouvoir n’est rien, Romcseule aujourd’hui peut résister à Rome ;
Il faut pour la braver qu’elle nous prête un homme , Et que son propre sang , en faveur de ces lieux , Balance les destins, et partage les Dieux.
Depuis qu’elle a daigne protéger nos Provinces,
Et de son amitié faire honneur à leurs Princes ,
Sous un si haut appui nos Rois humiliés N’ont été que sujets sous le nom d’alliés ;
Et ce qu’ils ont osé contre leur servitude ,
N’en a rendu le joug que plus fort et plus rude#
Qu’a fait Mandonius , qu’a fait Indibilis,
Qu’y plonger plus avant leurs trônes avilis ,
Et voir leur fier amas de puissance et de gloire Brisé contre l’écueil d’une seule victoire ?
Legrand Viriatus, de.qui je tiens le jour.
D’un sort plus favorable eut un pareil retour.
Il défit trois Préteurs , il gagna dix batailles ,
Il repoussa l’assaut de plus de cent murailles ,
Et dcServilius l’astre prédominant ,
Dissipa tout d’un coup ce bonheur étonnant.
Ce grand Roi fut défait, il en perdit la vie.
Et laissoitsa couronne pour jamais asservie,
Si pour briser les fers de son peuple captif Rome n’eût envoyé ce noble fugitif. .
Depuis que son courage à nos destins préside.
i* ' SE RT O R I U S,
Un bonheur si constant de nos âmes décide Que deux lustres de guerre assurent nos climats.
Contre ces Souverains de tant de Potentats ,
Et leur laissent à peine, au bout de dix années , *
Polit se couvrir de nous, l’ombre de Pyrénées.
• Nos Rois , sous ce Héros , l’un de l’autre jaloux.
Du plus heureux sans cesse auroient rompu les coups ; Jamais ils n’auroient pu choisir entre eux un maître.
Mais , coasentiront-ilsqu’un Romain puisse l’être ?
Il n’en prend pas le titre., et les traite d’égal ;
Mais, Thamire, apres tout, il est leur Général :
Ils combattent sous lui , sous son ordre ils s’unissent.
Et tous ces Rois de nom en effet obéissent.
Tandis que de leur rang l’inutile fierté S’applaudit d’une vaine et fausse égalité.
Thamire.
Je n’ose vous rien dire après cet avantage ,
Et voudrois comme vous faire grâce à son âge;
Mais enfin ce Héros , sujet au cours des ans ,
A trop long-tems vaincu , pour vaincre encor long-tenis. Et sa mort. . . .
Jouissons, en dépit de l’envie.
Des restes glorieux de son illustre vie;
Sa mort me laissera pour ma protection La splendeur de son ombre et l’éclat de son nom.
tragédie.
Sur ces deux grauds appuis ma couronne affermie Ne redoutera point de puissance ennemie ;
Ils feront plus pour moi , que ne feroient cent Rois.... Mais nous en parlerons encor quelque autrefois;
Je i’appcrçois qui vient.