‹ Nicomede tragedie de P. CorneilleChapitre 91 sur 116 · C A MILLE · texte numérisé non relu

C A MILLE

Mais Othon m’aime-t-il ?

S’il vous aime? Ah 1 Madame !

Camille.

On a cm que Plautine avoit toute son ame.

On l’a dû croire aussi ; mais on s’est abusé ,

Autrement Vinius l’auroit-il proposé ?

Auroit-il pu trahir l’espoir d’en faire un gendre ?

< Camille.

In feignant de l’aimer , que pouvoit-il prétendre î

De s’approcher de vous et se faire en la Cour Un accès libre et sûr pour un plus digne amour»

De Vinius par-là gagnant la bienveillance,

Il a suie jeter dans une autre espérance ,

It le flater d’un rang plus haut et plus certain , S’ildevenoit par vous Empereur de sa main.

Vous voyez à ces soins que Vinius s’applique ,

En même tems qu’Othon auprès de vous s’explique, Camille,

Mais à se déclarer il a bien attendu,

Mon frere jusqucs-là vous en a répondu.

Camille.

Tandis , tu m’as rédtyitc à faire un peu d’avançe.

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À consentir qu’Albin combattît son silence»

Et même Vinius , dès qu’il me l’a nommé ,

A pu voir aisément qu’il pourroit être aimé.

AllUNl.

C’est la gêne où réduit celles de votre sorte , la scrupuleuse loi du respect qu’on leur porte.

11 arrête les vceux, captive les désirs ,

Abaisse les regards» étouffe les soupirs »

Dans le milieu du coeur enchaîne la tendresse »

Et tel est en aimant le sort d’une Princesse »

Que , quelque amour qu’elle ait et qu’elle ait pu donner.

Il faut qu’elle devine et force à deviner.

Quelque peu qu'on lui die , on craint de lui trop dire : A peine on se hasarde à jurer qu’on l’admire •

Et , pour apprivoiser ce respect ennemi ,

Il faut qu’en dépit d’elle elle s’offre à demi.

Voyez-vous comme Othon sauroit encor se taire ,

Si je ne Pavois fait enhardir par mon frere î Camille.

Th le crois donc , qu’il m’aime î

Et qu’il lui seroit doux

Que vous eussiez pour lui l’amour qu’il a pour vous. Camille.

Hélas! que cet amour croit tôt ce qu’il souhaite!

En vaiala raison parle, en vain elle inquiété i En vain la défiance ose ce qu’elle peut ,

Il veut croire, et ne croit que parce qu’il le veut.

Pour Plautinc , ou pour moi , je vois du stratagème >

D lij

Et m’obstine avec joie à m’aveugler moi-meme.

Je plains cette abusée , et c’est moi qui le suis, Peut-être, et qui me livre à d’<îterncls ennuis :

Peut-être en ce moment, qu’il m’çst doux de te croire,' De ses voeux à Plautinç il assure la gloire ;

Peut-être . . . ,

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