‹ Nicomede tragedie de P. CorneilleChapitre 97 sur 116 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

OTHON, PLAUTINE.

Plavtine,

voulez-vous , Seigneur, qu’enfin je vous conseille ?

Je sens un trouble égal d’une douleur pareille ;

Et mon coeur, tout à vous, n’est pas assez à soi Pour trouver un remede aux maux que je prévoi.

Je ne sais que pleurer, je ne sais que vous plaindre. Le seul choix de Pison nous donne tout à craindre. Mon perc vous a dit qu’il ne laisse à tous trois Que l’espoir de mourir ensemble à notre choix»

Et nous craignons de plus une amante irritée D’une offre en moins d’un jour reçue et rétractée, D’un hommage où la suite a si peu répondu ,

Et d’un trône qu’en vain pour vous elle a perdu. Pour vous avec ce trône elle étoit adorable.

Pour vous elle y renonce , ct n’a plus rien d’aimable : Où ne portera point un si juste courroux ,

La honte de se voir sans l’Empire et sans vous ? Honte d’autant plus grande et d’autant plus sensible»

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Qu’elle s’y promcttoit un retour infaillible ,

Et que sa main par vous croyoit trop regagner Ce que son coeur pour vous paroissoit dédaigner,

Je n’ai donc qu’à mourir. Je i’ai voulu , Madame, Quand je l’ai pu sans crime en faveur de ma flamme ;

Et je le dois vouloir , quand votre arrêt cruel ,

Tour mourir justement, m’a rendu criminel.

Vous m’avez command é de m’offrir à Camille s Grâces à nos malheurs ce crime est inutile :

Je mourrai tout à vous; et, si pour obéir J’ai paru mal aimer, j’ai semblé vous trahir.

Ma main , par ce meme ordre , à vos yeux enhardie, Lavera dans mon sang ma fausse perfidie. m N’enviez pas , Madame , à mon sort inhumain La gloire de finir du moins en vrai Romain ,

Après qu’il vous a plu de me rendre incapable Des douceurs de mourir en amant véritable.

PlAVIINl.

Bien loin d’en condamner la noble passion ,

J’y veux borner ma joie et mon ambition, l’our de moindres malheurs on renonce à la vie; Soyez sûr de ma part de l’exemple d'Arric:

J’ai la main aussi ferme et le coeur aussi grand ,

Et , quand il le faudra , je sais comme on s’y prend. Si vous daignez , Seigneur , jusques-là vous contraindre. Peut-être espérerois-je , en voyant tout à craindre; Camille est irritée et se peut apaiser.

Me çondamneriei-vous , Madame, à l’cpouser?

fit Maman ■ Si /’jrois pu Son amour.,

PtADTINE,

Que n’y puis-je moi-metne opposer ma défense \

Mais si vos jours enfin n’ont point d’autre assurance, S’il n’est point d’autre asyle....

Üt h o N.

Ah! courons à la mort,

Ou si pour l’éviter il faut nous faire effort , Subissons de Lacus toute la tyrannie.

Avant que me soumettre à cette ignominie.

J’en saurai préférer les plus barbares coups ,

A l'affront de me voir sans l’Empire et sans vous» Aux hontes d’un hymen qui me rendoit infâme , Puisqu’on fait pour Camille un crime de sa flamme.

Et qu’on lui vole un trône , en haine d’une foi Qu’a voulu son amour ne promettre qu’à moi.

Non que pour moi sans vous ce trône eût aucun* charmes :

Pour vous je le cherchois , mais non pas sans alarmes ; Et si tantôt Galba ne m’eût point dédaigné,

J’aurois porté le sceptre, et vous auriez régné.

Vos seules volontés, mes dignes souveraines.

D’un Empire si vaste auroient tenu les rênes »

Vos loix....

l’tAUIINE,

C’est donc à moi de vous faire Empereur.

Je l’ai pu, les moyens d’abord m’ont fait horreur ; Mais je saurai la vaincre , et , me donnant moi-même, Vous assurer ensemble et vie et diadème ,

Et réparer par-là le crime d’un orgueil

Qui vous dérobe un trône et vous offre un cercueil.

Que d’oset.

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TRAGÉDIE. jj,

ï)e Martîan pour vous j’aurois eu le suffrage ,

Si j’avois pii souffrir son insolent hommage ,

Son amour....

Martian se connoîtroit si peu ,

Que d’oser....

Plautine.

Il n’a pas encore éteint son feu ;

Et du choix de l'ison quelles que soient les causes.

Je n’ai qu’à dire un mot pour brouiller bien des choses»

Vous vous ravaleriez jusques à l’écouter?

Plautine.

Pour vous j’irai , Seigneur , jusques à l’accepter.

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