‹ Nidintabel la Perse ancienne H. CavaniolChapitre 2 sur 16 · LES DIEUX · texte numérisé non relu

LES DIEUX

Avec les premiers jours de Bagayadisch 2 , le prinlemps était revenu.

Durant la saison froide , le céleste Rapitan était descendu sous la terre.

Il avait mis la chaleur et le principe de la verdure dans les sources d’eau ; de la sorte, le dew Eghetêch qui préside à l’hiver et à la destruction n’avait pu dessécher les racines des arbres ; et maintenant,

' Avec le second livre seulement commence notre récit ; les deux chapitres du premier livre ne sont qu’une introduction aux événements que nous allons rapporter, comme l'indiquent au reste les titres de ces chapitres.

* Mars Avril.

reparaissant au dessus du monde, fe dieu bienfaisant allait tout revivifier dans la nature'.

Aussi, les hommes saints et purs, si précieux à Ormuzd, saluaient-ils son retour par des offrandes et des prières.

Et le peuple de Suse 2 , avec des fêtes et des réjouis-

’ Suivant le Boun-déhescbl, livre de Cosmogonie. Yoy< i ANQfETJL-DupEnnoN, Zend-Avesla. '

* « Suse, la capitale de la Susiane, dit M. Champolliok- Figrac, la Perse fut une des villes les )>Iub célèbres «le l'antiquité. — I.e géographe grec Strabon assure quelle dut sa fondation à Tillion, mari de l’Aurore et frère de Memnon tué an siège do Troie. — Il ne faut voir dans celte fable qu'une tradition qui donne à la ville de Suse une très-linutc antiquité. — Ses murs comme ceux de Babylone et d'autres cités assyriennes étaient construits de bitume et de briques, et avaient près do quarante kilomètres do parcours; la ville avait la forme d'un carré long, et sa citadelle portait le nom rie Mcmunniurn, >» — quelquefois, chez les Grecs, IlfcnouoTE, V, lui, liv. Vil, cli. — La ville était située sur le Cboaspès, aujourd'hui Chouster.

Au rapport de Xûnophon, Anab ., III, v, 15, etCj/rop., VIII, vi, 22, le roi des Perses résidait sept mois de l'année à Bahylone, trois mois à Suse, ou printemps; et deux, en été, h Ec* balanc, aujourd’hui Hemadan. — « La chaleur de l’été, élait si grande 5 Suse que les serpents et les lézards qui s'échappaient dons les mes y étaient brûlés par l'ardeur du climat. — Le palais royal avait une gronde magnificence ; le trésor du monarque y était déposé, et quand Alexandre s'empara do cette ville, il y trouva neuf mille talents d'or monnayés, et cent dix talents d'or et d’argent en lingots, en tout près d'un milliard de francs. *> M. Cuampollion, oji. cil. — A Suse,

sauces, célébrait le Noorotiz, la fête du nouvel an'.

Lajoie était d’autant plus grande que l’on n’avait plus à souffrir de la tyrannie des Mages 5 , et que, Darius, fils d’IJystaspe, depuis peu sur le trône, se montrait équitable et modéré dans son gouvernement, magnifique à récompenser les services.

Daniel eut ses visions prophétiques. Nchémio y obtint de reconstruire le temple. C'est là que se passa l'histoire d’Esther et de Mardochéo. Dans la tragédie des Perses d'EsciiYLU, la scène est à Suse. C'est dans cette ville enfin qu'un jour arriva un de ce3 chariots couverts dans lesquels les Perses enfermaient leurs femmes, dans les voyages, pour les dérober aux regards ; partout, sur la route, ceux qui le conduisaient, avaient dit qu'ils menaient une jouno dame grecque à un grand seigneur de la cour. Le chariot cachait Thémistocte banni d’Athènes, voyant sa tète mise à prix, et venant demander asile à son ennemi, le roi Artaxcrxôs.

La Bible nomme celte ville Schouschân. « lis blanc. » 11 croissait, dit-on, beaucoup de ces plantes dans les environs. La Bible encoro nomme schouscluin un instrument do musique ayant la forme d'un lis.

’ Voir les autres fêtes de l'année, dans Tuomas Hyoe, l/ist. lîelitfionis velerum Persarum, in -i° ; — dans Anouetill)i terhon, Zcnd-Avesla .

7 Les Mages formaient uno tribu do la nation des Mèdes. — « Les Mèdes, dit Platon, ayant privé Cambyse de l'autorité par le moyen des eunuquos, la gardèrent jusqu'à Darius qui la fit retourner aux Perses. » — « Perses, nous laisserons-nous gouverner par un Mode, » dit Cobrvas uux autres conjurés, il icu. III, lxxui. — Voyez encore le dernier discours de Cambyse, Ufcn. 111, l\v.

Lu Grand-Roi attendait l’heure, où tous les ans, selon la coutume, l’historien public apportait aux princes les annales de leur rogne.

Il était assis sur un trône d’or', revêtu simplement de l'habit royal de couleur blanche et hyacinthe, et d’une robe de fin lin écarlate*.

Sa longue barbe noire, arrangée et bouclée avec soin, retombait sur sa poitrine.

Ses cheveux épais*, retenus en arrière par uu

1 Le siège des rois 6lait une simple chaise, diphros, cependant si élevée qu'il fallait mcltro dessous un escabeau pour y monter. Les pieds reposaient sur cet escabeau, upopodion. le trûno était en or et couvert d'un tapis magnitlquo. — MM. Flandik et Coste ont reproduit un bas-relior de PerséjHjlis représentant le Irène ou takht, siège royal. Celto sculpture a été retrouvée dans l'un des palais qui forment le groupo de ruines connu sous le nom do Takht-i ltjem-Sdiid.

Dans ce bas-relief, le monarque, dont la taille dépasse de beaucoup celle des autres personnages, est assis sur son trône, il tient une longue canne ou sceptre d’une main, une Heur de l’autre. Au-dessus de la tête royale, un serviteur agile un ebasso-mouebes et lient une sorte de bandeau ou de mouchoir. Plus haut, est le mihr ou feronher répété trois fois, une fois sous sa ligure complète, deux fois en abrégé, au milieu de lions. Au-dessous du prince, trois rangées de peuples soumis sont dans l'attitude de télamoncs ou cariulides | soutenant le siège royal.

‘ D après la Uiblb.

* Dans l'épitaphe d'Eschyle que rapporte Athksée, liv. xiv, les Perses îsout appelés : hommes à t paisse crinière. Xéko-

large cercle d’or, couvraient son cou. Ses grands yeux, qu’allongeaient encore des lignes d’antimoine, avaient celte lumière pénétrante que les rois tiennent de la divinité.

Et ses lèvres, se détachant sur le visage d’une pâleur morte, comme ces statues de granit que nulle veine ne colore, paraissaient deux raies de pourpre .

Il avait une haute stature', des traits purs et réguliers comme s’ils eussent clé l’ouvrage du ciseau ; un air nohle, imposant, et celte grâce des choses terribles auxquelles rien ne résiste.

On eût dit une incarnation d'Ormuzd, quand il

rHoa dit qu'ils out les cheveux étagés, et que celte mode leur vient des Modes. — Hkhodote, livre IV, clinpilre xix, remarque que lus Perses portaient les cheveux fort longs. Le même auteur, livre lit, chapitre cuv, dit que '/.opy re se rasa le tour de la lOlc d'une manière houleuse. — «Il est évident, conclut M. Duuaux, d'après les deux passages d'ilérodote, que les cheveux courts étaient chez les Pcrsos uno marque d’infamie. » La Perse, Univ. Pit., page 100.

1 • Taille haute, bien faite, dit M. IUüikr ; chevelure épaisse ; barbe luumie ; tète plus souvent ronde qu'ovale, tels sont les principaux caractères du type perso-germanique de la race caucasienne. C'est ce type qu'offrent la plupart des personnages représentés sur les monuments. On ost surtout frappé de cette expression de bonhomie et do mile vigueur, traits saillants du type germanique, que porte la physionomie. Tous ces personnages ont la chevelure épaisse, et uno longue barbe arlisUsmcnt bouclée. • Uabytonie , Univ. Pit.

siège au grand pont Tchinevad, qui forme la barrière entre les deux mondes, terre et ciel, et y juge les fîmes.

De la main droite, il tenait le sceptre d’or à tète de vache * ; de la gauche, la fleur de jasmin presque rouge consacrée à Ormuzd.

Derrière lui, un flabellifère agitait des houpes de plumes.

A côté, deux doryphores portaient l’arc royal et la hache d’armes.

Au gah Ociren*, un oflicier vêtu du costume des introducteurs ; une large robe relevée légèrement par devant dans la ceinture, et retombant de chaque côté en plis réguliers et gracieux, coiffé de la toque évasée au sommet, la poitrine ornée du collier de perles 1 * 3 ; se présenta, conduisant de la main gauche, le mageécrivain, porteur des annales 4 .

1 Fehdouct, Schah-Naméh ., trad. J. Mohl.

1 Trois heures do l'après-midi.

* Voyez page 36 et seq. de la Perse do M. Dcueux, les descriptions des personnages de Persépolis.

4 Des écrivains suivaient le roi dans les fêtes, Eslher, Esdras , VI, 1 ; aux revuos des armées, Hér. VII, c -, dans les batailles, Ilfeu. VIII, xc, pour rapporter ses paroles. C'est uinsi qu’étaient composées les Annales.

Quand Ctésias écrivit son histoire, il consulta les Annales do Médio et de Perso -, la bibliothèque do Puotbius n’en a

L'écrivain s’approcha du roi en rampant sur les mains et les genoux, et dit :

« Grand Roi, vis éternellement 1 .

— L’heure est venue, reprit celui-ci, accomplis ce qui t’amène, montre-moi la succession des temps, depuis l’époque où Zérouano était seul, jusqu’au jour oii nous sommes.

conservé qu'un court sommaire. — Dans le livre d'Esther, il est question de ces Annales do la Perse : « Cette nuit-là, le roi ne pouvait dormir, et il commanda qu'on lui apportât le livre des Annales, c'est-à-dire les chroniques. . . » Es- Iher, VI, 1. — Au sujet d'Esther nous ajouterons que M. J. Ow-EitT a identifié le roi Assuérus du livre d Eslher, ou suivant la Bible, le roi Artaskhastha à Xerxès, plurent l'histoire d'Esther entre les années 483 et 478 avant Jésus-Christ. M. Oppebt dans son mémoire publié par les Annales de philosophie chrétienne ( janvier 18G4), semble avoir levé tout douto à cet égard. — Le nom <1 Eslher est persan et veut dire étoile, en tend s tara, en sanscrit tara, en persan moderne sitareh ou istareh; dons notre Vulyale latine, on lit Edissa ; suivant la prononciation hébraïque actuelle, lladassa, myrlhe ; Vasli signifiait Désirée; en persan moderne, Vaschli veut dire beauté, bonté.

On sait que les Juifs faisaient partie de l'armée que Xcrxôs entraîna à sa suito contre la Grèce. Le poète Chéibilcs que cite Josephs, contre Appion, I, vui, les a décrits de la sorte ;

« A l'arrière-garde, s'avancait un peuple étrange; les sons de la languo phénicienne s’échappaient des lèvres de scs guerriers, ils avaient pour patrie les montagnes de Solymc, non loin du grand lac Asphaltilc. »

1 En abordant le roi, ou devait prononcer ces paroles. Da-

Et que Bahman, le premier qui vient après Ormuzd, le régulateur suprême de son royaume de lumière, le chef sous la protection duquel reposent les autres Amschaspands ; celui qui est la plus sainte et la plus pure expression du Dieu du bien dans ses deux formes primordiales, bonté, lumière, me fasse admirer ce qui sera bon, juste et pur ; me conserve sa sagesse ; soit favorable à mon règne et donne l’abondance au royaume. »

met, VI, 7 et 21. — L'adoration, dit M. IIcefer, op. cit., fiait exigée de tous ceux qui étaient admis & l’audience du roi et introduits par des espèces d’huissiers ou maîtres des requêtes. On le saluait dans l'attitude de la prosternation, quelquefois seulement à genoux, elles mains jointes par devant. Les suppliants avaient les mains jointes par derrière, ce qui les distinguait de ceux qui faisaient le simple salut prescrit par l'étiquette. Ammien Marcellin, XVIII, Vin.

Voici du reste ce que le capitaine des gardes, chargé d’introduire à l'audience du roi les personnes qui avaient quelques affaires a lui communiquer, dit à Thémlstocle i ce sujet:

« Vous autres Grecs, vous estimez, dit-on, au-dessus

« de tout, la liberté et l égalité ; pour nous, entre un grand • nombre de belles lois que nous avons, la plus belle à nos « yeux est celle qui nous ordonne d’honorer le roi et d adorer « en lui, l’image du dieu qui conserve toutes choses. Si donc « tu veux t’accommoder ù nos usages et l’adorer, tu pourras « comme nous, le voir et l’entretenir. Si tu es dans d autres « sentiments, tu ne lui parleras que par des intermédiaires, . car la coutume de Perso est que pereonno no puisse rece- „ voir audience du monarque saus l’avoir adoré. » Plutarque, Vie de Tliémislocie, chup. XXVII.

Le scribe s’assit aux pieds du trône, déroula le papyrus’, se couvrit la bouche de la main droite pour empêcher l’haleine d’arriver jusqu'au monarque et commença :

« Lorsque le pur Djem-Schid* arriva dans l’Aderbayadjan ’, le temps en est déjà bien reculé, il était tout couvert de pierreries; comme un soleil son beau visage brillait. A sa vue, les peuples remplis d’étonnement s’écrièrent :

« Celui-là est certainement un jour nouveau. »

1 Cyperus papyjnis L. — Parliu inférieure -, nutritive. Tige, feuille ; fabrication de papier à écrire, construction de barques légères. Liber ; toiles, voilos, couvertures de lit, cordages, sandales.

* Les peuples qui vécurent sous l’autorité de ce roi Djetn, lui décernèrent le surnom de Schid « soleil. «* L’histoire écrite lui a gardé le nom de Djem-Schid.

8 L’Aderbidjan, au nord-ouest de l’Iran, touchait aux limites de l’Assyrie et de l’Arménie. On trouvait dans cette province des mines de cuivre et de lapis-lazulli. — Dans le Zend-Avesla, l’Adcrbidjan porte le nom d’Atliro-Patan, nom que l’on retrouve aussi dans les relations grecques. En pehlvi, langue plus moderne, on écrivait : Atoun-Pudegaan. Ces appellations signifient • pays de feu. » Siraboh pour expliquer cette dénomination, dit que celte province était sujette aux éruptions volcaniques et aux Iromblements do terre. Strabon se trompe. Et il est plus rationnel d’en voir l’origine dans le grand nombre de temples du feu, atcich-ydh , que possédait l’Aderbidjan.

Kl pour conserver la mémoire de sa venue, ils instituèrent la fête du Nonrouz.

Le premier jour du printemps, dès que le soleil s’est montré, dans le lieu oii tu reposais est entré un jeune homme d'agréable ligure.

Tu lui as demandé :

« Qui es-tu? D’où viens-tu? Où vas-tu? Quel est ton nom? »

Et il t’a répondu :

« Je suis l’heureux, le béni. Ormuzd m'a envoyé, et j’apporte avec moi le nouvel an. »

Puis un autre iranien lui succédant l’a offert un plateau d'argent contenant du blé, de l’orge, de 1a sczame, du riz et d’autres graines encore, il y avait sept épis et neuf graines de chaque espèce ; du sucre et deux monnaies d’or récemment frappées.

Alors se sont présentés, le chef de les armées, le gardien des trésors, le préposé aux armes de guerre, et ton peuple selon les classes ' et les rangs.

1 Djem-Schid avait divisé la population en quatre classes : 1* les prêtres; 2* les guerriers; 3* los laboureurs; A° les artisans. La classe des laboureurs, eu considération de l'utilité do cette profession, était plus honorée toutefois que son rang ue semble l'indiquer.

Plus lard les classes devint eut castes. Il y en eut dix dans lu Perse. Les trois premières étuicul nobles, privilégiées ;

Pendant ces réceptions, les graines avaient été transformées en pain, tu en as goûté, en as distribué aux assistants en disant :

« C’est aujourd’hui que commence une époque nouvelle ; il est à propos de renouveler tout ce que le temps a détruit. »

Et tu les as bénis, et tu leur as donné des robes d’honneur.

Ormuzd a voulu rappeler aux rois leur obligation première : Pourvoir aux besoins, et chercher tous les - moyens d’accroître la félicité de leurs sujets.

Durant cinq jours entiers, tuas reçu les hommages des astronomes et des sages, d’abord : des prêtres et des conseillers ensuite, enfin des princes de ton sang, et de tous ceux de ta famille.

Ce matin, par les offrandes de ton peuple, tu as pu voir quel était son amour pour toi.

Ce soir, jo dois le mettre sous les yeux une fidèle image du passé ’ , pour que tu y considères l’influence des bonnes et des mauvaises actions ; te rappeler les

mais entre ces trois, la tribu des Pasargades ou Achæménidos l'emportait de beaucoup, c’était d'elle, à l'exclusion de toutes autres, que l’on tirait les prim es et les rois. Trois autres s’occupaient d’agriculture; les quatre dernières étaient composéos dos peuplades nomades.

1 Voyez tous cos détails dans Thomas Hyde, op. eil-

principes, afin quo frappé de lenr vérité, lu ne t’écartes jamais des enseignements do la pure loi de Zoroastre, le saint prophète 1 ....

Zérouano 1 était d’abord. Zcrouano, l’être absorbé dans l’excellence, le temps sans borne, l'éternel sans extrémité, sans racine.

Quiconque a de l’intelligence, ne demandera pas :

« D’où le temps est-il venu ? »

Dans la grandeur où Zérouano régnait, il n’y avait pas d’être qui pût l’appeler créateur, il n’avait rien créé encore.

Mais avec lui, en lui existait Honover, le verbe, la parole qui procédait de lui, et qui, tout en étant la source et le modèle des perfections des êtres, tout en ayant la puissance de les produire, lui était inférieur.

Le grand Ormuzd, lui-même, dans son infinie bonté, a pris soin d’enseigner aux hommes ce qu’il pensait du saint Honover 1 .

11 a un corps et une âme.

Son âme, c’est la réunion de toutes les idées qui forment sa substance intelligible; son corps, c’est la

1 Voyez Appendice, au mot Zoroaslre.

9 Voyez Appendice, au mot Zérouano.

* Voyez Appendice, au mot Honover.

réalisation de ces idées dans la nature des êtres.

Ce fut par lui que Zérouano créa le feu et l’eau.

De leur mélange sortit Ormuzd 1 * * éclatant de lumière, de bonne odeur, pur, faisant le bien.

Roi par excellence, père de l’assemblée céleste, il souhaite le bien aux hommes, leur donne la santé. Il est le destructeur des maux, le juste juge, celui qui pèse les actions.

Un jour, regardant au-dessous de lui, il aperçut à la distance de quatre-vingt-seize raille farsangs*, un être noir, couvert de fange et de pourriture, faisant le mal, ayant la langue et les genoux longs, c'est-à-dire, enseignant et propageant le mal avec rapidité.

C'était là le péetiaré* Ahriman 4 , le mal qui, comme le bien, du temps avait pris naissance.

Ormuzd fut étonné de voir l'air effrayant de cet en-

nemi, et il pensa :

« Il faut que je le fasse disparaître. »

Il y pensa longtemps, et n’agit qu' après avoir bien tout examiné.

1 Voyez Appendice, au mot Oi'muzd.

1 Le farsang est égal à la distance d’où un homme à longue vue voit un chameau blanc ou noir. Zend-Avcstu.

* Méchant.

4 Voyez Appondico, au mot Ahriman.

Il savait tout ce que machinait le méchant dans ses désirs opposés. Il savait comment jusqu’à la fin, il devait mêler ses œuvres de mal aux œuvres du bien, et quels devaient être ses derniers efforts.

Aussi, il se dit :

« Par ma puissance, créons-nous des auxiliaires, formons le peuple céleste. »

Et le ciel fut, et avec lui, les Ferouers', ces types de tous les êtres bons et purs qui devaient existerdans l’avenir.

Ahriman ne s’inquiéta point, ignorant ce que l’intelligence d’Ormuzd avait saisi.

Il se leva, s’approcha de la lumière, et quand il la vit, lui qui ne désire que frapper en daroudj 1 * 3 qui court pour déchirer, il s’élança pour en ternir l’éclat.

Mais ébloui, il s’enfuit dans les ténèbres épaisses. Et là créa un grand nombre de dews , les types des méchants qui, dans la suite, devaient tourmenter le monde.

Ormuzd, toujours bon, sachant que ce peuple do

1 Voyez Appendice, au mot Fermier.

1 baroudjs, Dews, mauvais génies, productions d'Ahriman.

Leur nombre est incalculable, mais dans cette fouie se dessinent surtout ceux qui sont opposés aux Amsclias|>ands et aux Izeds.

daroudjs disparaîtrait au temps où se fera le rétablissement des corps, offrit la paix à son chef :

« O Ahriman, secours le monde que j’ai créé, respecte-le, lui dit-il, et ce que tu as produit ne vieillira pas, ne se corrompra pas, ne manquera pas, sera immortel. »

Ahriman refusa et lui déclara la guerre.

« Maintenant tu ne peux rien, ajouta Ormuzd, car je suis avec mon peuple, mais lu pourras agir quand les hommes s’étant unis se multiplieront. »

Ormuzd n’ignorait pas que durant trois raille ans il aurait à mêler ses opérations à celles du péeliaré; que trois raille ans seraient au méchant, et qu’à la fin, quand lui, Ormuzd, prononcerait l’Honover, les dews disparaîtraient, et le monde resterait sans mal pendant toute la durée des siècles.

Ahriman comprit tout; il en fut accablé.

Le dieu du bien prononça l’Honover une fois, et le dieu du mal eut le corps brisé de frayeur ; il le prononça deux fois, et le chef des démons tomba sur ses genoux; il le prononça vingt et une fois, et le daroudj impur fut abattu et lié pendant trois mille ans.

Ormuzd alors créa six génies qui devaient le seconder dans la lutte. Ces six intelligences que nous nom-

mons Amschaspands 1 , excellentes et immortelles, les sources toujours jaillissantes du vrai, du beau, du pur, de l’honnête, sont :

Bahman, Ardibéhescht , Schahriver, Sefendarmad, Rhordad, Amerdad; la bienveillance, la vérité, la bonne foi, la sagesse, l’abondance des bonnes choses, la joie et la paix.

Aussitôt Ahriman leur opposa six démons, les intelligences mauvaises.

Il tira du monde ténébreux :

Akouman*, la méchanceté; Ander, le mensonge ; Savel, la mauvaise foi ; Nekaëd, le vice ; Tarik, la pauvreté; Zaretch, la douleur.

Suivant l’intention de l’Eternel, Ormuzd qui déjà, par la paissance d’IIonover, avait fait le ciel, continua son œuvre en formant les eaux, la terre, les arbres, les animaux et l’homme.

En six époques tout fut achevé 3

A l’homme a été donné l’intelligence, le principe des sensations , le jugement pratique comprenant la volonté et l’imagination, le principe vital, la conscience.

* Voyez Appendice, au mot Amschaspands.

* Voyez Appendice, au mot Akouman.

* Voyez Appendice, au mot Création.

De loas ces éléments fut composée l'âme immortelle.

Des Izeds’, représentant les qualités physiques et morales ont été chargés de conserver l’homme, objet des prédilections d’Ormuzd, et de combattre les pères des influences mauvaises, les ténébreux daroudjs.

L’œuvre d’Ormuzd était à peine achevée, qu’Ahriman tenta de s’en emparer.

Il accourut suivi de ses dews. Le peuple d’Ormuzd se précipita à sa rencontre.

Et la lutte commença, selon ce qu'il avait été dit, quand deux êtres humains s’étaient uni3.

Elle fut terrible; les IzeJs combattirent pendant quatre vingt-dix jours et quatre vingt-dix nuits, et finirent par précipiter les dews dans le douzakh*.

Ahiiman furieux, et se livrant à sa colère comme un daroudj qu’il est, ne put demeurer en ce séjour affreux. Lui et ses serviteurs se précipitèrent sur la terre pour y corrompre les créations.

Tous les arbres portaient des fruits bienfaisants et délicieux; il en frappa plusieurs de stérilité, en couvrit un grand nombre d’épines, et l’écume impure

1 Voyez Appendice, au mot Izeds.

: Le Douzakh est l'enfer.

qui coula de sa bouche rendit vénéneuses les plantes sur lesquelles elle tomba.

De sa main, il pressa la source des fleuves et les fit déborder, les chargea d’impuretés.

Le nord, la patrie des neiges, des glaces et de la stérilité est le lieu qu’il habite. Il se plaît dans le désert, et de ces plages arides il dirige sur les campagnes fécondes lo vent qui les dessèche.

De lui proviennent encore les redoutables Kharfesters', qui déchirent et sont venimeux; il est lui-même la grande couleuvre infernale.

Ormuzd a peine à le contenir, et pour mettre les hommes en garde contre les tentations, il a envoyé sur la terre lléômô, porteur de la loi.

Héômô fut de couleur d’or, la source do la pureté, de l’intelligence et de la vie.

Il a tracé le chemin aux nuages, a aidé à une bonne distribution de la pluie.

Il anéantit les méchants et procrée les grands hommes bienfaiteurs des peuples*. Il leur enseigne à

' Serpents.

* La m6moire des premiers évènements ne s'élait pas perdue, malgré l'idolâtrie, chez Poroschasp. Il savait que llédmô avait présidé à ta distribution des eaux ; que du haut do l'Albordj il veillait sur le monde et en éloignait la mort ; qu'il

célébrer la grandeur du soleil, à brûler des parfums en son honneur.

Il est avec la pureté de cœur, de parole, d’action, avec celui qui sait obéir et dont la Gn est le ciel.

Mais que l’homme dont la vie est corrompue, impure ; que le ministre des démons ne compte jamais sur sa protection. Ce n’est point pour lui qu'IIéômô fut créé. »

Le scribe se tut et vint de nouveau se prosterner devant le roi.

Alors, il reprit :

— « O toi, donné d’Ormuzd, sois en garde contre l’ennemi; ne fais rien dont il ait à se réjouir; sois prudent comme le bon principe ; pur comme ton ancêtre Guslasp; compatissant ainsi que l’ized Mithrâ; vois le bien comme Siavakhsch ; de même que le saint Zoroastre, sois abondant en bonnes œuvres. »

Et, comme la terre que Sefendarmad protège , tu porteras des fruits ; comme les parfums, tu seras de bonne odeur; ainsi que les fleuves, sources d’abon-

avait accordé Djem-Schid, un do ses aïeux aux prières do Vivengharo ; Féridoun & colles d'Athvian, Orouéksch et Guersrhàsp à celles de Sùm ; il s'humilia devant Héômô, l'invoqua, et eut Zoroastre. — ZendAvesla.

dance, tu auras de nombreux descendants, et à la fin, tu iras au Behescht rejoindre Kai-Khosrou. »

Le roi ajouta :

— « Que ce soit là, le désir d’Ormuzd. »

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