‹ Nietzsche, sa vie et sa pensée (volume 2)Chapitre 51 sur 104 · LA FIN DE T 11 I B S G H E N · texte numérisé non relu

LA FIN DE T 11 I B S G H E N

de l'essence de la civilisation grecque. Le frisson de l'inspiration le secoue quand il y songe. Mais il détourne de ce spectacle terrible les âmes faibles. A qui donc réserve-t-il des vérités si effrayantes? Il nous le dit :

Je n'ai pas de vœu plus ardent que de rencontrer un jour un homme à qui je puisse tenir ce discours, un homme d'une hauteur courroucée, de regard hautain, d'audacieux vouloir; lutteur, poète et philosophe à la fois, et qui marcherait d'un pas capable d'enjamber des serpents et des monstres. Ce héros futur de la connaissance trafique aura au front le reflet de cette sérénité grecque, cette auréole, à la lumière de laquelle sera inaugurée une résurrection encore à venir de l'antiquité, la Renaissance allemande du monde hellénique (').

Et qui pouvait être cet adolescent allemand doué de <i cette intrépidité de regard et de cette héroïque disposition pour l'immense », qui, loin des compromissions lâches du libéralisme d'aujourd'hui, saurait suivre ainsi le précepte de Goethe et de Mazzini : « Im Ganzen und Vollen résolut zu leben » ? Est -il difficile de reconnaître Nietzsche? Telle était l'âme qui se cachait dans le da,nseup souriant de Lugxino.

Il vécut là jusqu'en avril, et courut à Tribschen au retour. Il y présenta Lisbeth. Wagner le complimenta souvent depuis sur celle qu'il appelait « das liebliche Schwesterchen » (^). Durant son enseignement de l'été, Nietzsche sembla rajeuni. C'était le temps où Deussen le voyait, fort et fier comme un lion (^). Lisbeth ne le quitta point. Elle passa avec lui et Gersdorff, fin juillet, une quinzaine à Gimmelwald, près Mùrren, et ne se sépara de son frère qu'en septembre. Mais que pouvait donc; être pour lui Wagner, quand déjà se levaient en Nietzsche

(») Jf., IX, 140, 143.

(») Corr., V, 220.

(*) P. D«038BN, Erinnerunyen, p. 81,

des espérances qui, à ce point, dépassaient le wagnérisme, et quand il se croyait seul le Faust capable d'amener sur terre, par sortilège, cette Hélène éternelle, l'art grec? C'est ce qu'il nous faut à présent expliquer.

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