FONDATION DE B A Y H E U T H
Mais à cet endroit précisément, Ariane n'y tint plus. Cette histoire, en effet, se passa lors de mon premier séjour à Naxos... « Tout cela, s'écria-t-elle épouvantée, c'est du positivisme I de la philosophie à coup de groin I un informe mélange, un fumier d'idées, pris dans cent philosophies 1 Où comptez-vous en venir ?» — et ce disant, elle jouait impatiemment de ce fil fameux qui jadis avait guidé son Thésée à travers son labyrinthe. — Il parut ainsi qu'Ariane, en fait de culture philosophique, retardait de deux mille années (M.
Etrange et douloureux litige intérieur. 11 fallait conjbattre David Strauss, puisqu'il était l'ennemi du wagnérisme. Et Nietzsche ne pouvait le combattre qu'en froissantles croyances de la fenmie qu'il vénérait le plus, mais qui, philosophiquement, désormais, avait sa mésestime. Elle ne comprenait pas que « la tâche immense de l'artiste » commençait après la besogne achevée de la critique historique et de la science évolutionniste. Elle attachait à des croyances anciennes la destinée de l'art wagnérien. Une invisible lutte s'engageait entre Nietzsche et elle, dont l'enjeu était Wagner ; comme une lutte s'était engagée entre Nietzsche et Wagner, dont l'enjeu était Gosima. Dans cette bataille, quelle qu'en fût l'issue, il n'y avait que douleur. Voilà les causes de la mélancolie durable, avec laquelle Nietzsche revint de Bayreuth^'j. Mais il fallait vaincre ; et il eut l'illusion qu'il sauvait l'art wagnérien. U se réfugia donc dans la « fureur sacrée » ; et contre Strauss, qui reprochait au wagnérisme d'être la mode du jour, il écrivit la première Considération intempestive^ par désespoir.
(«) Fragments postliumes de 1882-1888, S S99 ( W., XIII, 250) (•) Corr., II, 406.