‹ NocardChapitre 1 sur 2 · BOULEVARD SAINT GERMAIN · texte numérisé non relu

BOULEVARD SAINT GERMAIN

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ÉLOGE PRONONCÉ A L’ACADÉMIE DE MÉDECINE DANS LA SÉANCE ANNUELLE DU 11 DÉCEMBRE 1906

Par S. JACCOUD,

Secrétaire perpétuel de l’Académie,

Professeur honoraire de la Faculté de médecine,

Médecin honoraire des hôpitaux.

Mesdames, Messieurs,

La science détient une royauté supérieure et intangible, dont les représentants sont de tous les temps et de tous les pays.

Nocard est un des rois de la science.

La découverte, l’œuvre transcendante, sont les marques de la royauté scientifique légitime.

Nocard a prouvé la sienne par des bienfaits universels, et par les multiples découvertes de son génie expérimental.

L’avancement de la science ne dépend pas nécessairement de quelque découverte.

Nocard, quand il ne découvre pas, prodigue des notions nouvelles, qui toutes sont d’indéniables progrès, et qui, la plupart, contiennent les germes de découvertes futures.

L’étude des grands problèmes biologiques peut être stérile, si elle reste spéculative.

Nocard ne s’attarde pas sur ces hauteurs ; il les gravit et les explore, mais avec les lumières qu’il en a fait jaillir, il redescend au

ÉLOGE DE NOCARD.

plus vite sur le terrain de la pratique, dont la fécondation est son but ; il donne alors des enseignements, il dicte des préceptes, on les applique, l’explorateur devient un sauveur.

Tel fui l'homme dont j’ai l’ambition de vous parler.

C’est une témérité, penserez-vous sans doute ; vous pouvez le dire, car je le dis moi-même. N’oublions pas cependant qu’il y a deux espèces bien distinctes de témérité : l’une est issue de la présomption, elle est blâmable, et la sanction constante de ce blâme est l’insuccès ; — l’autre naît d’une sympathique admiration, dominée par un désir impulsif de donner de cette admiration un témoignage public; témérité louable celle-là, car le sentiment qui l’inspire excuse l’insuffisance des moyens, et si l’on n’atteint pas le but, il est encore honorable d’avoir tenté de s’en approcher.

Voilà ma témérité d’aujourd’hui.

Nocard (Edmond-Isidore-Etienne) est né le 29 janvier 1850, à Provins (Seine-et-Marne) où son père était commerçant. Il fit de bonnes études au collège de cette ville, et à dix-huit ans, au mois d’octobre 1868, il fut admis à l’École vétérinaire d’Alfort; — il en sortait cinq ans plus tard à la tête de sa promotion.

Et pourtant, ses travaux avaient été inlerrompus par la guerre durant loute une année; le 6 septembre 1870, il s’engageait au 5e lanciers, gagnait en quelques mois les galons de brigadier et de maréchal des logis, et la guerre terminée, il revenait à Alfort, bien décidé à compenser par son zèle le temps qu’il avait donné au service de son pays.

Il y réussit: sorti le premier de l'école au mois d’aoùt 1873, le 6 novembre de cette même année il est nommé au concours chef de service de clinique, — en 1878, le 25 novembre, un autre concours lui confère la chaire de pathologie et de clinique chirurgicales, qu’il abandonna en 1887, à la retraite de Goubaux, pour celle des maladies contagieuses , police sanitaire , et jurisprudence médicale.

ÉLOGE DE NOCARD.

G est alors aussi (17 août 1887) qu’il fut chargé de la direction de 1 école; il en améliora l’organisation et les laboratoires; mais les

obligations administratives de cette situation ne pouvaient pas être longtemps conciliables avec l’ampleur croissante de ses recherches scientifiques, et le 3 janvier 1891, à son grand regret, comme au regret de tous, il fut obligé, dans l’intérêt de ses travaux, de résigner cette fonction.

Nocard s imposait à la chaire des maladies contagieuses par la connaissance et la culture approfondies des doctrines, et des méthodes pastoriennes.

Cette initiation avait été précoce : elle remonte aux phases embryonnaires delà bactériologie, aux premiers contacts de Pasteur avec la médecine vétérinaire; elle se fit dans le fameux laboratoire de la rue d’Ulm, où Nocard fut introduit par Émile Roux, première manifestation d’une amitié, dont la constance et la valeur scientifique sont également dignes d’admiration .

Par ses qualités de penseur et d’expérimentateur, le nouvel adepte gagna rapidement l’estime et la sympathie de Pasteur, qui, dès 1 883, lui donnait une preuve de sa confiance en l’associant à la mission qu’il organisait pour Y étude du chloléra en Egypte . Celte mission, justement dénommée mission Pasteur , était composée de Nocard, Roux, Straus et Thuillier; ce dernier succomba aux atteintes de la maladie, et l’œuvre scientifique et humanitaire s’acheva dans un deuil, qui ne fut pas oublié. — Nocard a exposé dans un rapport au ministre du commerce les recherches de la mission, dont l’Académie des sciences a reconnu la haute valeur parle prix Rréant.

Rentré à Paris, il reprend ses travaux, tant dans son laboratoire que dans celui de la rue d’Ulm ; là le disciple devient maître à son tour, et lors de la création de l’institut Pasteur (1888). il y est définitivement attaché comme chef de service. C’est dans ce même temps qu’il prenait à Alfort la chaire des maladies contagieuses, merveilleusement préparé à cet enseignement, dont il était facile de prévoir l’heureuse et radicale transformation.

ÉLOGE DE NOCARD.

Le nom de Nocard est tellement inséparable de ses découvertes en bactériologie, et de ses victoires en prophylaxie, qu’il en rappelle immédiatement le souvenir exclusif ; c’est un torl : il y a une phase initiale qui ne doit pas être laissée dans l’oubli, car dans ces travaux des premiers jours on trouve des faits nouveaux, des réformes, une méthode personnelle ; on trouve aussi l’originalité, et l’investigation pénétrante, qui prendront plus lard leur magnifique et complet développement.

Dans cette période, qui s’étend de 1876 à 1884, il convient de relever les deux mémoires sur Y entorse du cou chez le cheval (1876- 1879), c’est le redressement de l’erreur qui admettait alors une luxation incomplète; — le travail sur la boiterie intermittente du cheval, par oblitération de l’aorte postérieure (1876); — le traitement du clou de rue 'pénétrant ancien par une opération nouvelle, d’abord critiquée, puis passée dans la pratique (1879); — les trois notes sur les applications de la ligature élastique à la chirurgie vétérinaire (1877-79-81).

L’étude sur la névrotomie haute mérite une mention spéciale, car c’est à la fois une réforme, et un bel exemple de la méthode de démonstration de l’auteur. Voulant faire justice de l’erreur accréditée qui exclut la névrotomie haute (au-dessus du boulet) du traitement des formes , il fait en décembre 1881 à la Société centrale vétérinaire une communication basée sur 32 cas favorables. Il ne rencontre qu’une vive opposition. 11 ne proteste pas, il ne discute pas; mais en juin 1883 il revient avec 62 observations nouvelles de chevaux névrotomisés sans accidents. Voilà son mode d’argumentation. L’opposition tombe, et le traitement des formes par la névrotomie haute entre dans la pratique, au grand avantage des propriétaires et des vétérinaires.

Dans le même temps (1883) il étudie la maladie épileptiforme des chiens de meute , et il en trouve à la fois la pathogénie dans l’acariase auriculaire, et le traitement efficace dans l’emploi du naphtol.

ÉLOGE DE NOCARD.

En 1884, il publie les premiers faits à' actinomycose observés en France; il relève la confusion faite par les vétérinaires avec l'ostéosarcome du bœuf, et constate à l’examen microscopique Y actinomyces de Bollinger et de Harz.

En cette même année, il donne un travail important sur Y anesthésie par injection intra-veineuse de chloral , et il fixe les règles de cette méthode pour le cheval, le bœuf et le chien.

J avais donc toute raison de dire que cette première partie de l’œuvre de Nocard ne peut être orpise sans injustice; mais ce n’est pas tout, et il faut encore tenir compte des huit mémoires sur la leucocythémie (1876-1881), auxquels on peut donner comme introduc¬

tion ses recherches de 1876, en collaboration avec Trasbot sur la numération des globules du sang normal et pathologique, chez les animaux domestiques.

La leucocythémie était restée inconnue des vétérinaires, du moins en France ; Nocard en décrit les caractères et les localisations chez le bœuf, le chien et le cheval. — À cette occasion, il adonné une preuve saisissante de la loyauté scientifique dont il fut toujours le parfait modèle, en rectifiant l’erreur par lui commise au sujet de la forme pulmonaire du cheval, laquelle était en réalité de la tuberculose bacillaire : dans une communication ultérieure (1885) à la Société centrale vétérinaire , il expose les symptômes, les caractères anatomiques, et les faits expérimentaux qui Font trompé ; il signale entre autres les résultats négatifs de ses inoculations ; puis avec son inflexible sévérité de jugement, il prononce que ces inoculations ont été pratiquées dans de mauvaises conditions, et il conclut ainsi : « Je « termine en me félicitant d’avoir pu le premier, constater et redresser

« mon erreur ».

Mais cela ne lui suffit pas ; il semble que cette erreur, si hautement confessée, continue à peser sur sa conscience de maître responsable, car en 1886, dans un travail où il a dû mentionner ses études sur la leucocythémie, il revient sur cette rectification, il répète qu’un examen plus approfondi lui a prouvé que dans les cas en question, il s’agissait de tuberculose bacillaire, et il déclare qu’en conséquence tout ce qu’il a dit de la leucocythémie pulmonaire du cheval doit s’appliquer à la tuberculose, démontrant à son tour, que dans le

ÉLOGE DE NOCARD.

royaume de la science on ne connaît d’autre loi que le culte de la vérité.

C’est en 1885 que Nocard a inauguré ses travaux sur la tuberculose. Il publie alors ses mémoires sur la tuberculose du cheval et des bœufs nivernais ; — il fait connaître les premiers cas de transmission de la tuberculose de l'homme aux volailles ; — il enrichit la science de ses découvertes sur la tuberculose des oiseaux, et sur la culture du

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