‹ Noces d'argent du régiment des Zouaves pontificaux, 1860-1885 [microforme]Chapitre 64 sur 84 · DÉDIE A M. LE GÉNÉRAL BARON DE CHARETTE · texte numérisé non relu

DÉDIE A M. LE GÉNÉRAL BARON DE CHARETTE

Le peuple chrétien a pour capitale Rome

IL existe ici bas un peuple sans frontière

Où tout homme est admis avec le nom de frère,

Sans quitter sa couleur, sa langue, sa cité,

S'il veut connaître, aimer, servir la vérité.

Ce sel des nations, des âmes libre élite,

Hors des doutes affreux où le monde s'agite,

Veut vivre et veut prier à l'ombre de la croix.

C'est l'Église. Elle tient sa doctrine et ses droits

Du Christ, du Fils de Dieu, mort pour nous au Calvaire. Elle a son chef, pontifc et roi, du Christ vicaire,

Ses princes, ses sujets, ses vivants et ses morts Ensemble ne formant qu'une âme et qu'un seul corps. C'est l'Église. Annoncer en tous lieux l'Évangile,

sa M'ais Faire crouler partout les idoles d'argile OUX Et tirer de l'erreur l'infirme esprit humain : j (ll able | Voilà sa mission, hier, aujourd'hui, demain. | | Donc, il faut à ce peuple un centre inaccessible, | A son vénéré chef un domaine paisible, À ce roi des sommets libres et respectés, | Où le pontife puisse allumer les clartés | Qui dirigent au loin les pas errants de l'homme, | Ce centre, ces sommets, ce domaine, c'est Rome, | | Il | Légitimité des droits du peuple chrétien sur Home nti- Me. | D ent, Rome! Ses légions avaient pris l'univers; | L Tout subissait ses lois, son langage, ses fers. int- Et ce peuple orgueilleux croyait que son courage il Avait seul accompli ce gigantesque ouvrage.

par Or, Rome fut le bras dont la Divinité ste, Se servit pour grouper toute l'humanité,

Afin que de son Christ l’éternelle Parole Sur le monde cenquis volât du Capitole. — Pierre! avait dit Jésus au disciple Simon, El Sois ma pierre, la pierre imprenable au démon, A Sur qui je bâtirai mon immortelle Église, — Mais, Seigneur, cette pierre où sera-t-elle assise ! — Fuis Sion, la cité coupable va périr.

Pose ma pierre à Rome... Et Pierre y vint mourir. Quand son sang eût scellé le siège apostolique, Le monde fut témoin d’une lutte héroïque.

Rome païenne était l'horreur des nations, L'antre obscur des faux dieux et des corruptions, Le théâtre maudit d’effroyables orgies Et par le sang humain sans relâche rougies.

Un immense sanglot montait au firmament.

Les chrétiens répondaient à ce gémissement * En préchant le vrai Dieu, la pitié, la justice, La pureté des mœurs, l'amour, le sacrifice, La sainte liberté qui brave les tyrans.

Et tous les opprimés, les faibles, les souffrants, Accouraient au baptème avec des chants de fête. Mais les Césars, tremblants de perdre leur conquête, | Si la foule quittait ses vieux autels païens, Vouèrent à la mort les doux et fiers chrétiens. O prodige! La dent des animaux féroces, ,

Sa sal man nn à

Les ongles des bourreaux, encor plus qu'eux atroces, Les chevalets, les croix, la faim, le fer, le fou, Multiplièrent tant les soldats du vrai Dieu

Qu'un déluge de sang produit par le martyre Submergea pour toujours l'abominable Empire

De la louve romaine et ses horribles jeux.

Un jour la croix parut dans la splendeur des cieux : Un Constantin la vit; il en fit sa bannière;

Il vainquit; à genoux sur le tombeau de Pierre,

I comprit la grandeur de ce roc surhumain,

Trône établi par Dieu du pontife romain ;

Et César Constantin donna Rome à l'Église.

Or, l'antique cité par les martyrs conquise

Devait étre conquise encor par les bienfaits.

Déjà Pierre envoyait ses apôtres de paix, L'Évangile à la main, civiliser la terre,

Quand la terre trembla du bruit des chars de guerre. Les Barbares sur Rome, en noires légions,

Se ruaient pour venger les deuils des nations. Comme le raisin mûr qu'on foule dans la tonne Fut broyée à son tour la grande Babylone.

Mais Picrre ne meurt pas, Pierre gardait ce lieu. Lorsque furent passés tous les fléaux de Dicu,

J1 rebâtit les murs de la Ville éternelle.

Fille des papes rois, une Rome nouvelle

Dont les temples portaient la croix de Jésus-Christ, Rome chrétienne, enfin, surgit de ses débris.

Elle sut convertir les vainqueurs du vieux monde; tt de ces peuples neufs, sa doctrine féconde

Fit un peuple embrassant toute l'humanité,

La nation des saints, l'illustre Chrétienté.

Inutilité des efforts tentés pour ôter le pape de Rome

Rome est au Christ, ville lumière Au milieu du monde charnel.

Étant au Christ, elle est à Picrre Le patriarche universel.

Elle est à nous, la cité sainte, Tête auguste de notre corps

Et citadelle dont l'enceinte Renferme nos plus beaux trésors.

HT — Chrétiens! c'est notre capitale, Centre éternel de l'unité, Éducatrice sans rivale, Colonne de la vérité,

Du fond des noires catacombes Où descendent ses fondements, Au dôme où nichent les colombes, Aux hautes croix des monuments,

Elle est à nous, lu noble ville, Faite avec les corps précieux,

Avec le sang indélébile

Des grands martyrs, nos vrais aieux,

Sur ses tours veillent les saints anges , Les vicrges et les confesseurs ;

Ces mystérieuses phalanges

Écartent les envahisseurs.

Parfois, la céleste milice

Laisse passer quelque apostat,

Il croit pouvoir, l'enfer complice, Consommer ce lâche attentat :

Usurper Rome, enchainer Pierre, Assassiner l'antique droit,

Tenir l'Église dans sa serre; Ressusciter César! IL croit.

Mais tôt ou turd l'on voit la foudre Juillir d'une invisible main,

Et terrasser et mettre en poudre Ce roi d'un jour du sol romain.

Lisez, interrogez l'histoire.

Rome tombe aux mains des Lombards.

Pépin fond sur leur territoire

Et délivre les saints remparts.

Les Lombards ressaisissent Rome.

Charles parait, guerrier chrétien, Héros superbe, plus qu'un homme; Et Pierre rentre dans son bien.

Mais le sceptre de Charlemagne

De l'aigle, hélas! passe au vautour.

L'avide César d'Allemagne

Veut occuper Rome à son tour.

L'Église écrit son épopée. Normands, Venise, Italiens Prètent à Rome leur épée; Et ce fer tranche ses liens.

Plus près de nous, le Directoire Ose marcher sur ce volcan.

Le Nord combat, vi sa victoire Ramène Pierre au Vatican.

Arrive le César moderne.

— Je veux, disait Napoléon, Faire de Rome une caserne

Et mettre Pierre au Panthéon. —

Soudain, l'astre du capitaine

Se voile et tombe au sein des mers; César se meurt à Sainte-Hélène.

Rome ct Pierre ont brisé leurs fers.

Les poignards de la populace Chassent le pontife romain.

Le canon français prend la place Et rend les clefs au souverain.

Ag

Ainsi les promesses divines

È Rome, s'accomplissent sur toi, 1 Et de la Ville aux sept collines Le pape seul reste le roi.

| IV | | La Révolution, Lamoricicre, les Zouaves | à Les leçons du passé n'éclairent pas le monde. S * n de Hélas! nous l'avons vu, dans notre nuit profonde Le doute envahit tout. Les peuples et les rois î it Ë Rachetés pur le sang de Jésus sur la croix AL RTS

Retirent leur amour à son saint Évangile ; Ils le trouvent trop dur pour notre âme fragile; Et baptisé, l'on vit comme ne l'étant pas; Siècle d'apostasie, époque de Judas!

# Un savant athéisme aspire au Capitole.

Il veut substituer l'empire d'une idole, Lu Révolution, Moloch du temps nouveau, Au règne de l'Église, éteindre ce flambeau.

Mais Pierre est un obstacle; il fait luire son phare

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Sur l'univers troublé que le mensonge ellare; Il rappelle aux chrétiens les grandes vérités Hors desquelles mourraient toutes nos libertés Et toutes nos grandeurs avec toutes nos gloires, Inestimable prix de nos longues victoires.

Et l'athéisme dit : « Ce pape est importun!

» Puisque la sainte Église et Pierre ne font qu'un, » Prenons à ce vieux roi son antique couronne, » Descendons ce pontife en bas de sa colonne, » Otons-lui Rome, ôtons-lui toute dignité :

» L'Église périra, grand corps décapité, »

Or, l'ennemi de Dieu tronve mille complices.

De la honte ayant bu les plus épais calices, Un petit Barberousse apporte son appui.

Turin convoite Rome et veut l'avoir... pour lni. Les cours ferment les veux où poussent à ce crime, Sans voir dans l'avenir, que si la force opprime Le droit le plus ancien et le moins contesté, C'en est fait désormais de toute royauté, Où donc est Constantin? Où donc est Charlemagne? L'orage se prépare au pied de la montagne ; IL vole lourdement comme un oiseau de nuit; Des environs d'Ancône il s'approche sans bruit. Picrre est abandonné! Son ingrate Italie, Fille de ses douleurs, souffrira qu'on le lie. Trahison, lâcheté, bassesse, tristes jours!

Oh! cette fois, Scigneur, d'où viendra le secours ? Pierre voit le ciel noir et pressent la tourmente, Lors il fait déployer l'étendard de Lépante, Symbole du péril que court la Chrétienté Dans ses biens, son honneur, son chef, sa liberté, Un noble champion surgit : Lamoricière.… Preux chevalier du Christ, de l'Église et de Pierre, Breton, Français, chrétien pieux tout à la fois, Prédestiné vraiment pour défendre la croix.

Mahomet, qui sentit le poids de son épée, L'émeute dans Paris mortellement frappée, A Rome désignaient le plus ferme soutien De l'ordre légitime et du pouvoir chrétien.

Autour de ce héros, brave comme Henri-Quatre, Pour la plus sainte cause avide de combattre, Les soldats du Saint-Siège accourent se ranger, Leur nombre n'est pas grand autant que le danger; Qu'importe d'être dix, d'être cent, d'être mille, D'être seul à servir de refuge et d'asile Au vieil honneur chrétien trahi par le troupeau?

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Plus rare est le devoir, plus le devoir est beau.

Ces soldats sont venus des quatre vents du monde, Les uns passant les monts, les autres passant l'onde. Quelques-uns ont grandi dans les périls des camps; La plupart sont conscrits, les autres des enfants, Mais tous ils ont au cœur la flamme catholique. Lamoricière en fait de vrais lions d'Afrique.

Et Pierre, en regardant défiler ces vaillants,

Croit revoir Charlemagne avec ses guerriers francs.

A Castelfidardo, les zouaves sauvent le droit et l'honneur.

L'orage éclate enfin sur les marches d'Ancône. Galantuomo guettait les défenseurs du trône ,

Et ses soudards fameux, contre le droit des gens, Embusqués dans les bois risquaient un guet-apens, Cent contre un! Saint Humbert, voile ta noble face Pour ne pas voir du ciel le crime de ta race.

De Lorette où campaient ses petits bataillons, Lamoricière observe et scrute les vallons.

— Demain, Messieurs, dit-il, chaude sera l'affaire,

Il serait lâche à nous de compter l'adversaire. Sauvons d'abord le droit du Saint-Siège outragé

Et l'honneur du drapeau dans Ancône assiégé.

L'Église nous regarde, et songeons à notre âme. —- Il dit. Tous ses soldats que son exemple enflamme, Dans la sainte maison de la Mère de Dieu

Ayant de leurs péchés fait le sincère aveu,

Rompent le pain des forts sous les yeux de la Vierge. On tient mieux le fusil quand on tient bien un cicrge; eux qui pieusement, la veille des combats,

Se font une âme blanche ont moins peur du trépas. Tes combattants, à Christ, sont prêts pour la victoire, La victoire éternelle ou la terrestre gloire.

La nuit s'enfuit, le jour parait. Leur général

A ces impatients donne enfin le signal.

Zouaves en avant! Le clairon strident sonne,

On descend la colline, on franchit le Musone,

On pousse l'ennemi la carabine aux reins,

De fossés on fossés, de gradins en gradins;

On remonte la pente, on arrive aux Crocettes,

On enlève une ferme à coups de baïonnettes.

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Hymne aux zonave: morts | Gloire à l'Église universelle ! |

Gloire à ceux qui sont morts pour elle!

Ils vivent dans nos souvenirs.

L'oubli, qui suit tout ce qui tombe,

Ne passera pas sur leur tombe.

Gloire aux vaillants, gloire aux martyrs!

Morts pour l'Église et pour la France :

Le nombre, el non pas la vaillance, Coucha cette moisson du ciel.

Et tout chrétien qui les contemple, Pens son cœur comme dans un temple, Doit leur élever un autel,

Jurons de marcher sur leurs traces, D'égaler leurs saintes audaces, Comme eux de maintenir la croix:

Et fidèles à leur devise,

Jurons de défendre l'Église

Et de mourir comme autrefois.

Gloire à l'Église universelle!

Gloire à ceux qui sont morts pour elle!

Ils vivent dans nos souvenirs.

L'oubli, qui suit tout ce qui tombe,

Ne passera pas sur leur tombe,

Gloire aux vaillants, gloire aux martyrs!

H. Ansac.

Basse-Motte, 3 août 1885,

CA

SOCIÉTÉ DES ANCIENS ZOUAVES PONTIFICAUX ALOST (FLANDRE ORIENTALE), BELGIQUE Alost, 95 juillet 1885.

Monsieur LE GÉNÉRAL,

Nous ne pouvons manquer, à l'occasion du vingt-cinquième anniversaire de la formation du corps des zouaves, de vous exprimer de tout notre cœur (et avec nos remerciements pour l'invitation) toute notre gratitude et nos bons sentiments, avec le regret de ne pouvoir y assister per-

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sonnellement vu l'éloignement du lieu. Cependant, nous y assisterons en esprit et de toute notre âme, Nous sommes en même temps heureux de nous voir encore dans toute la force de la vie, et nous nous rappelons encore, toujours, notre chaleureux et bien-aimé lieutenant-colonel à Rome. Ah! que ne pouvons-nous retourner dans ce pays de rêves servir à présent non plus l'immortel Pie IX, mais Sa Sainteté Léon XII! Si jamais on a besoin de bras, nous, nous serons au premier rang. Si notre humble lettre vous parvient, M. le Général, le seul souvenir de la fête que nous vous demandons, c'est le journal qui en fera la publication, et si ce n'est abuser de votre bonté, un portrait album de celui pour lequel nous avons toujours eu tant d'amitié et de sympathie, notre cher colonel de Charette.

Espérant, M. le Général, que notre humble demande sera bien accueillie, recevez l'expression de vos anciens soldats el compagnons d'armes.

Pour la commission :

Le secrélaire, dE PAErE (Polydore),

Commandant des pompiers, à Alost (Belgique).

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