‹ Noces d'argent du rév. Mr. J. R. Ouellette [microforme]Chapitre 1 sur 3 · FEVRIER · texte numérisé non relu

FEVRIER

Habebitis hunc diem in monumentum Erode Ch, ÆIT, v, 14,

Le 16 de février a été un jour de grande réjouissarice au séminaire de St Hyacinthe, car on y fêtait le 25e anniversaire de prêtrise de M. le chanoïine J. R. Ouellette, (1) membre de cette maison d'éducation depuis plus de vingt añnées. On y voyait réunis l'Evêque du diocèse, Mgr Moreau, PArchevêque de St Boniface, Mgr Taché, un nombreux clergé (2) et

(1) Né & Sandwich, Ont. le 26 Décembre 1830, Mr: Ouellétte fit son cours d'étude au Séminaire de St Fyneïnthe, fut envoyé ensuîte par Mgr dé Éharbonnel au Séminaire dé St Sulpice à Paris, où if fut ordonné prétré le 20 Déceinbre 1866: IF revint alors au anadü fat Vicaire à Ste Marie, Toronto, du Rév:. Jobn Walsh, atjourdRoi 6v-que de Londoë: 1} fut ensuite Vicaire, puis Recteur à la Cathédrale de St Michel, de li même villé: Eh 1469, il revint aù Séminaire de % Hyacinthe, qu'il n’a

“plus quitté. si (2) Uté cinquantaine dé prétrés #6 trouvaient à cétte réunion. Un bon normbte d'autres, empéchiés dé: se rendre à cetté fêté, s/6aient excusés déns dés lettres qui prouvafent bien leur présence dé cétr, dt

plusieurs laïques, amis de collège de celui dont on célébrait les noces d’argent. (3)

Tous étaient accourus au séminaire avec empressement,afin de témoigner leur profonde sympathie à celui qui était l'objet de cette démonstration.

On était heureux d'exprimer à ce prêtre remarquable par ses talents et son érudition combien on savait apprécier le dévouement dont il a toujours fait preuve envers la jeunesse

Mgr Joseph Larocque avait promis et s'était bien promis de se rendre au Collége pour la fête ; mais, au dernier moment, vû le mauvais état des chemins, Sa Grandeur dût renoncer à ‘ ce plaisir, et son bon cœur voulut bien, dans

une charmante lettre, envoyer des excuses et ses meilleurs souhaits.

(3) Le jour des Noces d'Argent du Rév. M.

Ouellette tombait le 20 Décembre dernier. La fête devait être à cette date ; mais, le 20 Déc. au lieu d’être un jour de joie, fut un jour de tristesse et de douleur pour lui, Ce jour là même, loin de St Hyacinthe, il priait à Sand-

wich près des restes d’un père vénéré, décédé à

77 ans, âge que, par une singulière r”incidence,

il atteindra lui-même, au jour où, us l’espérons, nous célébrerons ses Noces d'Ur,

qu’il est chargé d’instruire ; que ses efforts pour inculquer à ses élèves les grands principes de la philosophie chrétienne n'avaient pas été stériles ; que ses longues heures consacrées au travail avaient été fructueuses, et que sa réputation de prêtre savant et pieux s’étendait au delà des murs de l'institution à qui il a consacré son cœur et sa vie,

La veille de la fête, M. Ouellette avait été l’objet d’une démonstration touchante de la part de ses élèves de la classe de philosophie. Guidés par la reconnaissance comme par la haute estime qu’ils ont pour leur professeur, ils lui avaient fait présent d’un calice en vermeil,(4) pensant,avec raison,que c'était bien là un cadeau de circonstance. La beauté du calice témoignait de leur générosité et nous a donné à croire qu'une bonne partie

RE ME SAP ARE er ME

(4) Sur le pied du Calicc se lisait l’inscription suivante: In memoriam XXV Annorum Sacerdotii : Rdo. Do. R. J. Ouellette, philosophiam docenti, sui detlerunt Alumni.

de leurs économies avait du y passer.

Leur cadeau était accompagné de la charmante adresse qui suit :

Bien aimé professeur,

Vingt cinq années se sont écoulées depuis le moment solennel, où fut allumé dans votre cœur, le feu divin de l’apostolat, où la sublime mission de l’enseignement vous fut imposée par ces paroles : Docete omnes gentes.

Et si les fonctions délicates qui vous ont été confiées affirment que vous répondez avec zèle à ce double devoir de prêtre et de professeur, vos titres disent hautement tous les succès dont ce zèle a été couronné.

Ces vertus, ces titres de gloire, nous aimons à les reconnaître en vous; ils nous réjouissent comme les honneurs prodigués à celui qu'ils appellent du doux nom de père réjouissent les enfants bien-nés.

Nous désirions depuis longtemps vous rendre ce témoignage et y ajouter celui de notre gratitude ; fl nous avons retardé jusqu'à ce jour, c'était pour partager Îles joies, accroître le bonheur qu’il vous apporte par ses souvenirs si délicieux et si saints.

Mais, comme le fils ne peut entrer dans l’allégresse du père, s’il n'obtient d’abord

le pardon de ses fautes, nous eommencerons par désavouer les ennuis que nous vous avons causés.

Sans doute, nous brûlons d’une bien vive reconnaissance pour vos tendres sollicitudes, toutefois, notre légèreté a dû étouffer les appels du devoir et vous attrister par les imperfections qu'elle traîne à sa suite.

âtez-vous, bien aimé professeur, dé jeter sur ces fautes le voile de l’oubli, de peur qu'elles ne ternissent pour nous l'éclat de cette belle fête ! Conservez plutôt la mémoire des remerciments que nous vous exprimôns aujourd’hui, en termes trop faibles, il est vrai, mais d’un autre coté, bien sincères. Je dis sincères, car je sens tout le prix des bienfaits dont nous devons vous remercier maintenant et toujours.

Dans la solitude des bois, je me livrais, un soir d'été, aux pensées profondes que favorisent le silence et l'aspect sauvage de la nature. ,

Je me rappelais les heures sereines que nous coulons dans cette Alma Mater, l’abnégation et la générosité de ceux qui un dévouent à l’éducation de la jeunesse. Et il me semble entendre une voix douce, 80lennelle : |

‘0 vous, disait:elle, vous qui avez

“ éprouvé l’ardeur de mon dévouement, “€ vous qui avez reçu les fruits de mon tra- “ vail, soyez dévoués à l’église et à la pa- ‘trie, ces deux mères que je vous ai appris ‘ à chérir et à vénérer.”

C'était sans doute la voix de nos maîtres.

Ces paroles frappèrent mon esprit et par la méditation, je compris bientôt ce qu'est l’œuvre du professeur, je compris qu'elle est la source des plus intimes jouissances de l’homme, qu’elle est le flambeau dont la lumière nous accompagne et nous guide à travers les vicissitudes du siècle, qu’elle est la sauvegarde de la société, l’auxiliatrice de la religion !

J'étais seul, loin de ces murs bénis, loin de mes maîtres ; j'élevai vers les cieux mon cœur débordant de reconnaissance ! Ces prières, ces réflexions, ces accents du passé se répètent en ce moment pour chacun de nous et nous font une douce obligation de vous dire notre gratitude.

Oui ; que d’autres louent vos talents, vos succès, vos grandes œuvres, nous en sommes fiers à bon droit; mais nous, nous aimons mieux voir le professeur, et dans le professeur, cette tendresse et cette fermeté qui nous attirent et nous retiennent dans l'amour du bien, du vrai et du beau, Ah! que nous

serions heureux de traduire en style énergique ces sentiments qui se pressent avec force dans notre âme ; mais puisque leur grandeur nous empêche de le faire au gré de nos désirs, il nous est permis au moins de les rendre par ce cri fidèle: ‘A vous, bon père, reconnaissance, affection !”

Daïignez aussi recevoir ce calice où les fleurs d'argent se dessinent sur un fond d’or, comme pour vous annoncer que ces noces d'argent ne sout que le préluds d’une fête dont vos noces d’or seront l’heureux couronnement,

Puissent ce souhait et ces témoignages se mêler agréablement aux jouissances d’un si beau jour; puissent nos prières vous ménager les faveurs célestes ! puisse enfin le calice que nous vous offrons en implorant un souvenir durant la Ste Messe, être accepté comme un gase agréable de la gratitude des élèves de Philosophie 1881-82.

L'émotion bien visible avec laquelle : M. Ouellette répondit à cette touchante adresse ne surprendra pas ceux qui l'ont eu pour professeur et qui se rappel:eront, sans doute avec bonheur, la grande affection qu’il a toujours

manifestée à ses élèves, et l'intérêt bien vif qu'il a toujours pris à leur avancement; car pour lui, l’élève n’est pas seulement un enfant qu'il aime au Collége et qu'il entoure de soins, mais aussi, un ami dont il suit les pas même par delà l'enceinte de la classe, dont il apprend les succès avec plaisir et que, toujours, il aime à encourager de ses conseils.

M. Ouellette s'’exprima en ces termes :

Mes chers élèves, mes chers amis,

J'accepte avec bonhcur cette manifestation de vos sentiments à l'égard de votre professeur. Je voudrais pouvoir vous exprimer ce qu+ je ressentais pendant la lecture de cette adresse qui fait honneur également à votre esprit et à votre cœur.

Sans doute, les expressions en sont exagérées sous quelques rapports. Toute votre éloquence ne réussira pas à me persuader que je suis ce que vous dites, je sens trop bien le contraire, Mais vous appréciez avec votre cœur et vous voyez grand,beau, comme votre cœur, d'après cette loi que l'objet ‘‘vû est reçu selon la manière d’être

du voyant.” Cela fait votre éloge, mes chers amis ; mais j'y trouve pour moi un riche sujet de méditation sur mes devoirs.

Je tâcherai de faire mon profit des psroles émues par lesquel.es vous me peignez votre reconnaissance et je m'efforcerai de les mériter à l'avenir.

Je n’ai rien à pardonner ; je n'ai que du bonheur avee vous. Le chemin qui mène à la science est quelquefois Dénible; votre bonne volonté me rend doux les efforts que je fais pour l’aplanir ; et l’affectueux respect dont vous entourez votre professeur lui permet de dire en un certain sens : wbi amatur non laboratur. |

De mon côté, mes chers amis, j'affirme que l'affection très grande que j'ai pour vous me fait pleinement voir la vérité de cette maxime d’un illustre Docteur : qu’il n’y a point de travail quand on aime.

J'aime beaucoup mes élèves et j'attribue à cette affection les petits succès que je puis avoir dans l’enseignement. Assurément, l'homme ne fait que semer et c'est Dieu qui donne l'accroissement. Mais on sème plus heureusement quand on est attaché au sol qui s'ouvre sous notre charrue, et aux sillons qui reçoivent la semence u'on y jette.

Soyez certains d’une chose ; c’est que:

tout ce que votre professeur vous dit en classe, encouragements, gronderies, approbations, blâme, paroles douces ou sévères, tout vient de son amour pour vous et de son grand désir de vous être utile. Je me suis flatté de la pensée que vous en jugez ainsi, en écoutant ce soir les paroles affectueuses auxquelles je n'ai trouvé à redire que l’exagération dont je viens de vous expliquer la cause.

Permettez-moi de vous faire ici un petit bout de confession : an open confession is good for the soul. Je me rappelle qu'il y a quelques trente ans, un prélat cu’on appelait alors le plus jeune évêque du monde nous disait, dans la salle du vieux collége : ‘Ah ! messieurs, si jeunesse savait et si vieillesse pouvait.” (hez ce héros des plus pénibles missions du monde, ce vieux proverbe n'était sans doute que l'expression de l'humilité vraie, cette large base des grandes vertus qui avaient fait de lui l’apôtre infatigable des régions hyperboréennes. Nous savions déjà, [:ar en ce temps-là comme aujourd’hui encore, .

sans doute, les élèves de St Hyacinthe étaient fiers des exploits de leurs anciens | nous savions, dis-je, que cet autre Alexun-

dre (5) ne s'était arrêté que là où le sol de notre globe avait ranqué sous ses pas :

Nobis ubi defuit orbis.

Quant à moi, chers amis, ce proverbe me convient parfaitement et je me le rappelle avec une certaine émotion chaque fois que je me trouve, à l’âge de cinquante ans, en face des problèmes philosophiques qui ne devraient plus avoir de mystères

ur moi,si j'avais utilisé les jeunes années es ardentes années, alors que l'œil est si vif, la mémoire plus tenace, toutes les fa-

cultés plus vivantes... Je vous serais plus utile... j'aurais fait plus de bien !

Ïl est bien tard... Mais je veux

réparer ce passé en vous disant : ne suivez.

pas cet exemple. Vous arrivez dans un temps qui vous forcera prôbablement à, vous mesurer avec les plus redoutables problèmes de la science et de la vie. Soyez forts. T'ravaillez ; voilà le remerciément que je vous adresse, Vous avez üne longue course à fournir sur un chemin difficile: rappelez-vous ce que Git le poète :

Qui studet optatam cursu contingere metam Multa tulit fecitque puer, sudavit et alsit.)

J'espère de vous, entre autres choses, (5) Nom l’Archevéque de St Boniface,

u'il sortira de vos rangs des professeurs 4 philosophie pour prenére la place des vieux qui s'en vont sans avoir pu devenir los dignes interprètes du Docteur Angéli que. Mais pour en arriver là, mes chers amis, il faut être fidèles au précepte d'Horace, en substituant Tomistica à Grœca exemplaria :

Nocturnâ versate manu, versate diurnâ,

Je reçois avec reconnaissance et avec une vive émotion Ce Calice,offrande de votre affectueuse générosité et de votre foi catholique. Vous savez que le calice est l’objet le plus cher au cœur du prêtre et vous ne pouviez mieux exprimer les sentiments qui conviennent à ce jour. Je prendrai donc dans mes mains indignes ce calice du salut et quand, demain et les jours où je monterai au saint autel, j’offrirai l’auguste sacrifice, j'y déposerai vos noms, votre souvenir, afin que Dieu vous rende de plus en plus capables de le servir par les travaux d’une vie pure, honorable, dévouée, digne, en un mot, de véritables disciples de l’Ange de l'Ecole,

Le lendemain matin M.Ouellette dit la messe de communauté avec le nou-

veau calice. Dans lesstalles du chœur on remarq'iait plusieurs prêtres de ses amis et anciens élèves, Il y eut chant et musique, et l’on chanta les deux cantiques suivants composés pour la circonstance : |

Le Calice des Noces d’Argent,

Jésus, souviens-toi de l’aurore

Où se vouait à ton autel,

Un prêtie qui revient encore

T'offrir un amour éternel,

Vingt cinq anx de cette existence, L'ont trouvé fidèle à jamais ;

O mon Dieu ! sois sa récompense, | bi Inonde-le de tes bienfaits. es

IT

Il a travaillé pour ta gloire,

Il a semé dans bien des cœurs,

Des paroles dont la mémoire

Fait naître de saintes ardeurs.

Jésus ! O toi, dont le calice

À pour lui des charmes secrets, Chaque jour, au Saint Sacrifice, bis Inonde-le de tes bienfaits. 7

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