Noces d'or, 1834-1884, de la Saint-Jean-Baptiste
En dépit dî l'axiome qui dit que les peuples heureux n'ont pas d'histoire, les annales d'une nation heureuse ou non, ne se composent pas seulement de feuillets ensanglantés : on y voit aussi resplendir des pages qui, pour n'être pas noircies par la poudre des combats, n'en portent pas moins le cachet des grandes choses.
L'année 1884 marquera pour nous l'une de ces pages aussi brillantes que pacifiques ; et ce livre, au frontispice duquel je suis invité à tracer quelques lignes de préface, est destiné à perpétuer le souvenir de cette date mémorable pour nous.
Que s'y est-il donc passé? Quel est ce fait important qui mérite les honneurs d'être consigné dans un volume spécial, non-seulement pour arriver plus sûrement sous les yeux de ceux que son contenu peut intéresser de nos jours, mais encore pour servir d'enseignement à ceux qui nous suivront.
Ce fait est bien simple en lui-même, et ne prend les proportions d'un événement que grâce aux circonstances qui y ont donné lieu. Ce fait n'est autre que la célébration d'une fête nationale, et comme tel il n'a absolument rien que de très ordinaire ; mais, comme étape historique, il est immense. . Qu'on me permette, en peu de mots, de développer ma pensée.
Quand le sort des armes et l'abâtardissement d'une monarchie gangrenée eurent livré nos pères au pouvoir d'un puissant ennemi ayant les plus grands intérêts à nous annihiler comme peuple, la France nous crut si fatalement condamnés à l'extinction ou, tout au moins, à l'absorption,