‹ Noces d'or de la Saint-Jean-Baptiste, 1884, discours [microforme]Chapitre 7 sur 7 · ET NE TT TS TT TT · texte numérisé non relu

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dans Ontario, est une avant-garde, un éclaireur de la grande armée d'invasion dont M. Rameau nous a prédit la victoire pour le siècle qui suivra. L'Anglo-Saxon émigre aux Etats-Unis pour aller s'inféoder aux institutions républicaines ; il ne revient pas. Le Canadien-français qui émigre n’a pas de plus grande ambition là-bas que de fonder une petite colonie française pour se protéger, s’aïder, se souvenir. Il revient aux jours de fête de famille; il reviendrait aux jours de danger de la patrie. Il reste là-bas ce qu'il est ici, français et catholique. Le travailleur canadien a joué son rôle dans la république voisine ; il a imprimé le cachet de son intelligence et de sa force aux grands. travaux de l’état ; semblable en cela aux fortes corporations ouvrières du moyen-àge, qui couvrirent le sol de l’Europe de ces monuments gigantesques qui ont servi de jalons à la marche de la civilisation des arts et de la foi dans l'Occident.

Plus loin que la ligne 45ème, plus loin que la. plus éloignée des colonies canadiennes en Amérique, sur la rive opposée de l'Atlantique, se trouve un beau pays que nous n'avons pas oublié aujourd’hui.

Dans le déploiement fastueux de votre procession, qui de vous n’a pas admiré la grande cavalcade qui nous rappelle un des plus beaux souvenirs historiques de la France? Dans la recherche de nos gloires passées, dans l'épanouissement de nos joies nationales, la France occupera toujours une place

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royale dans nos affections. Son histoire n'est-elle pas la nôtre, jusqu'au jour où nous avons commencé l'histoire pour notre propre compte? La France! nous y sommes attachés encore par tant de liens, que rien ne peut altérer le sentiment qui nous fait partager ses joies et ses douleurs et vivre de sa vie. Nous ne pouvons, lorsque nous voulons caresser des rêves ambitieux, nous empêcher de penser que notre vocation en Amérique est un peu celle de la France en Europe.

“Quand Dieu frappe un grand coup, C’est par la main des Francs,” La France, elle, traverse en ce moment une crise terrible, ‘ Ce siècle, dont l’écume entraîne dans sa course Les mœurs, les rois, les dieux !...... 7

Ce siècle verra-t-il l'effondrement de cette nation privilégiée, que Dieu avait bénie parce qu'elle s'était donnée pour mission de christianiser l’univers en le civilisant? Elle avait porté la croix jusqu'aux extrémités du monde, voulant récompenser le Christ d’avoir donné la liberté au monde comme un des fruits de l'arbre sacré du Golgotha. Et maintenant, c'est au nom de cette liberté qu'elle chasse le crucifix de ses tribunaux, de ses écoles, de ses hôpitaux, ces temples sacrés de la charité, de la vérité, de la justice. Quelle sanglante ironie! Mais attendez; l’école impie, qui insulte ainsi l’humanité, n'aura qu'un triomphe d'un jour; jamais elle ne réussira à déchristianiser la France! Ecou-

PS À tez la protestation calme de la conscience publique qui parle pour la famille, pour la société outragées : “ Vous avez réclamé la liberté de penser, vous avez demandé la liberté de la presse, vous avez voulu la liberté de l'association, la liberté des réunions. Vous avez risqué le salut de la France pour obtenir ces libertés. Eh bien! au nom de cette liberté, nous vous demandons le privilège d’instruire nos enfants, de soigner nos malades, de nourrir nos pauvres, de prier pour vous, pour la France!” Tôt ou tard, cette noble protestation sera entendue, sera exaucée, N'’allez pas croire que la foi est morte en France. La croix reste dans les temples plus vénérée qu'auparavant : elle à plus d’empire que jamais sur les consciences; elle à repris dans le sanctuaire de la famille tout le prestige qu'on a cru lui faire perdre dans la société officielle. Non, c’est plus fort que la philosophie, plus fort que la Révolution; la France baptisée par Clovis, confirmée par Charlemagne, sanctifiée par Saint-Louis, la France est et restera très-chrétienne. Le langage, cette incarnation sublime de la pensée, comme le Verbe est l'incarnation éternelle de l'idée divine, le langage, plus fort que les décrets passagers d’une législation perverse, le langage a conservé la Croix comme le nom symbolique de ce qui est grand, généreux, honorable, La France guerrière, la France héroïque, la France religieuse dit le fond de sa pensée quand elle emploie ce symbole divin comme la récompense, le couronnement des glorieuses carrières ; aussi, malgré ses gouver-

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nements libre-penseurs, elle n'a pas changé, elle ne changera pas le nom glorieux de la Croix de la Légion d'honneur. Elle a pu avoir le triste courage de renier le Christ dans son enseignement; elle n'aura pas la force d’arracher la croix de la poitrine de ses savants et de ses braves, de ceux qui ont passé dans la vie ou dans la mort en faisant le bien. Croix glorieuse qu'ont embrassée avec un égal amour les rudes soldats du premier Empire, les fils des Vendéens et les défenseurs du Saint-Siége! Croix glorieuse qui a décoré la poitrine des princes, des prélats, des rois comme un symbole d'honneur, de gloire et de foi! Croix glorieuse, dont je m'honore comme je m’honore de la décoration pontificale qui brille à côté d’elle sur ma poitrine. Foi! Honneur ! c'est-à-dire Catholique et Français, les deux noms de baptème de tout vrai Canadien !

Voilà, messieurs, les pages d’éloquence canadienne que j'ai lues dans le déploiement de notre fête et que je vous ai répétées dans leur émouvante simplicité. Joyeux chant de gloire, salutaire enseignement, leçon sublime que le passé nous donne pour nous guider dans l’œuvre de l'avenir! Foi, travail, courage, union. Voilà l’idée qui a présidé à la fondation de la société Saint-Jean-Baptiste, voilà le parfum qui se dégage de la grande manifestation d'aujourd'hui, voilà la pensée féconde qui restera du “jour que nous célébrons.”

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