‹ Noces d'or de la Saint-Jean-Baptiste [microforme]Chapitre 18 sur 98 · SECTION ST-CHARLES · texte numérisé non relu

SECTION ST-CHARLES

La section St-Charles, précédée de sa bannière, de ses drapeaux et de son corps de musique, suivait la section Hochelaga. La paroisse St-Charles est toute jeune, car elle ne compte encore aue quelques mois d'existence. Elle est un démembrement de la paroisse St: Gabriel, qui comprenait toute la Pointe-St-Charles, avec une population de 5,000 âmes. Elle touche aux limites de Montréal.

Malgré ses ressources limitées, et les dépenses toujours nécessaires dans une nouvelle paroisse, la paroisse St-Charles n’était pas celle qui brillait le moins dans la procession. Nos compatriotes y ont fait des prodiges, et, au moyen de concerts, de râfies, d'élections, on en était arrivé à se mettre sur un pied d'égalité avec les autres sections.

Le char de la section St-Charles suivait immédiatement son corps de musique. Ce char représentait la Grande Hermine, celui des trois navires composant l'expédition envoyée par François Ier à la découverte du Canada. Jacques-Cartier était représenté par M. Frigon, qui avait été élu quelques. semaines auparavant pour occuper ce poste, et c’est sous son

commandement et celui de ses officiers, que les matelots firent “Ja manœuvre, dans les mâts et sut le pont.

Le drapeau fleurdelisé flottait au grand mât, auquel deux voiles étaient carguées; une voile était déployée au mât -d'artimon ; l'ancre était suspendue à l'extrémité du beaupré. Des drapeaux aux couleurs nationales flottaient au mât d’artimon et sur une tourelle construite à l'arrière, selon le système du temps. Le nom de la Grande Hermine était inscrit à l'avant du navire, lequel était peint aux couleurs françaises du temps, c’est-à-dire, vert, noir et blanc. La base de la tourelle à l'arrière du char et celle de la vigie étaient ornées d’écussons variés. Les costumes de Jacques-Cartier et de son équipage étaient exactement semblables aux costumes portés par les marins de tous grades en 1535. Enfin le char était tiré par six chevaux.

Jacques-Cartier, «près avoir reçu sa commission du roi François I, scène que reproduisait le char de la section Hochelaga, et après avoir assisté à la messe avec son équipage et reçu la sainte communion, dans la cathédrale de St-Malo, ouvrit ses voiles à un vent favorable dans le mois de mai 1535. Cartier avait arboré, comme capitaine général, son pavillon sur la Grande Hermine, navire de cent à cent vingt tonneaux ; les deux autres bâtiments, beaucoup plus petits, étaient commandés par les capitaines Marc Jalobert et Guillaume Le Breton. La traversée fut excessivement longue; on eut à -subir des coups de vent d’orage, qui dispersèrent les trois navires au loin. Cartier lui-même n’atteignit qu’au mois de juillet la Baie des Chaleurs, située dans une île qui se trouve entre Terreneuve et le Labrador, et qu’il avait donnée pour rendez-vous à sa petite flotte; les deux autres navires ne s’y rallière, t qu’au bout de plusieurs jours. Après quelque temps -de repos ‘onné à ceux-ci, Cartier se remit en route et cingla d'abord dans différentes directions. Il vit une multitude

d'îles, et, après avoir été obligé par les vents contraires de chercher un refuge dans un port qu’il nomma St-Thomas, il remit à la voile et entra, le jour de la St-Laurent, le 10 août, dans une baie, peut-être l'embouchure de la rivière St-Jean, à . laquelle il donna le nom du saint dont on faisait la fête, nom qui s’étendit au fleuve lui-même et au golfe par lequel il se jette dans la mer. Sous la conduite de deux Sauvages, il entra enfin dans ce beau fleuve St-Laurent, et le remonta plus -de deux cents lieues à partir de l'océan. Il s'arrêta au pied d’une île agréablement située, nommée depuis l’île d'Orléans:

Cartier fit mettre les deux Sauvages à terre pour s’aboucher avec les naturels, qui d’abord prirent la fuite, mais qui revinrent et environnèrent bientôt les navires de leurs nombreux canots d'écorce. Îls offrirent aux Fran ais du poisson, du maïs et des fruits. Cartier les reçut avec politesse et leur fit distribuer des présents. Le lendemain, l’ Agouhanné, c’est-àdire le chef de Stadaconé ( Québec} vint le visiter: il était suivi de douze canots remplis d’indigênes. L’entrevue fut des plus amicales, et les Français et les Sauvages se séparèrent très contents les uns des autres.

La flotte de Cartier hiverna cette année-là dans la rivière St-Charles, et la Grande Hermine ne remonta jamais le fleuve plus haut que Québec.

Telle est en quelques mots l’histoire du premier navire qui vint du pays de nos pères, sillonner les eaux de notre grand fleuve. Quel changement depuis ces 350 années :

—‘ S'il était permis à Cartier, comme le dit Garneau, de sortir aujourd’hui du tombeau pour contempler le vaste pays qu'il a livré, couvert de forêts séculaires et de hordes barbares à la civilisation européenne, quel plus noble spectacle exciterait dans son cœur l’orgueuil d’un fondateur d'empire, le sublime orgueuil de ces hommes privilégiés dont lé nom grandit chaque jour avec les conséquences de leurs actions

immortelles ! Il verrait dans Québec l’une des plus belles villes de l’Amérique, et dans le Canada un pays auquel l’avenir ne peut réserver que de hautes destinées ! ”

La Grande Hermine était suivie dans la procession par les sociétés suivantes :

Société St-Jean-Baptiste de Millbury, Etat du Massachusetts,. avec bannière et drapeaux.

Société St-Jean-Baptiste d’Indian Orchard, Etat du Massachusetts, avec musique, bannière et drapeaux.

Société St-Jean-Baptiste de Pittsfield, Etat du Massachusetts, avec bannière et drapeaux.

Société St-Jean-Baptiste de Nasbua, Etat du New-Hampshire, avec bannière et drapeaux.

Union St-Joseph de Lewiston, Etat du Maine, avec musique, : bannière et drapeaux. :

Institut Jacques-Cartier de Lewiston, Etat du Maine, avec bannière et drapeaux.

Société St-Jean-Baptiste de Biddeford, Etat du Maine, avec bannière et drapeaux.

La marche de cette section était fermée par le président, M. A. Leblanc ; le Rév. Messire Rouleau, chapelain ; MM. G. Lépine, premier vice-président ; H. Banque, 2ème vice. président ; J. O. A. Chartier, secrétaire ; et R. Guertin, trésorier.

Le commissaire-ordonnateur était M. C. Parent.

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