‹ Noces d'or de la Saint-Jean-Baptiste [microforme]Chapitre 25 sur 98 · CHAR INDUSTRIEL · texte numérisé non relu

CHAR INDUSTRIEL

Quel beau char ! s’écriaient les spectateurs tout le long du: parcours de la procession, et tous d’applaudir en le voyant passer.

Long de dix-sept pieds et large de neuf, il s'élevait à une hauteur de vingt-un pieds. La base était ornementée d’un im: mense drapeau tricolore, sur lequel on voyait des draperies, couronnes, franges, glands dorés, fleurs aux couleurs variées.

A chaque coin du char, au-dessus de la plateforme, s’élévait une colonne tournée, avec chapiteaux sculptés, et surmontée d'une flèche dorée, au bout de laquelle flottait une oriflamme de soie galonnée d’or avec glands du même métal ; ces colonnes servaient d’appuis à la couverture.

Cette couverture, aux angles cintrés, (on en comptait douze.) était en forme de dais autour duquel était suspendue une frange des plus longues et des plus riches, brillante par l’éclat de ses couleurs voyantes ; le tout était surmonté d'une ruche : emblème de toutes les industries, au bas de laquelle:

on voyait une couronne des plus brillantes, qui lui donnait une forme des plus gracieuses et des plus artistiques ; huit oriflammes sur lesquelles on lisait: 50-1834-1884, Religion et Patrie, Notre langue ; Nos lois; Nos mœurs; complétaient ce dais déjà si élégant.

Revenons sur le plancher de ce char; tout autour. entre chaque colonne, une balustrade en fer doré et argenté reposait sur un tapis riche et mœælleux. Au centre, s'élevait une estrade en forme diagonale ressemblant par la richesse de son fini, ses velours éclatants, etc, aux fauteuils les plus riches et les plus admirés de nos meilleurs salons.

Au-dessus de cette estrade, une dame en riche toilette, quenouille et fusear en mains, et représentent l'industrie et le commerce, était gracieusement assise sur un inagnifique fauteuil ; au-dessus de sa tête, était suspendue une large couronne en plumes d’autruche aux couleurs françaises,

Cette couronne reliait au centre du char, les magnifiques tentures, couleur bleu ciel et parsemées d’étoiles d’or, qui servaient de plafond au dais ci-haut mentionné ; à chaque angle du plafond, descendaient de riches rideaux. reliés à chaque colonne par des glands de la plus exquise richesse.

Autour de cette estrade, assis sur de riches fauteuils, les messieurs suivants représentaient les industries diverses :

M. J. A. Plinguet, le papier et l'imprimerie ; M. Octave Bourgouin, la pierre et la brique ; M. Stan. Drapeau, le fer et le plornb ; M. Isidore Bonin, l’ébénisterie et le bois en général ; M. Napoléon Blondin, le cuir; M. Olivier Cauchon, la peinture.

Il serait inutile de vouloir énumérer tout ce que l’habile constructeur de ce char, qui a su déployer un goût exquis et artistique dans la combinaison des draperies, soieries, oriflammes, couronnes de fleurs et de verdure, rideaux, feuilles d’érable moulures et cables tricolores, etc. etc. Il suffit de dire

que ce char était d'une richesse grandiose ; d’une forme des plus élégantes, d’un goût admirable dans la combinaison et le fini; ce char était le plus beau, le plus riche, le plus élégant qui ait jamais paradé dans les rues de cette ville, même dans aucune ville de l'Amérique.

Nous n'avons pas encore dit un mot des ouvrages admirables que chaque représentant ci-haut nommés avait placés à ses cotés, On y voyait une magnifique presse, les meubles les plus somptueux, les plus belles peintures, des pierres et des briques sculptées avec art, le fer et l'acier brillants comme l'or et l'argent, les peaux et les chaussures les plus fines. Le tout était d’un prix très élevé.

Ce char a été construit sous la direction de M. Alphonse Thomas, secrétaire de cette section. Ce monsieur, tout en conservant le plan fourni par notre distingué et habile artiste, M. L. P. Hébert, a voulu y mettre tout ce qui pouvait ajouter à la beauté et à l’élégance pour faire honneur, non seulement à la section, mais aussi à l’ouvrier canadien-français qui ne le cède en rien aux autres nationalités.

La valeur de ce char, non compris les ouvrages placés à côté de chaque représentant, était d’au-delà de deux milles dollars. Cependant, il n’a pas couté ce montant à la section, grâce à la générosité des sections suivantes qui ont tenu à honneur d’escorter ce char durant la procession.

La section des peintres, sous l’habile direction de MM. Lavoie et Beaulieu, ont fait gratuitement la peinture et la dorure.

La section du fer, MM. Day et Deblois, Drapeau et Savignac, Geo. Chapleau, Tous. Crevier, S. Delorme, Drapeau et Champagne et autres ont donné la balustrade, les castors, la couvrines, les feuilles d'érable, etc.

La section des meubliers, MM. A. Bélanger, Labelle, Bonin et Cie., ont donné le velours de l’estrade et ont prété les fau-

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teuils. MM. O. Allaire et Latreille, meubliers, ont posé la couverture et tous les ornements gratuitement.

MM. Jos. Paquette et J. B. Mantha et Cie, ont donné les ‘moulures.

M. J. H. Leblanc a fait et prété la riche couronne de plumes d’autruche.

MM. Dupuis et Frères ont prêté les riches étoffes, franges et glands qui ornaient la base.

M. Louis Carrière a, avec l'intelligence et la cpacité qu’on lui connait, construit le char au prix coutant de la journée. En resumé la section St-Jacques a droit de se féliciter du succès qu’elle a obtenu, succès dû en grande partie au bienveillant concours de l’ouvrier qui sait toujours si bien faire les choses lorsqu'il s’agit de zèle et de patriotisme.

Immédiatement après le char de l'Industrie venait la section des Typographes, forte de 150 membres, et précédée de sa riche bannière confectionnée expressement pour l'occasion, et sortant des ateliers de M. Beullac. Cette bannière est de moire antique blanche, richement ornée de velours et or. D'un côté est St-Jean-Baptiste avec cette inscription ‘‘ Typographes Canadiens-français, Montréal ” ; de l’autre tntouré d'une guirlande de feuilles d'érable, se voit l’emblême de l'imprimerie, c'est-à-dire un médaillon représentant la presse éclairant le globe terrestre ; le tout est surmonté d'un drapeau tricolore. Le dessin de ce médaillon est magnifique, et il fait grand honneur à l’artiste qui l’a exécuté. Au-dessus du médaillon se voit une presse primitive, tout en or, ce qui produit un effet magnifique sur la moire antique blanche.

Nombre de Typographes étrangers s'étaient joints à leurs -confrères de Montréal. Il en était venu de partout.

La marche de la section des Typographes était fermée par 4e président, M. Adélard Gravel, jeune homme intelligent et

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énergique, qui a fait beaucoup pour sa section, et MM. A. Filiatrault, vice-président ; Théophile Godin, trésorier, et L. N. Parent, secrétaire. Le commissaire-ordonnateur était iv. A. Carmel.

Les sociétés suivantes suivaient la section des typographes :

La fanfare de Lewistown, Etat du Maine, sous la direction. du Dr. L. J. Martel.

Section des Meubliers,

Section des Tailleurs de pierre.

Section des Briquetiers.

Section des Cordonniers.

Section des Ferblantiers-Plombiers.

Section des Forgerons.

Section des Peintres.

Société St-Jean-Baptiste de la paroisse de St-Laurent, avec: bannière et drapeaux. |

Congrégation des jeunes gens, avec drapeaux.

Officiers de la Croix et membres de la Tempérance.

Fanfare de la ville de Sherbrooke.

Société St-Jean-Baptiste de Sherbrooke.

Les Paroissiens de St-Jacques.

Société St-Jean-Baptiste de St-Césaire.

Délégation de la Société St-Jean-Baptiste de Joliette.

Délégation de la Société St-Jean-Baptiste de St-Sauveur.

Délégation de la Société St-Jean-Baptiste de Concordia.

Délégation de la Société St-Jean-Baptiste de Swanton.

Délégation de la Société St-Jean-Baptiste de West Boylston.

Fanfare de Ste-Anne d'Ottawa.

Société St-Jean-Baptiste d'Ottawa, Benjamin Sulte, président.

Délégation de la Société Française de Montréal,

Délégation de Permbina, Dakota, MM. A. D. Tanguay, J. A. Doré.

Délégation de Turners Fall, M. C. Lachapelle.

Fanfare d'Ogdensburg, sous la direction de M. Vallée,

Société St-Jean-Baptiste d'Ogdensburg.

Fanfare de Fall River sous la direction du Dr. J. A. Chagnon, président et de M. Péioquin, chef de musique.

Zouaves rontificaux.

Société St-Jean Baptiste de Québec.

Les officiers du comité de Régie de la Paroisse.

Le président et le curé de la Paroisse.

Nous ne pouvons cesser de parler de la section St-Jacques, sans nous arrêter un moment à la noble figure de son président, M. Guillaume Boivin. C’est à lui surtout qu’est due la palme remportée par cette section dans la procession du 25 juin, et c’est à lui aussi qu'est dû, dans une large mesure, le succès de toutes nos autres fêtes. Depuis six mois M. Boivin avait été infatigable ; jour et nuit on le voyait à l’œuvre; sa bourse et son temps étaient à La disposition de ses compatriotes ; consacrons lui donc à lui aussi une page de ce volume. Personne ne l’a mieux mérité.

M. Guillaume Boivin est né à l’Ancienne Lorette, le rr décembre 1834, de M. Jean Boivin, maçon, et de dame Françoise Angers.

A seïze ans il vint à Québec, où il continna son apprentissage de cordonnier ; puis il se rendit aux Etats-Unis où il se. perfectionna dans son métier et acquit les connaissances qui lui ont permis de devenir plus tard l’un des plus grands manufacturiers de chaussures du pays.

De retour des Etats-Unis, en 1856, il monta un magasin à- Québec. En 1859, il employa le premier les machines perfectionnées qui venaient seulement de faire leur apparition.

En 1867, il se fixa à Montréal où il fonda une grande manufacture de chaussures qui a toujours joui d’une vogue et d’une réputation bien méritées.

M. G. Boivin a, à son acquit, un fait qui seul suffirait à lui mériter l'estime et la reconnaissance de tous les vrais patriotes, si ses qualités brillantes et solides ne les lui avaient pas déjà assurées.

En 1864, le monument des braves de Ste‘Foye allait être vendu. Inspiré par son ardent patriotisme, il se mit à la tête -du mouvement, et avec l’aide du col. Suzor et d'autres citoy- -ens il réussit en le rachetant à sauver l'honneur des Canadienrs- Français de Québec.

Lors de la grande célébration de 1874, M. Boivin était viceprésident de la St-Jean-Baptiste et membre du comité de réception pour lequel il a fait des sacrifices pécuniaires énormes.

En 1872, il fit un travail extraordinaire et réussit à faire changer la loi relative aux Patentes en faisant introduire la clause qui protège nos industrèes quant aux objets brévetés.

Il est le seul Canadien-Français de la province de Québec, qui ait appartenu à l’Association de Protection d’Ontario, question pour laquelle il a consacré au-de là de douze ans de travail pour le remaniement du tarif.

L’'Hon. J. A. Chapleau dans une lettre d’introduction à Sir J. A. MacDonald disait de M. G. Boivin qu'il était le père de la Protection dans la Province de Québec.

Il appartient comme membre honoraire ou actif à la Chambre de Commerce, au Conseil des Arts et Métiers et à un grand nombre de sociétés, et on le voit toujours à la tête de toutes les bonnes œuvres et de toutes les démonstrations nationales.

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