‹ Noces d'or de la Saint-Jean-Baptiste [microforme]Chapitre 32 sur 98 · le Président et Messieurs · texte numérisé non relu

le Président et Messieurs

Il est des spectacles si beaux, si touchants que la parole humaine semble incapable d'exprimer les sentiments qui envahissent l’âme, inondent le cœur. L'esprit est comme: troublé par les émotions et cherche le repos, le recueillement.

Mon Dieu ! Qu'elles sont belles les démonstrations enfantées par l'amour de la religion et de la patrie! Qu'elles démontrent éloquemment la supériorité des sentiments qui nous élèvent vers le ciel sur ceux qui nous attachent aux choses périssables de la terre !

Quelle scène ! Quel tableau ! Quel rêve !

Nous venons de voir défiler. comme dans un vaste panorama, tout ce que nous aimons et respectons, tout ce qui peut éveiller dans l’âme les sentiments les plus puissants, les pen- .sées les plus élevées. les souvenirs les plus émouvants, toutes. les mei veilles de notre histoire, les grandeurs de notre passé,.

toutes les gloires de la religion et de la patrie, toutes les espe rances de l’avenir.

On comprend, dans de pareilles circonstances, ce qu'on doit à l'Eglise et à la France, on sent combien nous les aimons.

Oui, nous t’aimons, Eglise catholique, car tu es pour nous la vie, la vérité, le fondement de nos espérances éternelles !

Nous t'aimons, O France ! parce que nous sentons que nous sommes la chair de ta chair, les os de tes os, parce que tu es notre imnère et qu’on ne peut avoir une mère plus noble, plus grande, plus digne d’admiration.

Mais un peuple ne vit pas que de professions de foi et de démonstrations. Les arcs de triomphe, les chars allégoriques, les processions, les rois même, passent vite. Depuis six ans, je n’ai cessé de répéter que la société Saint-Jean-Baptiste devait manifester son patriotisme et son utilité d’une manière plus pratique, par des œuvres plus efficaces. Plusieurs membres dévoués de la société partageaient cette opinion. Nous disions : ‘‘ Regardez donc nos compatriotes émigrés, ils sont à peine souvent une poignée dans un village américain qu anglais, et, cependant, ils trouvent moyen d’avoir un institut, une salle nationale où ils peuvent se voir, se parler, se communiquer leurs pensées et leurs sentiments, s’entretenir de leur chère patrie. Et nous ! nous qui nous vantons d’être Je principal foyer de la nationalité canadienne-française en Amérique, nous qui sommes si fiers d’appeler à nos fêtes nationales tous nos frères établis à l’étranger, nous n’avons même pas une maison, un édifice pour les recevoir !

Lorsqu’ il fut question de célébrer le cinquantième anniversaire de la fondation de la société Saint-Jean-Baptiste, on -crut que c'était le temps de frapper le grand coup. On se dit -qu'il était impossible de laisser passer ce grand événement

sans le marquer par l'inauguration d’une œuvre durable, permanente et digne de la pensée qui présida à la fondation de cette noble société.

La société Saint-Jean-Baptiste est née à une époque de luttes et de danger, d’une pensée nationale, d’un sentiment patriotique, dans un moment où on sentait le besoin de s'unir pour s’encourager et se fortifier dans la défense de nos droits les plus chers contre des ennemis puissants. Elle devait être un boulevard national, un foyer de lumière, une source féconde de bonnes inspirations. Elle a rempli en grande partie sa mission, elle a entretenu le feu sacré du patriotisme, elle a donné naissance à une foule de sociétés qui se considèrent comme ses filles, de belles et nobles filles, qui à l'étranger comme au sein de la patrie, font honneur à leur mère. Eh bien ! après cinquante ans de travail, d’une existence si honorable, cette bonne mère ne méritait-elle pas que ses enfants, réunis autour d'elle, à l’occasion de ses noces d’or, lui offrissent sous forme de cadeau, un toit, une maison? Car il faut bien l'avouer, elle n’avait pas encore un lieu pour reposer sa tête, pour réunir sa nombreuse famille. Quand je parle de la ‘famille, de ses enfants, je vous mets au premier rang, sociétés Saint-Jean-Baptiste des Etats-Unis, de l’Acadie, de Manitoba et d'Ontario, vous, dont le patriotisme se manifeste par des œuvres si éclatantes, vous qui nous faites croire souvent que la meilleure moitié de la patrie est à l'étranger. Vous ne partirez pas, j'en suis sûr, sans faire quelque chose pour la maison de votre mère.

Déjà des citoyens distingués ont parmi nous donné l’exemple de la générosité. On me permettra de mentionner spécialement M. l’échevin Jacques Grenier et le distingué: président de notre société, l’'hon. T. J. J. Loranger.

L'œuvre a marché rapidement depuis quelques semaines.

Nous n’en voyons encore, il est vrai, que la première

pierre, mais cette pierre angulaire bénie par la Religion et la Patrie ne peut manquer de se multiplier. En voyant réunis autour d'elle, en ce moment, tant d'illustrations passées et présentes de la vieille et de la jeune France, tous ces saints et ces héros personnifiés dont le nom et les œuvres sont gravés dans nos cœurs, je me dis que jamais pierre angulaire ne fut plus honorée. Et, cependant, ce n’est pas tout, s’il nous était permis de percer le voile qui nous sépare «le l’invisible, nous verrions, j'en suis sûr, planant au-dessus de cette belle assemblée et penchées vers nous, toutes les grandes âmes qui ont bien travaillé et souffert pour la religion et la patrie, tout ce monde de gloire chanté par notre grand poète Crémazie, et auquel aujourd’hui permet, sans doute, de contempler avec bonheur le résultat de ses sacrifices. Aussi, me faisant l'écho, l'interprète de ce monde visible et invisible qui a aimé et aime encore et protège notre nationalité, je ne crains pas de dire: ‘“ Tu es pierre et sur cette pierre nous bâtirons un temple, une église nationale, une arche sainte, contre laquelle les projets de nos ennemis ne prévaudront jamais.” Et ce temple, ce monument sera par la solidité de ses fondements et la noblesse de son architecture, l’image de la patrie elle-même, l’honneur des Canadiens-français. Ce ne sera pas seulement l’œuvre d’une société ou d’une ville, mais de toute la nation. Pour cela, il faut que chacun y mette la main, y apporte une pierre. On a vu autrefois des populations entières travailler à la construction de temples et de monuments immortels. Pourquoi n’en ferions-nous pas autant pour un monument destiné à être le souvenir d’une des plus belles, des plus grandes réunions qu’on ait jamais vues au foyer de la patrie canadienne ?

La pierre parle, elle vous appelle, Canadiens-français, vous ne comprenez peut-être pas, car vous êtes trop loin, mais moi, je l’entends, et voici ce qu’elle vous dit: ‘* Approchez, venez

‘ me voir, riches ou pauvres, jeunes et vieux, apportez votre ‘“ obole, faites votre devoir et je ferai le mien ; je vous pro- ‘ mets d’être le fondement inébranlable d’un monument qui & sera l'honneur et la gloire de votre nationalité, où vos “ enfants et vos petits enfants apprendront à honorer votre ‘ mémoire et à aimer votre patrie. Prouvez aux nations qui # vous regardent que vous savez faire des sacrifices, quand il ‘“ le faut, pour une œuvre pratique et durable.”

Voilà ce que j'entends, mais venez, approchez, et elle vous dira des choses beaucoup plus intéressantes.

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