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DISCOURS DE M. PH. ROY

M. le Président et Messieurs.

La santé des Etats-Unis avait sa place marquée d'avance dans une fête comme celle-ci. Les applaudissements que vous venez de me donner démontrent au-delà de tout doute combien vous êtes sympathiques à nos voisins.

La fête que nous célébrons existe sans doute dans le but de rappeler et de commémorer les faits et gestes glorieux de la nationalité française dans le passé, et de former des espérances pour le développement et l'agrandissement du rôle que notre race est appelé à jouer sur ce continent.

En effet comment i)ouvons-nous jeter un regard sur l'histoire de notre nationalité sans voir ce que la France, notre ancienne mère-patrie, a fait pour les Etats-Unis. Elle y s laissé les traces impérissables de son amour et de son dévouement à la grande cause de la liberté.

Si les Etats-Unis, de colonies qu'ils étaient il y a quelque cent ans, avec une petite population d'environ quatre millions, sont aujourd'hui le peuple le j^lus grand et le plus libre dt monde, ils le doivent en grande partie aux efforts et au concours généreux des plus nobles enfants de la France.

Lafayette, Rochambeau et leurs braves compagnons figurent avec honneur dans les fastes de la guerre de l'indépendance des Etats-Unis. Aussi la mémoire de leurs noms vivra dan;

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le souvenir de ce grand peuple à l'égal des Washington et des Franklin.

Si le passé nous rattache à la République Américaine parce qu'elle est comme la manifestation vivante des faits d'armes glorieux accomplis par notre mère-patrie ; parcequ'elle est le G est a Deiper Francos, le présent ne peut pas nous laisser indifférent à l'égard de ce grand peuple.

En promenant mes regards sur cet immense auditoire, je vois assis à ce banquet les représentants et les délégués de cinq cent mille Canadiens-français, qui vivent sous la protection du drapeau étoile de la grande République. Et grâce à la bonne hospitalité de nos voisins, aux avantages qu'ils y trouvent, cette portion importante de la famille canadienne en a fait, je dois l'avouer, bien qu'à regret pour nous, sa patrie d'adoption pour toujours. Sans doute que les Canadiens qui sont aux Etats-Unis aiment toujours leur patrie, leur cher Canada, mais d'un autre côté ils ne peuvent pas s'empêcher d'admirer et d'avoir un peu d'affection pour un pays qui leur offre les avantages matériels à la liberté politique et religieuse qu'ils ne sauraient trouver, à un plus haut degré, nulle part ailleurs.

Nous avons raison d'être satisfaits de nos voisins; ils ne sont pas belliqueux; ils ne vivent pas des conquêtes des champs de bataille; leur talent, leur génie, s'exercent à développer les ressources qui font la force et la prospérité des nations. Aussi sont-ils aujourd'hui, le plus grand peuple commercial, agricole et industriel du monde; et nos relations pacifiques avec eux durent depuis prés de trois quarts de siècle. Il y a peu de nations européennes qui peuvent en dire autant de leurs voisins.

M. le Président et Messieurs. Il y a à peine un siècle, ce que nous appelons aujourd'hui les Etats-Unis formaient différentes petites colonies sans aucune liaison politique entr'elles,

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autre que celle d'une protection commune venant d'une mèrepatrie qui les traitait quelquefois un peu en marâtre ; la population était à peine de quatre millions. Mais ces petits peuples avaient au cœur un même sentiment qui les enivrait, l'amour pour la liberté et la haine pour le despotisme. Ils ne pouvaient subir sans la ressentir profondément toute atteinte portée à leur droit civil, commercial et politique. L'Angleterre tenta la chose, mais elle échoua, ces petits peuples épars se réunirent sous l'inspiration d'une même pensée ; ils com battirent pour la liberté et ils proclamèrent leur indépendance. Ils forment aujourd'hui une grande nation de 50,000,000 d'habitants, la plus riche, la plus industrieuse et la plus libre du monde. Les Etats-Unis ont marché à pas de géant dans toutes les carrières ouvertes à l'intelligence et l'activité humaines.

Et ils ont trouvé le secret que les nations européennes cherchent encore, le moyen de se gouverner avec les principes de la liberté tout en professant un profond respect et un égal amour pour l'ordre et l'autorité.

En terminant, M. le Président et Messieurs, qu'il me soit permis de former un vœu, d'exprimer une espérance pour la grande République Américaine. Qu'il me soit permis de faire le vœu, d'entretenir l'espérance, qu'un illustre homme d'Etat, que le plus grand orateur de notre époque, exprimait dans un élan patriotique pour son pays. Gambetta en parlant de sa patrie qu'il aimait tant, disait : " Nous introduirons dans " le monde, une figure, une physionomie spéciale, la figure et ** la physionomie d'un peuple qui, possédant les plus vieilles " traditions, y ajoutera la plus haute culture intellectuelle, le ** goût le plus supérieur, la littérature la plus noble, le génie " le plus sûr. la sensibilité la plus exquise, avec la fleur de "■ l'urbanité et la finesse la plus élégante et qui donnera au *' monde le spectacle d'une république sans exemple, c'est-à-

'* dire de l'épanouissement de l'élite de l'humanité." Puisse la république américaine réunir toutes ces qualités. Elle en possède déjà quelques-unes, et elle acquerra sans doute les autres dans le cours de quelques générations.

M. le Président et Messieurs. J'aime les Etats-Unis ! j'aime cette République dont le drapeau est l'emblème de la grandeur, de l'immensité et de la plus parfaite harmonie.

Je vous invite donc, Messieurs, à boire à la santé des Etats- Unis, à la santé de cinquante millions d'hommes libres, à la santé de la patrie des Washington, des Franklin et des Lincoln.

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