DISCOURS DE M. CHARLES C. DE LORIMIER
Mesdames et Messieurs,
Invité à prendre part à cette grande démonstration nationale et patriotique, j'avouerai, en toute sincérité, qu'en me voyant appelé à unir ma voix à celle des orateurs éminents inscrits pour cette première soirée du Congrès, je me trouvai dans un embarras facile à comprendre. Refuser eut été manquer à mon devoir, accepter c'était une témérité. Je préférai, cependant, être téméraire, car une pensée salutaire vint me raffermir et m'encourager. Je me rappelai que je pouvais être certain d'avance de rencontrer, ce soir, un auditoire sympathique,prêt à accueillir, avec toute l'indulgence possible, celui qui au moins ferait acte de bonne volonté.
Et d'ailleurs, Messieurs, comment refuser de se joindre à une avissi patriotique démonstration, comment ne pas, au contraire, s'empresser de donner le contingent de ses forces, quelques minimes qu'elles soient, lorsqu'il s'agit de rehausser autant que possible l'éclat de notre belle fête nationale.
C'est une heureuse inspiration d'avoir choisi la cinquantième année de la fondation de la société St- Jean-Baptiste pour rassembler au berceau de cette association tous les enfants de la grande famille canadienne-française. Certes, s'il était donné à l'illustre fondateur de cette œuvre vraiment nationale de paraître en ce moment au milieu de nous, comme il serait heureux et fier des résultats de son entreprise — cette
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entreprise si humble, si modeste à son origine. Il doit tressaillir d'allégresse en voyant combien ses compatriotes ont su comprendre, continuer et développer sa pensée en fédéralisant, pour ainsi dire, toutes les sociétés canadiennesfrançaises de ce continent. Il voit avec bonheur que cette société, purement locale à son berceau, est aujourd'hui devenu, et continuera d'être, je l'espère, le signe et le centre de ralliement de toutes nos populations, même de celles que la Providence a placées sur la terre étrangère.
Réjouissons-nous donc tous aujourd'hui puisque c'est la fête de la patrie. Venez, frères éloignés, venez de tous les pays, de tous les climats, nous vous tendons cordialement la main. Soyez les bienvenus, car c'est tout notre peuple qui doit, en ce jour, se lever pour affirmer sa foi et sa vitalité, pour venir déposer la couronne de lauriers sur le front noble et pur de notre jeune patrie.
Votre assistance ce soir. Mesdames, est aussi pour nous un témoignage flatteur des souhaits de bonheur et de prospérité que vous formez pour votre pays. Vous avez bien voulu, par votre présence, rehausser l'éclat et la solennité de nos réunions ; veuillez en retour accepter le témoignage de notre reconnaissance.
Après les éloquentes paroles que vous venez d'entendre, Mesdames et Messieurs, il est difficile de rien ajouter au développement des grands principes qui intéressent les intérêts religieux et moraux de notre pays. ■
Les orateurs éminents qui m'ont précédé ont, tour à tour, admiré la foi vive, le patriotisme ardent de nos populations ; ils ont, en citant les pages glorieuses de notre histoire, proclamé à bon droit les vertus religieuses, militaires et politiques de nos pères. Il convenait à ces orateurs distingués de parler, avec l'autorité qu'ils possèdent, des grandes questions
sociales qui intéressent l'ordre religieux et moral de notre nation.
Notre rôle sera naturellement plus modeste ; nous dirons nos impressions, nous constaterons des faits que personne ne saurait nier, et nous aussi, après avoir formulé nos vœux, nos souhaits, nous dirons de toute notre âme à notre jeune patrie : *' Aime Dieu et va ton chemin !"
Mesdames et Messieurs, en voyant en ce jour passer sous nos yeux les flots immenses de nos populations ; en voyant tout ce peuple venir s'agenouiller avec respect au pied de l'autel du sacrifice divin, et dans le silence et le recueillement le plus solennel courber le front devant le Dieu qui tient en sa main toute puissante les destinées des individus comme celles des nations ; en entendant ces chants d'allégresse, ces hommages publics d'une nation restée fidèle à sa foi ; en voyant, ce soir, dans cette vaste enceinte, l'élite de notre société religieuse et laïque disant dans une heureuse harmonie l'hymne à la patrie; en voyant enfin cet immense auditoire acclamer avec enthousiasme l'affirmation solennelle de notre attachement aux traditions et au souvenir de nos ancêtres, je me suis demandé : Mais quelle est donc cette institution mystérieuse dont la Providence a su se servir pour conserver aussi profondément gravés dans nos cœurs, les grands sentiments religieux et moraux qui font l'honneur de notre peuple? Quelle est cette puissance vraiment providentielle qui. dans l'espace d'un siècle, a su, non seulement créer une nation nouvelle et vigoureuse, mais de plus maintenir dans son sein des principes de loyauté, d'ordre et de sécurité tels, que notre jeune patrie est aujourd'hui l'une des nations les plus paisibles et plus heureuses de l'univers ?
Et n'écoutant alors que les souvenirs de notre enfance nous n'avons pu trouver d'autre réponse que celle-ci : Le Canadien- Français n'est en définitive si profondément catholique, si
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loyal et même si heureux de vivre de sa vie paisible et honnête •que parce qu'il a su conserver dans toute la perfection de son unité la grande institution de la famille chrétienne, seule et unique dépositaire fidèle des vrais intérêts religieux et moraux des nations.
Durant les quelques instants que votre bienveillance daignera m'accorder je m'efforcerai donc, Mesdames et Messieurs, de rappeler à vos souvenirs les beautés de cette grande institution <ie la famille chrétienne. En la considérant au double point de vue du droit chrétien et des théories anti-chrétiennes, nous pourrons ainsi apprécier davantage son admirable hiérarchie, •et juger plus sûrement combien les intérêts religieux et moraux de notre peuple exigent que nous sachions conserver la famille canadienne dans toute sa grandeur et sa simplicité chrétienne.
Droit Chrétien.— l. Suivant les enseignements du christianisme, d'accord en cela avec les sentiments les plus intimes •et les besoins les plus naturels de l'humanité, l'homme est appelé à vivre en société, c'est-à-dire avec ses semblables, comme un être intelligent, raisonnable, soumis à l'autorité légitime et aux devoirs qu'impose l'état social.
Vivre en société ce n'est pas vivre en contact, en agglomération ; les êtres privés de raison vivent ainsi, mais ils ne vivent pas en société. L'homme vit, au contraire, avec ses •semblables parce qu'il leur est intimement attaché par sa condition naturelle, par les liens de la charité et les obligations des devoirs mutuels. Dans la société il y a plus que la réunion, il y a nécessairement le principe de l'union morale. Dieu, dans sa sollicitude toujours vigilante, a su placer dans le bien particulier le principe du bien général. De la famille, base de la société, il a fait le premier anneau de cette chaîne mystérieuse qui unit entre eux les familles d'une même nation et tous les peuples qui composent le genre humain. La famille, dans le plan de la sociabilité même, bienfait divin, est donc à
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la fois non-seulement la source de la vie physique mais aussJ celle de la vie morale des peuples.
Hiérarchie.— ^.^i famille selon le droit chrétien est une trinité : le père, la mère, l'enfant; c'est aussi un gouvernement parfait avec son chef, son ministre, ses sujets, ses biens, ses traditions, ses lois.
I. Au père Dieu a dit : Tu seras le soutien et le protecteui de ta compagne, tu seras le chef de ta famille, le dépositaire de l'autorité domestique, et comme tel tu conserveras le dépôt sacré des traditions de tes ancêtres et de ta patrie, tu appren. dras à tes fils à aimer la foi et la langue de tes pères, et ti leur enseigneras, à ton exemple, le respect envers tes semblables et envers la nation à laquelle tu appartiendras. Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front, car tu dois rachetei par l'expiation la faute de ton premier père.
Les siècles ont passé, les générations ont succédé aux générations, et ces décrets divins sont restés vrais, immuables, éternels ! N'est-ce pas là la loi de tous les temps, de tous les peuples, l'antiquité comme les temps modernes ne proclament Us pas le principe de l'autorité du chef de famille, n'affirmentils pas cette vérité inflexible, mais juste, que l'homme esl condamné au travail? L'histoire de tous les âges n'enseigne-telle pas que pour le chef de famille est le labeur pénible, poui lui sont les fatigues et les soucis de la vie ? Ah ! cette loi esl dure, il en coûte à notre nature rebelle de s'y soumettre, de se courber sous ce décret sans appel, mais pour nous, chrétiens, qui en comprenons la légitimité, nous l'exécutons avec amour et reconnaissance car la foi nous enseigne que le travail c'est le salut, c'est la rédemption. Pour le chrétien, le travail, au sein de la famille dans l'ordre social, honore, élève l'âme, il est une des lois de l'humanité coupable, et le père doit en imprimer le respect dans le cœur de son enfant ! Pour le chrétien, pour l'honnête artisan, la vie sera laborieuse, pénible
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même quelquefois, mais toujours honnête, et ce principe bien compris, cette loi nécessaire bien admise, avec l'esprit de la résignation chrétienne tout en faisant le bonheur des particuliers comme des familles assurera en même temps la sécurité et la paix de la société toute entière.
Tels sont les principaux attributs du père dans la famille chrétienne.
II. Cependant ces prérogatives du chef de la famille seraient souvent illusoires, si elles n'étaient soutenues par les qualités plus humbles mais également essentielles de sa compagne. Il" a fallu la sublimité des institutions chrétiennes pour rendre à la femme le tribut légitime qui lui est dû, pour la réhabiliter sur ce trône au sein de la famille domestique, d'où l'antiquitépaïenne l'avait fait malheureusement descendre.
La femme, sous l'inspiration vivifiante du génie du christianisme, est redevenue l'ange tutélaire de la famille. A elle de soutenir le sceptre de l'autorité domestique, à elle d'adoucir, par son courage toujours héroïque, les amertumes de la vie, à elle de montrer le ciel, la plage, le salut au pauvre naufragé lorsque la tempête gronde, lorsque les vents des passions sont déchainés, et alors que souvent, hélas ! tout semble sur le point de sombrer et périr ! à la femme chrétienne, modèle de vertus et d'abnégation, à dominer par l'exemple de l'amour et de la douceur, comme l'homme domine par l'autorité et la puissance. A la mère chrétienne surtout, ministre des volontés divines, le soin de cette première éducation si précieuse, si indispensable au cœur de l'enfant ; c'est elle qui, non contente de lui donner la vie matérielle, déposera encore dans cette âme jeune et flexible les premiers germes de la piété et des vertus.
Saisissant d'une manière admirable toute l'étendue de cette Influence de la mère de famille le génie du christianisme n'a eu qu'un but : élever, anoblir, sanctifier la femme dans le mariage-
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chrétien. La femme est redevenue la libre et digne compagne de l'homme ; elle a reconquis, par une union indissoluble, sacrement de la loi divine, ses droits à notre respect, et d'esclave païenne elle est devenue dans le christianisme le symbole de tout ce que le mysticisme peut concevoir de plus grand, de plus pur. Marie, enseignant les premières notions du devoir et de l'obéissance à un Dieu enfant, guidant les premiers pas de l'Homme Dieu ; Marie, mère chrétienne, remplie de sollicitude pour le rédempteur du monde, et le cherchani inquiète jusque dans les temples et les synagogues, est bien, certes, le modèle le plus parfait, le type le plus saint et h plus exquis de toutes les vertus de la mère chrétienne. E pour qu'il n'y eût plus aucun doute sur la mission providen tielle de la mère de famille dans la société chrétienne, le plui sublime don que l' Homme-Dieu crût, en mourant, devoi faire à l'humanité fut celui de sa divine mère : enfant voilà ti mère.
Elle est donc belle et sainte votre mission, mère chrétienne Montrez-vous remplies de sollicitude comme l'était la mèn divine, pour l'éducation de vos enfants ; écoutez la voix d( cette religion chrétienne qui vous enseigne à déposer dan leurs cœurs les secrets de vos vertus ; sous votre soufïl( brûlant d'amour maternel éclairez l'intelligence, embrase; l'âme de ce jeune être, qui vous doit déjà la vie, et la religioi et la société s'uniront pour vous bénir. Vous aurez travaillé i votre grande mission de la régénération sociale; vous aure été des ministres dans la famille ; vous aurez créé, formé vivifié des âmes qui, plus tard, feront de vos vertus la base di l'honnêteté civique, et de votre douceur celle de la chant chrétienne ; vous aurez donné au monde des citoyens qn feront, à leur tour et à votre exem|)le, le bonheur de Icu famille, comme l'honneur de la société. Vous aurez con tri bu( à adoucir les mœurs ; vous aurez donc trouvé le secret d<
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faire observer les lois, non plus par la crainte des tribunaux, mais par le seul mobile digne d'un être raisonnable : la satisfaction du devoir et le contentement de la conscience.
III. Nous l'avons dit l'enfant est et sera, en toute probabilité, ce que l'aura fait l'éducation domestique, surtout l'éducation maternelle. A cet âge les impressions soi^t plus vives, plus profondes, tout frappe, tout éblouit, tout se grave dans cette jeune âme qui ne cherche qu'à apprendre et connaître. Le Créateur n'a déposé dans le cœur de l'enfance et de l'adolescence qu'un besoin, celui d'aimer : aimer Dieu, aimer ses parents, aimer le travail et la vertu ; tel est le besoin et le devoir du jeune âge. L'enfant grandit et comprend qu'il doit à ses parents la reconnaissance et la soumission, à tous une bienveillance secourable, à Dieu sa foi, à sa patrie Son amour et sa vie.
Sublime conception, sublime accord d'une religion qui sait choisir pour base des devoirs qu'elle impose le sentiment le plus tendre, le plus naturel, l'affection la plus intime du cœur de l'homme. Aussi si le jeune homme est docile à cette ii voix de la religion et de la nature, il n'aura, plus tard, qu'à ' écouter les pulsations de son cœur, qu'à se rappeler les conseils d'une mère ou d'un père bien-aimés pour se guider dans ses devoirs de citoyen et d'honnête homme.
Chaque famille' garde religieusement ses souvenirs, conserve i précieusement le culte de son passé, elle a et doit avoir son histoire, ses traditions qui fécondent la foi et développent le patriotisme dans l'âme de chacun de ses membres. La famille est la gardienne et la dépositaire de la foi religieuse, de la langue et des institutions chères à la nationalité.
C'est en effet au foyer domestique que nous apprenons à aimer, à respecter nos ancêtres, à vivre de leur souvenir, à redire leur foi et leurs vertus, à vénérer leurs tombeaux bienaimés. La famille devient ainsi le foyer ardent d'oii.
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rayonnent les sentiments les plus chers au cœur de l'hommei et qui se résument dans ces mots : amour de la religioUj amour des ancêtres, amour de la patrie.
Telles sont les traditions de la famille chrétienne, traditions qui se gravent dans le cœur de l'enfance et ne s'effaceni jamais. Elles soulagent, consolent au milieu des infortunes, dans les malheurs de la vie, elles rehaussent le courage au temps des luttes et des épreuves, comme elles font la joie dans le vieil âge.
Maintenant, Mesdames et Messieurs, ne semble-t-il pas, qu'au simple point de vue de l'intérêt social, jamais on aurait dû porter une main sacrilège sur cette institution si sublime de la famille chrétienne ? Et, cependant, vous le savez, Messieurs, à la honte de notre humanité, c'est contre cette grande institution de la famille, contre cette arche sainte de la foi et des espérances les plus intimes et les plus chères que se sont déchaînées, en Europe surtout, les vagues les plu< teiribles de la tempête révolutionnaire. Il n'est point de principes, il n'est point d'affections les plus secrètes ec le« plus intimes de la famille que les adversaires du droit chrétien n'aient attaqué, n'aient méconnu, n'aient indignement outragé. On s'est tantôt attaqué aux parents en décrétant des lois de divorce, tantôt en voulant assimiler le mariage aux contrats ordinaires du droit civil, tantôt en voulant s'emparei de l'enfant par une éducation sans Dieu, sans Religion. La révolution a voulu, elle aussi, opposer au type de la famille chrétienne celui de son choix et de ses œuvres. Au père de famille qui, suivant le droit chrétien, est le dépositaire de l'autorité, on a voulu opposer un être non plus libre d'une liberté légitime, mais puissant,. indépendant : indépendant de Dieu, indépendant de toute autorité religieuse, indôf)endant même de toute autorité civile ; à cet honnête homme auquel Dieu, dans son infinie bonté et miséricorde, avait, pour
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le racheter de sa faute, déclaré qu'il gagnerait son pain à la sueur de son front ; à ce brave artisan qui, au milieu de ses ateliers fumeux, acceptait, avec foi et résignation, cette inégalité nécessaire des classes sociales, cette loi dure, mais juste, du travail, salut de notre pauvre humanité coupable, l'impiété révolutionnaire est venue lui crier, avec toute la violence impétueuse de l'esprit des ténèbres : le capital c'est le vol ! la propriété c'est le vol ! le travail c'est l'esclavage ! à bas l'autel, à bas toute autorité ! à toi les richesses, la puissance, le bien des honnêtes gens, à toi la terre entière, car cette société dans laquelle tu vis enchainé, esclave, cette société n'est qu'une marâtre ; tu es un opprimé, tu es un misérable ! tu dois être indépendant.
La révolution est venue aussi essayer de flétrir de son souffle impur l'épouse chrétienne que Dieu, dans sa bonté, a placée pour sauver la société par l'exemple de ses vertus, de son attachement à sa famille. Toi aussi tu es libre, lui a dit l'esprit révolutionnaire, tu es indépendante, tu es la reine du monde que tu domines par l'empire de tes charmes et de tes séduisantes volontés ! mais ne vois-tu pas que le mariage indissoluble n'est qu'une chaine de plus que le christianisme a opposée à tes fantaisies et à tes libertés ? Secoue ces entraves, renvoie à l'Etat ou au phalanstère le soin de tes enfants, deviens indépendante, deviens au moins l'égale de ton maître ! à toi de dominer par l'amour libre, sur le piédestal de ta beauté, au milieu des fêtes, des plaisirs et des bacchanales qui feront pâlir celles de l'antiquité païenne.
L'enfance a été tout spécialement l'objet de la sollicitude des adversaires delà société chrétienne. Parle divorce, l'enfant, privé des affections de la famille, privé de l'éducation domestique, reste le plus souvent seul et sans appui , moral à l'âge même où il en a le plus besoin. 4' Si le divorce ne vient pas rompre les liens de famille l'on
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cherche à s'emparer de la jeunesse en lui imposant une éducation d'où le nom même de Dieu doit être strictement banni. Plus de religieux, plus de frères des écoles chrétiennes, phis de prêtres dans l'éducation, tel est le programme sur lequel un nombre infini de lois et de décrets ont été passés pour le: plus grand asservissement de l'enfance, de la jeunesse.
Que pouvait-il résulter d'un tel désordre ? Rien autre chose que de produire des générations professant le mépris pour tout ce que le christianisme et l'ordre social nous avaient appris à vénérer. Il s'est formé au sein de la société moderne de l'Europe des agglomérations qui ne reconnaissent aucune autorité religieuse ou civile. Ce sont ces hommes qui, au besoin, se font les assassins des prêtres et des religieux, qui renversent ou incendient les monuments les plus glorieux d'une nation, qui ne craignent pas de jeter leur patrie dans toutes les horreurs des guerres civiles. Ce serait, d'ailleurs, le plus grand des prodiges s'il en était autrement ; ces hommes ont été élevés dans ces sentiments de rage contre tout ce qui est honnête et légitime, contre toute autorité, contre toute propriété. La responsabilité de ces actes de vandalisme repose, avant tout, sur ceux qui ont donné une telle éducation au peuple ; sur ceux qui, après avoir banni Dieu et la religion de la famille, de la société et de l'éducation, n'ont su que détruire ce que le christianisme et la patrie avaient édifié et déposer dans l'âme de la jeunesse des germes d'impiété qui. plus tard, se sont développés et ont donné l'essor aux passions les plus viles de l'humanité.
Tel est donc, Messieurs, le tableau que nous présente la société, suivant que les générations s'inspirent aux lumières bienfaisantes du christianisme ou aux utopies d'un philosophisme qui a pour maxime de ne reconnaître ni Dieu, ni religion. La paix et la sécurité font le bonheur des sociétés chrétiennes, comme l'anarchie, les révolutions et les désordres
>nt le malheur des sociétés qui méconnaissent le droit chré-
en.
La société sera sauvée le jour où elle viendra demander à foi chrétienne ces enseignements sublimes qu'elle seule
eut donner et qui seuls peuvent conserver les familles et
Régénérer les peuples. Les nations s'apercevront alors que
rEglise est bien véritablement l'unique mère du genre
[humain ; qu'elle seule est la source de toute sécwité et de
bonheur pour les individus comme pour les familles,
Dur un peuple comme pour l'umvers entier. Mesdames et Messieurs, — Ce serait peu pratique de nous contenter de considérer l'influence salutaire de la famille chrétienne au point de vue social, si, en un jour aussi solennel que celui de notre fête nationale, nous ne cherchions aussi à examiner dans quelle condition se trouve notre pays à cet égard. Eh bien, nous le demandons, de toutes les beautés que présentent nos campagnes canadiennes, en est-il de plus frappantes que celles offertes à l'observateur, au moraliste, par l'étude de la pureté et de la simplicité de nos mœurs ? C'est au Canada qu'il faut venir pour trouver la réfutation de tous ces arguments que les ennemis *du catholicisme avancent pour essayer de démontrer que l'unité de la famille chrétienne est un obstacle au progrès, à la tranquillité et au bonheur d'un peuple. Le divorce, le mariage civil, l'éducation sans Dieu, sont inconnus de nos populations cathoKques et cependant le progrès de notre peuple est admis. Les quelques familles que la Providence, à la fin du siècle dernier, avait placées sur notre sol, pour continuer sur ce continent d'Amérique les nobles traditions de la France catholique, se sont non-seulement conservées mais multipliées en dépit de tous les obstacles. Ni les guerres, ni les ruses de la diplomatie n'ont pu arrêter cette force d'expansion, et aujourd'hui la famille canadienne-française non-seulement possède la Pro-
vince de Québec, mais de plus elle prend fortement racine dans les provinces voisines, et même aux Etats-Unis où nos compatriotes ne tarderont pas à prendre la position que leur assurent leur nombre et leur influence. A quelle cause attri' buer ce progrès incontestable de notre peuple au point de vue intellectuel et matériel si ce n'est à l'influence salutaire de notre attachement à nos institutions religieuses et nationales et spécialement à l'influence de la famille canadienne restée fidèle aux enseignements catholiques !
Cet attachement à nos institutions a eu aussi un autre résultat également précieux au point de vue social : celui de démontrer que de l'union des institutions religieuses et politiques peuvent naître des populations libres et heureuses.
Parcourons la première de nos campagnes venue, qu'y voyons-nous ? De nombreuses familles canadiennes groupées autour de leur pasteur et au milieu du village ou sur la colline l'église avec sa croix élancée qui ressemble à la sentinelle toujours vigilante.
Le dimanche dans nos campagnes, comme dans nos grandes villes d'ailleurs, est religieusement observé. Il faut peut-être parcourir de longues routes pour venir assister au service divin, mais cependant personne n'y manque. Dans' les chapelles et les églises quel sublime recueillement, quelle piété ! Il n'y a pas de spectacle plus beau que celui de l'intérieur d'une de nos églises canadiennes pendant les cérémonies religieuses ; l'église est décorée par la piété des religieuses et des paroissiens; les fidèles sont recueilfis-et dans les attitudes de la prière. On ne voit pas ici au' Canada ce laisseraller, ce sans-gène qui étonne nos catholiques compatriotes lorsque, pour la première fois, ils assistent aux ofiîces religieux dans quelques égJiscS'dc certains pays de l'Europe. Ici, l'étranger, celui-là luÊme qui ne partage^Ms «os croyances
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religieuses est forcé d'admettre que nos temples sont bien vraiment les maisons de la prière.
Depuis l'enfant jusqu'au vieillard, personne ne passe devant une église, une croix sur la grande route, sans donner un témoignage extérieur de sa foi vive et catholique.
Combien de fois n'avons-nous pas vu, au milieu des champs, aux jours du travail, de braves cultivateurs se découvrir respectueusement au son de l'airain annonçant l' Angélus. Sur leur front brûlé parle soleil ruisselait une sueur abondante, mais honorable, car c'était celle du travail ; ils ne reculent pas devant la loi du travail, nos rudes paysans canadiens, et dans leur naïve sismplicité ils ne songent guère à révolutionner les sociétés, à renverser les trônes et les autels. Rien, certes au sein de nos populations qui puisse donner à supposer un esprit d'insubordination, ou de fausse indépendance soit de la part de la mère, soi4: de la part des enfants. La mère voit aux soins de sa fumille, et elle a sa rude part, car l'on sait si elles sont nombreuses lios familles canadiennes ; elle n'a d'autres soins que de vivre en mère chrétienne, et d'élever ses enfants dans de bons sentiments de foi et d'attachement au pays. Cette vie humble et laborieuse se consume dans des actes journaliers du plus pur dévouement et d'un esprit de sacrifice pour le bien-être de sa famille.
Les enfants sont respectueux et soumis à leurs parents. L'éducation religieuse et l'instruction primaire s'allient parlitement pour eux. En apprenant à lire et à écrire ils prennent .aussi leur catéchisme, ce livre de la plus pure lilosophie chrétienne, et que les esprits forts de nos jours traient bien de souvent consulter afin de n'en pas oublier les ablimes enseignements.
Le prêtre, le curé, est dans toutes nos campagnes canaliennes l'ami intime de la famille. Il est le consolateur au )ur^ des épreuves, l'hôte bienvenu aux heures de joie et de
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réjouissances. Il bénit le nouveau né que Dieu ajoute à la famille ; il le protège ensuite dans la vie, l'instruit, le prépare à sa première communion, et plus tard c'est lui qui bénit son union et bien souvent voit à son établissement. Le prêtre est au berceau de l'enfant comme au tombeau du vieillard ; il est toujours présent, toujours affectionné, toujours vigilant, aussi tout le monde l'estime, le vénère. Le curé dans nos campagnes a su conserver son influence bienfaisante sur l'esprit de nos familles catholiques, et il en est résulté cette douce harmonie qui fait que partout le prêtre est l'ami de tout le monde ; du pauvre comme du riche ; qu'il est le bienvenu dans la plus humble chaumière comme dans les plus somptueux palais. Nos populations ont appris à a- mer et vénérer leur prêtre, leur curé ; elles se sont multipliées bénies par l'Eglise, leur mère, et c'est ainsi que partout ont pris naissance ces nombreuses paroisses qui font aujourd'hui notre orgueil comme elles sont, en même temps, la base la plus solide de notre nationalité. Quoiqu'en disent certains penseurs, l'union de l'Eglise et de l'Etat ne peut produire que la grandeur et la force d'une nation.
Telle est, Mesdames et Messieurs, la position de la famille canadienne-française, modèle d'unité et de simplicité chrétiennes.
Mais puisque nous nous adressons à un auditoire canadien,, qu'avons-nous besoin de retracer ici ce tableau de nos mœurs,, que vous connaissez tous si intimement. Il suffit d'en appeler aux souvenirs de chacun d'entre nous. N'est-il pas vrai que nos traditions de famille nous ont enseigné à vénérer et aimer nos ancêtres et nos parents, à faire le bien à nos semblables,, à respecter les droits légitimes, à conserver notre foi et notre attachement à notre pays? Et si nos souvenirs sont si purs et si nobles, qu'avons-nous besoin d'autres arguments pour démontrer que la famille canadienne- française s'est conservée
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dans toute la beauté de l'idéal chrétien? Le fait existe, est visible, cela doit suffire pour convaincre les sceptiques.
Et maintenant, Mesdames et Messieurs, si l'on demande quelle est la conclusion pratique de notre entretien au point de vue du sujet qui nous occupe : les intérêts religieux et moraux de notre peuple, je répondrai : la conclusion est facile à trouver ; je la formulerai bien clairement : puisque la famille, constituée suivant le droit chrétien, est la puissance mystérieuse qui conserve au sein d'une nation la pureté de la foi religieuse et des mœurs; puisque c'est elle qui inspire à l'homme les plus grands et les plus nobles sentiments, l'attachement à sa patrie, aux traditions nationales, à la langue de ses ancêtres ; alors conservons la famille chrétienne comme type et modèle de la famille canadienne.
Nous voulons le bonheur de nos familles, l'union de leurs membres ; nous voulons des citoyens paisibles, respectueux des droits légitimes j nous voulons des hommes robustes et nombreux pour défricher nos forêts et porter le bienfait de la colonisation aux confins de notre beau pays ; nous voulons bannir de nos codes les lois sur le divorce, sur le mariage <:ivil, sur l'éducation essentiellement laïque ou de l'Etat ; nous voulons reconnaître les droits dus au mérite, au travail, les droits de propriété légitime, alors conservons l'unité de la famille chrétienne ! Elle est la source féconde des populations, la seule dispensatrice de la véritable éducation qui apprend aux citoyens l'amour du travail, l'amour de la patrie, et si nous savons conserver ce précieux héritage nous ne craindrons pas de voir surgir dans nos paisibles campagnes, comme il en existe malheureusement en Europe, des populations révolutionnaires, sans foi, sans respect pour les lois, pour toute autorité, pour tous droits légitimes, des populations sans religion, sans patrie !
Voilà, Mesdames et Messieurs, la conclusion pratique de
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notre entretien. Continuons, comme par le passé, à respectei l'institution de la famille chrétienne, et nous n'aurons rien à craindre pour notre avenir comme peuple, rien à craindre pour la conservation des principes religieux et moraux au sein de nos populations. Nos familles pourront, en se multipliant dans de nouveaux centres, former de nouvelles paroisses, et avec leur curé pour chef, leur église pour forteresse, elles s'empareront du sol, résisteront à tous les envahissements et affermiront ainsi sur ce continent cet! empire catholique, cette nation de l'avenir qui a déjà reçu pour nom : " La Nouvelle France de l'Amérique."
Mesdames et Messieurs, je vous remercie de l'attention bienveillante dont vous avez bien voulu m'honorer pendant cet aride et long entretien.