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Noces d'or de Pie IX

Il y a dans le monde une ville plus célèbre, plus connue des pauvres et des ignorants qu'aucune autre ville, une ville qui, ainsi que Londres, étend son empire dans toutes les régions que le soleil éclaire de sa lumière, qui, encore plus que Paris, exerce une influence constante, indiscutable, universelle sur Îles idées, les opinions, les mœurs de tous les peuples, dont

le nom comme celui de Jérusalem qui lui: fut autrefois soumise, est le cri de ralliement des nations, une ville où Part, la science, les lettres, la philosophie, groupées autour de la religion, sont parvenues et se maintiennent à leur apogée, une ville que de toutes les parties du monde on vient vénérer. comme un temple, admirer comme une merveille, étudier comme un livre ; cette ville, c’est Rome !

Il y à dans le monde un homme plus saint que tous les autres hommes, plus savant d’une science incontrovertible que toutes les académies et les universités, plus puissant que les plus grands monarques, plus habile dans sa piété et sa simplicité que les plus grands diplomates, plus aimé de ses innombrables sujets que le plus sage et le plus populaire des souverains, un homme qui, pauvre, n’a qu’à parler pour voir affluer des subsides de toutes les parties du monde, qui, faible, n’a qu’à pousser un cri de détresse pour que des légions inconnues viennent des contrées les plus lointaines se ranger autour de lui, qui, vieillard, a tout l’enthousiasme, toute l’ardeur, toute la vigueur, tout l’indomptable courage de la jeunesse, un homme enfin que l’on chérit, que l’on vénère, que lon prié même, comme si déjà il était au ciel ; cet homme, c’est le Pape !

Rome, la plus grande chose, Pie IX la plus grande existence ; Rome, le centre de vos pensées religieuses, Pie IX, le centre de vos affections ; Rome et le pape, objets de votre vénération, de votre amour, de vos craintes et de vos espérances, voilà les deux sujets que, dans cette fête religieuse, artistique et littéraire, je suis appelé à traiter ce soir.

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Ïl n’est pas bien éloigné de nous le temps où un voyage à Rome était une entreprise peu ordinaire pour un Canadien, où ceux qui s'étaient prosternés aux pieds du souverain pontife se comptaient facilemeni ; il en est tout autrement aujourd'hui ; mais si les évèques, les prêtres, les laiques du Canada vont en grand nombre visiter la ville éternelle, si le séminaire français compte toujours quelques Canadiens au nombre de ses pensionnaires, si tout près de deux cent cinquante de nos compatriotes montent la garde autour du Vatican, le privilége d’avoir vu Rome et le pape; pour être moins rare, n’en est pas MOINS pré- Cieux.

Quelques souvenirs personnels offerts en toute humilité à ceux qui ayant vu les mêmes choses sauraient sans doute mieux les raconter, offerts comme avantgoût à tous ceux qui, parmi vous, se proposent de faire le même voyage, trouveront leur place dans ce court entretien, j'allais dire dans cette causerie de famille, puisque grâce, M. le Recteur, à une marqué récente de votre bienveillance dont. je ne saurais trop vous remercier, vous et vos collègues, je me trouve être de la maison, de la nouvelle maison de l’Université, comme j'étais autrefois, à titre d'élève, de l’ancienne maison du Séminaire. 1 4 |

C'était le quatre janvier, il y a deux ans ; nous traversions la campagne romaine par un grand froid, transis et fatigués d’une course en chemin de fer à travers toute l'Italie, depuis Gênes en passant par Bologne et Florence, sans compter que nous venions de Londres et ne nous étions arrêtés que huit heures à Paris, et cependant, mon compagnon de voyage et

moi, nous faisions violence à notre lassitude pour chercher, à travers les horizons si monotones de la route, un objet que tout voyageur (je devrais dire tout pélerin, s’il pouvait y.avoir des pélerins à la remorque d’une locomotive) que tout voyageur découvre avec un indicible bonheur. Tout à coup;entre deux monticules couverts de ruines et de pins-parasols, l’objet tant désiré se laissa voir une seconde à peine et disparut. « Le voici, m'écriai-je, le voici!» Mon compagnon, moins heureux que moi, se précipita trop tard pour jouir de cêtte première apparition. Quelques instants encore et la vision reparaissait et nous pûmes tous deux distinguer pendant quelques secondes ce magnifique dôme de Saint-Pierre, le centre du monde catholique.

Une troisième apparition ne fut guère d’une plus longue durée et nous reprimes notre course à travers le plus morne des paysages pour arriver bientôt aux portes de la Ville-Eternelle. ; | |

L’avouerai - je ? ces moments sont de ceux pendant lesquels le.cœur bat avec une force peu commune ; une plus longue intimité avec les grandes choses vous laisse plus calme et plus paisible ; mais ces premières émotions ne s’oublient jamais, parce qu'elles ne se renouvellent guère avec: la même intensité.

A peine. installés à l'Hôtel de Rome, sur le Corso, nous parcourions les rues sombres, les petits carrefours, les places si peu vastes, mais si riches en monuments, pour nous rendre au séminaire français où nous devions trouver des compatriotes. «Une colonne isolée se. dresse devant nous : la colonne Trajane, dis-je tout fier de mon érudition. :: Pardon, la colonne Antonine, reprend notre cocher plus savant

que moï.:: Un peu plus loin, un monument imposant nous écrase presque de sa grandeur, se découvrant inopinément au détour d’une de ces rues étroites et tortueuses que l’on ne trouve que sur le continent de l’Europe ‘et à Québec ; nous allions le nommer, certains cette fois de ne pas nous tromper, quand notre cocher, rejetant fièrement le pan de son mantéau sur son épaule, s’écrie de sa voix la plus solennelle : 7 Pantéone ! Ici l'on se drape, observa spirituellement mon compagnon. Nous venions de faire connaissance avéc Rome ancienne avec non moins d'émotion, que notre premier coup d'œil sur le dôme de Saint-Pierre, nous avait fait faire connaissance avec la Rome papale. Le lendemain, de bonne heure, nous prenions notre course à travers les monuments de la grande métropole et le soir, épuisés de fatigue, nous trouvions encore le courage de parcourir les rues et les places publiques où se donnait ie plus singulier spectacle. C'était la veille de lEpiphanie et lon faisait, ce qu’on appelle à Rome l’£piphane, une fête populaire où l’on siffle Hérode, ce cruel monarque si bien joué par les mages, si bien déçu dans ses coupables espérances. C’est une sorte de foire très-gaie, très-bruyante qui se tient sur les places publiques, dans les rues, où de petites baraques pauvrement illuminées retrécissent le passage déjà trop étroit, et qu’encombre une foule de femmes, d'enfants, d’étudiants, d’abbés, de zouaves, de gendarmes pontificaux. Il y a là un tepage assourdissant, un concert des plus charivariques de sifflets, de mirlitons, de crécelles et de tout ce qui tombe sous la main. Des hommes graves en apparence se mêlent à cette foule et

sifflent gravement pour leur. compte ce pauvre Hérode, que l’on finit par prendre en pitie, sans doute,, parce qu’associé, au châtiment on a pitié de ses propres oreilles. Nous étions couchés dans notre hôtel, et tard encore dans. la nuit nous. entendions des cris aigus, des voix nazillardes, qui chantaient je ne sais quels refrains de circonstance, .et que dominaient, il est vrai, de temps à autre, un superbe ténor ou un baryton de première force chantant en rentrant chez lui un passage. de. la Norma. ou: du Trovatore.. |

Hérode, que me veux-tu ? me disais-je à moi-même, chaque fois que dans mon sommeil très-légitime j'étais dérangé par ces bruits persistants ; et. cela avec d'autant plus de raison qu'il nous fallait être sur pied de grand matin pour entendre la messe à la chapelle sixtine, où nous devions nous trouver selon l'étiquette col. abito nero, cravatta branca, e scarpa… à sx heures ! |

Quinze jours à Rome, que c’est court et cependant que ce serait long à raconter !

Que de siècles se déroulent à nos yeux! quel étonnant passé, quel présent plus étonnant peut-être à bien des égards ! Quel avenir écrit d'avance au livre des prophéties et qui se déroule imperturbablement aux yeux de la foi comme à ceux du scepticisme, au milieu des agitations, des doutes et du blasphème d’un côté ; au milieu, de la confiance, de l'espoir, et de la prière, de l’autre ! Quels singuliers contrastes ! les obélisques de l'Egypte, enlevés de leur demeure séculaire, transportés sur les bords du Tibre et dominés par la croix ! le Panthéon, le temple de tous les dieux, consacré à tous

les saints, l’arêne des gladiateurs, le champ de martyr des chrétiens, transformé en stations de calvaire ! et dans l’histoire moderne les soldats de Napoléon IIT montant la garde autour du successeur de Pie VII! Contrastes aussi, dans tout ce qui nous entoure, entre ce peuple de dieux et de héros de l’ancienne Rome et ces célestes figures de vierges et de saints de l’école byzantine et de l’école pré-raphaélite ; entre les douces figures qu’a tracées le maître divin, Raphaël lui-même, etles terribles apparitions que Michel - Ange a jetées en tant d’endroits, comme s’il eût voulu réaliser dans le marbre ou sur les murs les sublimes effrois que Dante avait chantés ; entre les romains eux-mêmes, les uns gais, paisibles, heureux, et les autres pâles et sombres, drapés dans de vieux manteaux et rêvant de 1848 et de nouvelles catastrophes ; entre la foule savante des abbés, des artistes, des diplomates, des hommes de lettres, qui étudient, quelquefois pendant des années, cette ville que l’on pourrait étudier toute la vie, et la foule arrogante, empressée, bousculante des parvenus de toutes les parties du monde, admirant pour leur argent, et assez souvent, chez le copiste de tableaux et le marchand d’antiquités modernes, volés, admirablement volés pour leur argent !

Quelle ville de statues, de tableaux, de monuments, mais surtout quelle ville d’églises ! Eglises à côté des églises, se faisant pendant au coin des rues, à la Piazza del Popolo, par exemple; églisessous les églises comme la crypte du Vatican, comme l’église de St.- Clément d'Alexandrie retrouvée tout récemment sous léglise actuelle que l’on croyait la véritable ; églises sur les églises comme la coupole de Saïnt-Pierre, qui

n’est autre chose, selon: l'expression hardie de Bramante, que le Panthéon.éleyé. dans les airs, églises dans les églises, comme.ces merveilleuses : chapelles, Corsini à Saint-Jean de Latran et Borghèse à Sainte- Marie-Majeure,-qui, par la richesse des matériaux, Îles marbres les plus rares, le jaspe, le porphyre et l’agate, et par. l'élégance de leur. architecture, seraient. à elles seules d’admirables monuments, si l’on pouvait les en détacher.et les transporter ailleurs.

Au milieu de ces places publiques où l’art moderne coudoie l’art ancien, dans ces galeries où le Pérugin, Raphaël, le Guide, le Dominicain, Carlo Dolce, l’Albane, le Poussin, le Corrége étalent leurs toiles non loin des chefs-d’œuvres d’auteurs inconnus, . non loin .de ces statues qui s'appellent Apollon -du Belvédère, le Laocoon, le Gladiateur mourant; dans ce forum où se tiennent si tristes, si es mais si grandes, et si.imposantes dans leur. malheur et leur désolation les belles et sveltes. colonnes. des, temples détruits ; sous ces arcs de triomphe, de Titus et de Constantin, l’un qui proclame. la chute de. Jérusalem, l’autre le triomphe du christianisme et la chute de Rome païenne ; dans ces catacombes où l’on se sent à peine respirer et où les premiers chrétiens vivaient, priaient, et s’endormaient de l'éternel sommeil ; dans ce Colysée que. les barbares ont réduit à moins de la moitié de son ancienne splendeur, et dont les romains de l’empire firent un lieu d’horreurs et de. voluptés, plus barbares en cela que les barbares eux-mêmes ; sur les toits aatiep de ces bains gigantesques, de Caracalla où

l’on foule, à ses pieds des mosaiques qui n'étaient que les parvis d'un étage encore plus élevé; sur les ruines

du palais des Césars d’où l’on peut contempler le Forum, le Colysée, les temples transformés en églises, grand spectacle qu'encadrent dans.le lointain, les montagnes de la Sabine couvertes de neige. : Partout dans cette merveilleuse cité on se sent tout près d’oublier le reste du monde, et de s’ensevelir dans la contemplation de cette grande histoire qui est presque celle du genre humain.

Mais c’est surtout dans les basiliques, dans Sainte- Marie-Majeure où une douce lumière met en relief tant de richesses, dans Saint fean-de Latran, dans Saint- Paul-hors-des-murs, où quatre vingts colonnes de marbre, sans compter le baldaquin aux colonnes d’albâtre oriental d’une admirable transparence, où le plafond aux riches caissons, où le pavé d’un marbre éblouissant qui réflète toutes les richesses de l'édifice où les mosaiques de la frise qui représentent en médaile Jons la succession des souverains pontifes, font de cette église peut-être la plus riche du monde, c’est là que Fon voudrait demeurer, car il y à là comme un véritable avant-goût de l’autre vie, comme une transfiguration de la matière sous la double influence de l'art et de la religion.

Ce sentiment, il est impossible de ne point l’éprouver dans Saint-Pierre de Rome où la lumière éclatante et variée, où les riches reflets du marbre aux teintes roses ou dorées, où le bronze, l’or, la mosaique aux mille couleurs, les milliers de statues imposantes dans leur ensemble sinon parfaites dans leurs détails, Pimmensité de l'édifice, vous pénètrent d’une douce et graduelle perception de léternel et de l'infini, èt provoquent le vœu naïf des apôtres sur le Thäbor

gw’inspirerait d’ailleurs d’elle-même la grande mosaïique de la Transfiguration, qui, à l’extrémité d’une des nefs, produit une impression plus Saisissante encore, s’il est possible, que celle que fait éprouver Poriginal dans la galerie du Vatican.

Tout du reste prépare à la visite de ce chef-d'œuvre rempli de chef-d’œuvres, digne couronnement de cette ville monumentale. Rome sans Saint-Pierre serait déjà une des plus belles villes du monde ; Saint-Pierre sans Rome serait une merveille égale à toutes les autres merveilles de l’art réunies ; mais lemonument complète la ville et la ville lui sert de cadre à un tel point que

lorsqu'on les a vus on ne peut plus concevoir l’un sans l’autre,

Vous traversez d’abord sur le Tibre un pont que gardent de grands anges de pierre ; évidemment, c’est le chemin du ciel. L’effet que produisent ces figures et celle qui couronne le château St. Ange, cet énorme môle d'Adrien qui s'élève en face de vous, prépare votre imagination aux splendeurs de la basilique. L’élégante colonnade surmontée de nombreuses statues, l’obélisque, les fontaines, le Vatican, la façade du monument, la coupole, tout cela forme un ensemble harmonieux qui, à lui seul, serait déjà un très-grand spectacle ; mais qui n’est rien, comparé à celui qu'offre l'intérieur du temple.

Ici l'impression de l’ensemble, simple au premier coup-d’œil, se diversifie, s’étend, se multiplie avec l'examen. Le grand baldaquin sous la coupole, les lampes qui brülent à la confession de Saint-Pierre, la chaire de Saint-Pierre au fond de l'édifice, nous don-

nent l’idée une et simple du grand monument; mais cette idée, une fois réalisée dans votre esprit, si vous promenez un peu vos regards autour de vous, vous vous dites que vous ne pourrez jamais tout voir et admirer, et vous conceyez sans peine qu’il ne faille rien moins que l'éternité pour jouir du ciel.

Vous oubliez là Rome elle-même qui vous a fait oublier le reste du monde ; vous vous prenez à envier le sort de ces mendiants quiont, pour bien dire, élu leur domicile sous la voûte aux riches. caissons, et, dans une extase dont ils ne se rendent point compte, se nourrissent des splendeurs qui les inondent.

Aussi, après une première visite, de quelque point que vous promeniez vos regards sur la ville éternelle, vous vous sentez invinciblement attirés vers le dôme de Saint-Pierre.

Et ils sont nombreux les endroits d’où vous pouvez jouir d’une vue de Rome, ils sont nombreux autant que charmants. Soit que de Saint-Onuphre dont l’église et le cloître sont remplis des souvenirs du Tasse, près du chêne sous lequel fut écrit, assure-t-on, le premier chant de la Jérusalem délivrée; soit que de San Pietro in Montorio, où votre pauvre tête surexcitée par les grands spectacles que vous avez eus sans cesse sous les yeux, par les souvenirs qui s’y pressent, se sent raffraîchir par l’agréable vapeur de la fontaine Pauline ; soit que du Pincio ou de la Trinité-du-Mont vous promeniez vos regards sur les sept collines, sur les milliers d’obélisques, de coupoles, sur les ruimes : éparses au milieu des monuments modernes, :sur Yhorizon de villas où les chênes verts, les pins parasols,

lesoliviers, les orangers, ajoutent une teinté mélancolique ‘au paysage—de partout vous apercevez dominant comme un géant les autres édifices, la conception -hardie du Bramante, le Panthéon élevé dans les ‘airs, le dôme auquel Raphaël et Michel-Ange ont travaillé ; c’est le premier objet qui frappe vos regards en arrivant, le dernier que vous oubliez si jamais vos souvenirs de la ville éternelle viennent à s’affaiblir.

Ajoutez à tous ces monuments, aux grands spectacles des fêtes religieuses, aux mille intéressantes cérémonies et coutumes locales, les brillants uniformes des gardes du Pape, les costumes pittoresques du peuplé romain, la multitude des costumes religieux de tous les ordres représentés à Rome, les nombreux élèves des colléges de toutes les nations catholiques : ajoutez le prestige des grandes institutions scientifiques et littéraires, des riches bibliothèques, des chaires de toutes les sciences ; et surtout cette belle insitution de la propagande où se donne une fête unique au monde, la fête des langues à laquelle il m'a été donné d'assister, et vous aurez une idée encore imparfaite de ce qu'est la capitale du monde catholique.

« Etre à Rome, a dit avec raison un écrivain trèssévère, cependant, dans son appréciation de l'art moderne italien, être à Rome paraît une sorte d'honneur, un des nobles évènements, un des futurs et grands souvenirs de notre vie. »

« Cité victorieuse par les armes, dominatrice par sa foi, ajoute-t-il, Rome pendant vingt-cinq siècles a

régné.sur l'univers et l'imagination ne peut concevoir pour elle une dernière et plus haute destinée. »

Mais être à Rome sans voir le Souverain Pontife, c’est ne pas voir. le maître de la maison, l'âme qui anime toute la ville, la plus haute expression du symbolisme religieux qui nous entoure de toutes parts. Aussi quel profond intérêt, quelle fureur de curiosité s'empare de tous les étrangers, abstraction faite de leur religion, de leur nationalité, de leur âge, de leur condition, lorsqu'il s’agit du pape et surtout du. pape actuel dont le règne a été, même pour les indifférents, un drame continuel aux péripéties émouvantes ! Cette curiosité, souvent profane et vulgaire, dès qu’elle est satisfaite, se transforme même pour les moins bien disposés en une involontaire admiration, en une sympathie douce et respectueuse, et il leur faut un grand effort pour que l’impression n’ait point de suite. .Plu. sieurs qui ont persévéré cependant dans la. voie où leur éducation, leurs lectures et leurs associations quotidiennes les avaient lancés, ont avoué qu’ils pourraient difficilement chasser cette douce image, ce souvenir vénérable devenu, à leur point de vue, dangereux et importun.

Dès six heures du matin, les jours de messe à la Chapelle sixtine, les jours de fête pontificale à Saint Pierre ou dans quelqu’autre église, des carrosses encombrent les cours des principaux hôtels ; des voyageurs de tous les pays, de toutes les religions, des femmes (à l'hôtel de Rome où nous étions, surtout des américaines) en robés noires et en voiles noirs, attendent avec impatience le moment du départ, Leur tenue est en général beaucoup plus convenable,

leur émotion beaucoup plus évidente, leur respect pour le saint Père beaucoup plus marqué qu’on ne limagineraïit. 4

Pour ma part, il m'a été donné de voir, en plusieurs circonstances, celui que vous honorez par les démonstrations de ces deux jours, et j'en ai conservé un souvenir qu’il me serait difficile de décrire.

La première fois e’était à la chapelle sixtine. La nouveauté des cérémonies religieuses, les évêques de Péglise grecque catholique, ceux de église arménienne catholique, dont les ornements contrastent avec ceux de l’église latine, le collége des cardinaux, le chant de l’épître en latin et en grec, le sermon en latin avec cet accent romain si musical et si élégant, la récitation du credo, faite solennellement par tous les cardinaux, Je chant si célèbre et si saisissant, les grandes fresques de Michel-Ange plus saisissantes encore, la foule des diplomates et des illustrations qui remplissent les tribunes, tout cela était bien propre à diviser lattention ; cependant la grande et douce figure de Pie IX concentrait sur elle tous les regards et toutes les pensées, tandis que lui-même semblait absorbé dans une suave et mélancolique contemplation. Jamais, peut être, on n’est plus frappé de cette vérité que la bonté et la douceur alliées à la majesté forment la

suprême distinction, et lorsque la voix pleine, graye, et sonore dusouverain pontife retentit pour la première

fois sous la voûte de la chapelle, il y eût, chez tous ceux qui nousentouraient comme chez nous, un frémissement involontaire : quelque chose de surhumain se passait dans ce moment ; c'était toute la piété, toutes les supplications, toutes les angoisses et, en même

O7 temps, toute la résignation de l’église: militante qui se résumaient dans cette voix jeuneencore, malgré les années, et vibrante malgré la fatigue et Pémotion.

Une seconde fois, il me fut donné de voir, et de plus près celui qui, s’il n’était point, par ses augustes fonctions, le premier personnage, serait encore, par son caractère etson histoire, l'homme le plus remarquable de son siècle. Mon compagnon de voyage et moi nous avions obtenu une audience particulière: une longue attente dans ces vastes appartements du Vatican, au milieu de cette foule d'officiers du palais, de prélats: de gardes, d'étrangers qui, comme nous, attendaient - que leur tour fût venu, ne nous ayait guère préparé à la simplicité de lachambre où se tient le saint Père et à l'accueil si paternel et si bienveillant qu'il nous fit et qui a laissé dans nos âmes un souvenir ineffaçable.

Mais, malgré cette bonté, il y a dans la calme majJesté de Pie IX, dans l’idée qui s'empare de vous, que vous êtes en présence de ce qu'il y a de plus auguste - sur la terre, une telle grandeur que vous êtes confus et comme atterré par tant de bienveillance.

Tout chez lui dénotait une grande lassitude physique, domptée par un grand courage moral. Ilnous parla avec bonté du Canada, écouta de même ce qui avaitrapport à notre pays, et tandis que mon compagnon Jui parlait, je pus observer sans inconvenance, les lignes $i pures et si fines de sa physionomie dontles médailles beaucoup plus que les photographies et les gravures donnent une idée assez correcte. C'était peu de temps après le départ de Rome de la malheureuse [mpératrice Charlotte et le Saint-Père était encore sous l'impression des scènes

qui avaient signalé au Vatican la démence de cette souveraine, dont l'intelligence succomba sous les anxiétés et les malheurs de sa position. «Jai vu de suite, nous dit le Souverain Pontife, quel serait le sort de Maximilien. Dans une de ses premières visites, il m'annonça qu'il allait reconnaître le roi d'Italie. — Pourquoi, mon fils ? Quel intérêt imaginable avezvous dans cette affaire, quels rapports a le Mexique avec l'Italie ? — Fai promis, me dit-il. — Je compris qu'il ne serait qu’un instrument; il a voulu sacrifier la religion à la politique et cela ne réussit jamais, même en ce monde.» Cette prédiction ne tarda guère à s’accomplir complètement, et le ton de tristesse et de certitude profonde avec lequel furent prononcées ces paroles me frappa encore plus vivement quand j'appris la terrible catastrophe de l'Empire mexicain.

Je vis encore une fois Pie 1X, et, cette fois, c'était dans tout l’éclat de sa majesté : c'était le jour de la fête de la chaire de Saint-Pierre. : Une seule chose me parut nuire à lagrandeur du spectacle : les décorations dont on avait orné la basilique qui semble n'avoir pas besoin de ces tentures et de, ces draperies ; mais ce léger. défaut disparut. bien vite dans la pompe de la cérémonie, et surtout dans l'intérêt qu'inspirait à tous le principal personnage... Rien au monde n’est si imposant que la marche du cortége composé des évêques et des cardinaux, lorsqu'il s’avance dans le temple immense au milieu de la garde romaine et de la garde noble, qui manœuvrent dans ce gigantesque édifice comme sur un champ de parade. Cet ancien usage oriental qui fut aussi celui des grands et des sénateurs de Rome ancienne, de la sedes gestatoria, à dans ce

moment une majesté difficile à décrire. Lentement, lentement s’avance l’auguste procession au milieu des chants, de la musique. et des saluts militaires de la garde, et la foule, une foule d'élite de ioutes les nations, s’agenouille pieusement-pour recevoir la bénédiction dusaint vieillard, dont la figure est vraiment imposante et fait l'effet d'une apparition céleste. Après la messe, Pie IX s’agenouilla dans une longue méditation, tourné du: côté du peuple en face du. baldaquin de la confession des SS. Apôtres. Une tristesse mortelle semblait alors empreinte sur ses traits et il. paraissait teilement absorbé, . que lemonde extérieur'et cette foule de regards portés sur: lui semblaient ne pas exister. | |

Son attitude et son expression: avaient une frappante ressemblance avec celles de la statue de Pie VE, agenouillée sur le tombeau, sous le baldaquin’ tout près de lui. L’avant-veille, un zouave avait été assassiné d’un coup de-stylet, le pape priait-il' pour le défenseur qu’il venait de perdre, victime d’une lâche trahison ? Certainement, quelque chose de mystérieux se passait entre le ciel et la terre ; lair inspiré avec lequel il se releva de sa longue extase saisit tous les assistants, et fut ce jour-là le sujet de toutes les conversations ; car c’est jour par jour que lon suit à Rome jusqu'aux moindres actions du’pape et que lon en tire toutes sortes de présagés et de suppositions.

Peu de Souverains Pontifes ont joui de l'immense popularité qui s'attache à Pie IX : ses généreux efforts pour libéraliser la constitution de son royaume dans les premières années de son pontificat, ses malheurs,

lingratitude dont fut payée sa bienveillance, son retour triomphant dans ses états, la noble croisade que le monde catholique a entreprise en sa faveur, les dangers continuels auxquels il se trouve exposé, les conséquences désastreuses pour toute. l'Europe qu’auraient la spoliation complète et définitive du patrimoine de l'Eglise et la chute du pouvoir temporel, les merveilleux secours que la providence lui a tant de fois accordés, sa sainteté, sa douceur, l’imperturbable confiance avec laquelle il s’occupe des besoins du monde catholique, de réformes administratives pour ce petit coin de terre que les révolutions lui ont laissé, de beaux-arts, de science, d'instruction publique, formant et exécutant toujours quelque nouveau projet comme si l’ennemi n’était pas à ses portes, comme si le sol n’était point miné sous ses pas, disposant de l’avenir comme s’il était bien à lui, malgré toutes les prévisions de la sagesse humaine ; tout cela forme autour de son nom et de sa personne une auréole toute particulière et comme indépendante de celle que le rang suprême, auquel il est élevé, lui décerne d’ailleurs.

Son existence est remplie de cet intérêt intime qui est une des passions de notre siècle. Le jeune écolier du collége de Volterra, dont les talents et la physionomie attirèrent l’attention marquée d’un inspecteur de l'Université impériale, le jeune soldat de la garde recrutée en Italie par Napoléon 1er, le comte Mastaï Ferretti, officier d’un régiment autrichien, puis de la garde noble de Pie VIT le jeune abbé romain se distinguant par sa piété et son amour des pauvres, le directeur et pour bien dire le fondateur d’un humble or-

phelinat en société avec un ouvrier-macon, le missionnaire du Chili, sauvé d’une tempête par un pêcheur qui, devenu riche aujourd’hui, grâce en partie aux libéralités de Pie IX, a bâti sur la côte une chapelle commémorative de l'évènement, le prêtre directeur de Phospice Saint-Michel, si remarquable par son zèle et les inventions de sa charité, l'archevêque de Spolète et d’'Imola, si aimé du peuple qu’il aimait, acclamé par ces populations, uniquement à raison de sa charité, de sa piété, de sa figure angélique, comme le futur pape lorsqu'il se rendait au conclave, toutes ces phases diverses de l’existence de Pie IX sont une belle introduction à l’éclatant pontificat dont les péripéties ont remué les passions de l’univers. C’est une chaste et suave figure une carrière bénie dès le principe, à laquelle les épreuves d’aueune espèce n’ont manqué, pas même celles du monde et de la vie orageuse des camps. Toutes les espèces de dévouement lui étaient déjà familières, celui du soldat et du missionnaire celui du prêtre obscur et du héros de la charité, comme St. Vincent de Paul, avant qu'il ne donnât l’exemple du dévouénient du souverain et de l’homme politique, essayant des réformes inouies à Rome et que Rome ne sut ni mériter ni apprécier, et prenant noblement le chemin de lexil, plutôt que de pousser plus loin es concessions qu'il avait cru devoir faire à l'esprit du siècle. Intrépide envers les ennemis de Rome et de l'Italie, il le fut également envers ceux de la société let de la religion ; si l'Autriche trouva chez lui une barrière insurmontable à son ambition, la Russie un ardent et ferme ami de la malheureuse Pologne; la Grande-Bretagne doit en partie à son autoriié, à ses

sages conseils de pouvoir aujourd’hui redresser pacifiquement les torts et les griefs de l'Irlande. [la prouvé partout que la douceur n’exclut point la fermeté et le courage, que l’enthousiasme et les sentiments généreux peuvent s’allier à la prudence et à la modération. Quel souverain a jamais traversé aussi heureusement et aussi glorieusement de plus grands dangers. Quel est celui d’entre eux qui, ramené dans sa capitale par une armée étrangère, y fut jamais accueilli comme Pie IX ? Le véritable. peuple romain chérit le Souverain Pontife.-; c’est en son nom que l’on a entraîné ce peuple dans la révolution, et c’est à l’aide de bandits accourus de toutes les parties de l’Europe qu’on l'y aretenu. Rien de plus naïf, de plus touchant, de plus spontané, queles manifestations des romains en faveur de leur souverain : et ce n’est point non plus cette masse ignorante, abrutie, appauvrie que l’on se plaît à dépendre comme incapable de juger et de comprendre; c’est un peuple intelligent, ayant le sentiment des arts, et plus de connaissances peut-être, à conditions égales, que beaucoup d’autres populations vantées pour leurs progrès et leur instruction. Pour s’en convaincre, il suffit de. visiter les. nombreuseécoles publiques de Rome, dirigées un grand nombre d’entre elles par des laïques, et les écoles industrielles du soir où des ecclésiastiques et des laïques distin gués enseignent gratuitement aux enfants et aux

adultes pauvres. 8b 2 ’ Mais de toutes les couronnes qui ceignent la tête du

Souverain Pontife, de toutes les gloires de son règne, la plus brillante, c’est celle qui résulte de ces manifestations de la foi catholique, de ces imposantes réunions

qu’au miileu des plus grands dangers, il a su convoquer, donnant, en face des progrès alarmants du scepticisme, des spectacles dignes de l'Eglise primitive, et faisant dominer etrayonner plus que jamais, audessus d’un monde pénétré et absorbé par les intérêts matériels, l’idée religieuse.

Cest la gloire de notre époque d’avoir supprimé

les distances, d’avoir uni les peuples par les liens du commerce et de l’industrie, et c’est sa prétention de faire du monde entier une seule nation, de tous les peuples, un seul peuple.

- Chaque grande cité essaie à se faire tour à tour le : centre du monde, de ce monde nouveau ; tantôt c’est Londres, tantôt c’est Paris, tantôt, c’est Dublin, tantôt c’est New-York, qui convoque chez elle le genre humain pour lénivrer de sa propre gloire, pour l’éblouir par les féeries de l’art moderne, pour réunir,, en un seul et vaste local, les échantillons du savoirfaire universel lans ses plus sublimes conceptions, comme dans ses plus humbles et ses plus vulgaires applications.

Grand est le spectacle qu’offrent ces immenses concours, prodigieuse est sans doute l'impulsion qu'ils donnent au développement des ressources naturelles; aux sciences appliquées aux arts, à l’économie poli tique, voir même à ce que l’on est convenu d'appeler la science sociale ; mais autant le dôme de Saint-Pierre s'élève au-dessus de tous les autres monuments de l’Europe, autant, oserai-je dire, le ciel est élevé au, dessus de la terre, autant ces grandes assises de la chrétienté que Pie IX a déjà plusieurs fois convoquées dans la ville éternelle, sont au-dessus de tous

les congrès scientifiques et de toutes les expositions universelles.

Là au milieu de la plus belle exposition des: arts qu'il y ait dans le monde, exposition permanente, dont les commencements remontent au beaux jours de la Grèce et de Rome ancienne, et qui va: s’enrichissant chaque jour des chefs-d’œuvre de toutes les époques, au milieu des plus beaux souvenirs de l’histoire, se réunissent les pasteurs des peuples, des vieillards venant rendre hommage à un autre vieillard, des hommes que leurs lumières et leurs vertus seules ont élevés au dessus des autres hommes, et tandis que grondent au dehors le:torrent des révolutions, le tonnerre des combats que toute la fraternité des nations n’a encore pu faire taire, que les découvertes de la science n’ont rendu que plus foudroyant, du milieu de la sainte assemblée s'élève une voix calme et douce mais qui cependant se fait entendre jusqu'aux extrémités de la terre.

Elle se fait écouter des pauvres et des ignorants, plus encore que des riches et des savants ; l'écho de cette voix pénètre dans la hutte du sauvage comme dans les plus illustres académies, elle traverse les mers et franchit les montagnes, elle est ou acclamée par de sympathiques adhésions, ou repoussée par d’outrageantes récriminations ; mais elie ne trouve “nulle part l'indifférence ou l'oubli. Tantôt elle rend hommage à une pieuse croyance de l’église universelle et en fait un dogme, tantôt elle annonce au monde que des hommes ignorés des autres hommes, qui ont fait une chose bien simple, chose que font rarement les utopistes et les philosophes, qui ont scellé de leur

sang leur croyance, viennent d’entrer triomphalement au ciel. |

Profitant des moyens rapides de communication et de publicité qu'offre notre époque, Pie IX a rendu plus fréquentes ces solennités et il va les couronner par un concile général qui sera la grande œuvre de son pontificat, le grand évènement de notre siècle. Ces progrès matériels qu'on aurait tort de dédaigner, se trouvent ainsi au service de l’idée religieuse, qui cependant les avait devancés et avait créé dès le principe la solidarité, l’unité, la fraternité des hommes dans sa plus belle et sa plus large acception. Longtemps, bien longtemps avant que Guttemberg eut imprimé la première bible, ses missionnaires portaient le livre divin qu’ils savaient par cœur, chez toutes les nations, longtemps avant que la vapeur et l'électricité eussent supprimé les distances, une chaîne pour bien dire électrique aux anneaux multipliés à l'infini, tenait et tient encore les âmes et les cœurs suspendus aux lèvres du pontife romain ; il suffit de voir la prodigieuse unanimité des sentiments qui se portent sur ce grand centre, la force des idées qui en rayonnent, la puissance avec laquelle elles domptent tant d'intérêts et tant de passions diverses pour sentir que là est la justice, là est la vérité.

Dans cette prochaine réunion, des nations nouvelles, inconnues aux anciens conciles, toute une génération de peuples chrétiens, se présentera pour la première fois. Parmi ceux là les descendants de quelques milliers d'hommes que la France avait oubliés à l’extrémité de l'Amérique seront représentés par un bon nombre d’évêèques et de prêtres, de même

qu'ils le sont actuellement par. un contingent considérable dans l’armée pontificale.

Geite manifestation par laquelle nous prendrons un rang parmi les nationalités catholiques sera peut-être une des plus éclatantes révélations de la nouvelle puissance qui se forme à l'extrémité nord de l’Amérique,

Déjà nous avons pris place aux banquetsde la science et de l’industrie sur les rives de la Tamise, etsur celles de la Seine ; nous prendrons place aux agapes de la chrétienté sur les bords du Tibre ; déjà nous avons fait voir à notre ancienne mère-patrie et à notre métropole actuelle que nous n’étions indignes ni de l’une ni de l’autre ; nous montrerons maintenant à la métropole du monde catholique que le sang répandu par les premiers missionnaires et les premiers Soldats de la France sur la terre du Canada, comme celui des martyrs du Colisée, a été lui aussi une féconde semence, que les Français et les Irlandais d'Amérique sont, comme ceux d'Europe, les fils de l'Eglise ; et nous ajouterons une preuve de plus à cette invincible démonstration du christianisme qui se fait par le témoignage des nations.

Heureux seront ceux qui pourront être présénts à cette imposante réunion, car ils y trouveront des compatriotes et des amis ! Pour des Canadiens, se rencontrer à Rome, c’est se rencontrer dans une autre patrie: j'en juge par l’émotion que j'éprouvai moi-même en retrouvant, au château Saint-Ange, un des anciens officiers du département de l’instruction publique, M. Murray, qui s’est si noblement distingué . à Mentana ; j'en juge par l'intérêt qu’excitent chez tous nos voyageurs Canadiens,nos Jeunes zouaves qui font

tant d'honneur à la religion, à la patrie, qui portent si loin, si glorieusement le nom si cher de notre Jeune pays, de notre Canada ! Jamais ce nom n’aura été mieux glorifié. Jamais il ne sera mieux connu que par les actes spontanés d’un dévouement commun à nous tous, dans la mesure de nos forces et des circonstances, et dont vous donnez, messieurs, dans

ce moment, une preuve qui, elle non plus, ne sera pas oubliée. |

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