LA CHAPELLE DU SACRE-COEUR
Ernest Hello a dit quelque part : “oser, voilà la condition de tout”. Celui qui avait réussi à construire, dans l’espace de six mois, le bel édifice sus mentionné était bien capable d’autres audaces. D'ailleurs
“L'homme est ainsi bâti : quand un sujet l’enflamme,, “L’impossibilité disparait de son âme.”
Depuis nombre d’années le R. P. Beaudry caressait un rêve am bitieux : ériger en pleine terre canadienne un sanctuaire qui fut. digne du Sacré-Coeur.
“Du projet, quel qu’il soit, la prudence est l'appui.”
En homme prudent, il résolut de s'ouvrir de son pieux dessein à l'autorité épiscopale.
La cause ne fut pas longtemps débattue.
Subjugués par cette éloquence qui s'inspire plus du coeur et de
Don yet mot ie-vainineu
la foi que des artifices du langage, les évêques de la Province, tous à l'unanimité, s’empressèrent de donner à l’entreprise leur bienveil. Jante adhésion, voire même d'y Contribuer par une généreuse ot. frande.
Un tel témoignage venant de si haut était déjà le signe certain ‘que Île rêve allait enfin se réaliser,
Après avoir—on le devine facilement--remercié avec beaucoup
‘d’effusion NN. SS. les évêques, l'apôtre du Sacré-Coeur se hâta de Communiquer aux intimes l’heureuse nouvelle, Celle-ci, avec la rapidité de l'éclair, vola de bouche en bouche pour ne pas tarder ensuite, poussée sur les ailes de la vapeur et de l'électricité, à se répandre dans toutes les directions.
Bientôt —“mirum dictu”- l'on vit affluer de 1 Etats-Uni:, de tous les points du Il n’y avait plus à en douter Toeuvre du R. P. Beaudry.
Aussi, dès 1’ ‘assises du futur
Europe, des Canada, de larges souscriptions.
: le Sacré-Coeur faisait sienne
automne de 1881, fit-on diligence, Sanctuaire, On Y travailla dur et: ferme plusieurs ‘années ; et, bien qu'on y célébrât le saint sacrifice l'année suivante, ce n’est qu'en 1887 que fut complété ce temple merveilleux,
‘Vrai chef-d'oeuvre d'élégance et de beauté, tel que nous l’admirons ‘aujourd’hui.
afin de jeter les
Nous avons dit merveilleu
‘lation, ce qu'une fine plume 6 du collège Joliette :
“La chapelle du Sacré-Coeur, description.”
X, Voici, Pour justifier cette appelcrivait au lendemain des Noces d'Or
a-t-on répété souvent, défie toute
“Les nombreux visiteurs res du jour, n'ont qu’une voix Chitecture gothique,
qui s’y succèdent à toutes les heu- Pour exalter l'élégance de cette aroù l’arc brisé des ogives, supporté par deux ses colonnes, semble créé spécialement Pour
‘abriter la prière,”
“L'harmonie qui règne dans l’ensemble des fresques, les jeux de la lum’ère dans les grands vitraux coloriés, ces myriades de flèches légères et de gracieux clochetons qui s’élancent de l’autel vers la voûte, comme les accent- de la prière, montent du Coeur au ciel ; tout contribue à faire de ce temple, non-seulement l'un des plus beaux, mais aussi l’un des plus religieux.”
Plus tard, un esprit élevé, doublé d'un tempérament d'artistese plaisait à redire : “J'avais appris que la chapelle du Sacré-Coeurétait belle, mais on ne m'ava:t pas dit toute la vérité.
“Je n'ai jamais rien vu d'aussi pieux, d'aussi élégant, d'aussi riche. Qu'on sent bien là l'inspiration divine ! L'esprit de Dieu s’> rencontre partout.”
Sans infirmer ces différentes appréciations, elles ne fournissent Pas, ce nous semble, une idée complète de sa perfection et de sa réelle valeur. j
Qui s’attarde, par exemple, à examiner l'abondance des guirlandes à la fois si fouiliees et si décoratives ; les dentelures si finement découpées des feuillages, les enroulements fleuronnés et si délicats des colonnettes ?
Bref, qui remarque ces mille motifs qui, de la base au sommet du maître-autel, ne sont que des sculptures de la plus gracieuse. comme de la plus admirable légèreté ?
Qui fixe attentivement les stations du chemin de la croix—esti.. mées à $1,500 (dollars)—dont tous les personnages en relief et l'encadrement doré, surmonté de flèches, se marient si agréablement avec la beauté et la richesse de l’ensemble ?
Qui songe que plus de 1,800 lampes électriques illuminent ce: sanctuaire, et qu'un orgue aussi puissant que celui des grandes églises y fait entendre, suivant le mot de Goethe, le choeur charmant de toutes les harmonies ?
= Qui soupçonne enfin que le coût seul des travaux d’embellissement excède $52,009 (dollars) ?
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Voilà le miracle accompli par la piété d'un humble et saint rel'gieux et la charité non moins ardente de tous les amis du Sacré. “Coeur.
Nous voudrions raconter les cérémonies touchantes qui se déroulent dans ce temple privilégié, ainsi que les chants magnifiques “exécutés par les chorales aux époques de: grandes fêtes : mais
‘“ Le secret d'ennuyer est celui de tout dire. et
Sur ce, nous reprendrons le Cours de notre récit. EN 1888,
Nous avons vu Combien modeste avait été le collège Joliette ‘À ses débuts, et que de fois, dans la suite, il dut élargir ses murs à mesure qu’'affluait vers lui, plus nombreuse, une jeunesse avide de S'instruire, En 1885, on comptait sur le livre de présence 800 “élèves. En 1886, ce chiffre Montait à 3256. Devant la progression ‘Constante de ces derniers, 1] devenait donc urgent d'agrandir enco-
sentait la façade de 1888, avec, comme Couronnement, la statue du Sacré-Coeur. Celle-ci, placée sur une tour de 130 pieds, dominait tous les environs. A la Voir ainsi dressée sur son haut pié.
faisant de sa Chaude lumière.
Cependant, le Corps principal ne fut Pas seul à subir d’importantes modifications. Dès 1880, on avait eu so'n d'ajouter à la bâtisse ‘de 1875 un toit semblable à celui précité. Par cette transformation Île troisième étage était converti en classes, le quatrième et le cin- ‘“uième, en dortoirs,
Régulier Paraissait donc le plan, et la sér'e des agrandissements devait, semble-t-il, prendre fin. Il n’en fut rien.
Révérend P, C. BEAUDRY, C.S.v.,
Ancien Supérieur, décédé le 3 mai 1904,
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Si le personnel enseignant se trouvait confortablement logé, les élèves, eux, ne jouissaient pas du même privilège. 11 fallut songer derechef à bâtir. On décida d'ajouter 80 pieds à l’aide de briques. déjà existante ; et, commencés au mois d'octobre 1899, les travaux se terminaient au mois de septembre 1900,
Cette adjonction ne pouvait venir plus à propos puisque dès 1901, le nombre des écoliers s'élevait à 370,
Le prolongement de la bâtisse de 1875 contraignit naturellement les autorités à faire des changements en vue de mettre plus à l'aise les élèves ; et voici la disposition telle qu'arrêtée : au premier étage, les salles de musique et de récréation ; Au deuxième, la salle d'étude pour les grands, puis celle pour les petits ; au troisième, les classes, les laboratoires et le musée ; au quatrième et au cinquième, les dortoirs au nombre de quatre,
On ne pouvait prétendre à plus belle ordonnance, et... “tout le. monde jouissait du bonheur de voir sans envie le bonheur des autres.”