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DIALOGUE ENTRE LES ANGES ET LES BERGERS

54 NOELS ANCIENS Les Anges

Vous serez les bienvenus Près de cette auguste Puissance, Allez en assurance, Sans craindre aucun refus.

En Bethléem, dans une étable, Loge ce Dauphin sans égal, Mille fois plus traitable Que le dernier vassal.

Les Bergers

Rassurés par vos propos Nous y courons sans plus attendre ; Bergers, il faut descendre De dessus nos coteaux Pour visiter cet Enfant rare ; Appelons Perrette et Colin, Et que chacun se prépare Pour se mettre en chemin. (1)

(1) Cantiques Spirituels, pages 422, 423 et 424.

Je ne crois pas intéresser le lecteur en publiant le second noël (pages 425 et 426) écrit sur un gen/il air de cour, dit l'éditeur : Pendant que nous sommes, Nous faut réjouir. La musique, que nous n'avons point, en serait ravissante qu'elle ne pallierait pas l'absolue médiocrité du cantique. T'inspiration en est nulle et la poésie détestable.

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L'année même—1694—où l'on publiait à Paris, la quatrième édition des Cantiques spirituels du Père Surin, Messire Joseph Séré de La Colombière était nommé, par Mgr de Saint-Vallier, supérieur des Hospitalières de l'Hôtel-Dieu du Précieux Sang, à Québec. Que mes lecteurs ne cherchent point le rapport qui pourrait exister entre la publication de ce livre obscur et l'élection de cet ecclésiastique éminent. En vouloir établir un serait absurde autant que ridicule. Ces noms de La Colombière et Surin ne se touchent ici que par la date, au hasard d'une rencontre ty pographique qui les imprime dans une même phrase et sur une même page. Accidentel en apparence, ce rapprochement n’est pas fortuit ; il est, au contraire, un peu voulu de ma mémoire qui s est imposée, dans l'examen des Voëls anciens de la Nouvelle- France, un ordre rigoureux de chronologie.

Comme les millésimes des années 1645, —1646,—1649, — 1664, celui de 1694 est un jalon, le cinquième, de la route suivie dans notre marche à travers les archives inédites du monastère.

En effet, 1694 me rappelle un prédicateur célèbre, Joseph Séré de La Colombière, comme 1649 me fait souvenir d’un illustre martyr, Jean de Brébeuf. Je ne sais comment expliquer ce travail sourd de la mémoire, ce labeur obscur du cerveau, agissant à notre insu, malgré nous très souvent, et nous suggérant des noms par des dates, des lettres par des chiffres ; mystérieuse algèbre, aussi précise que l’autre, où l’exubérance de l’imagination corrige l’aridité mathématique. Les psychologues nous disent que ce phénomène n’est qu’une association d'idées, que son étude ne constitue plus un problème, qu’il n’est qu’une conséquence toute naturelle des activités permanentes de l'esprit. Je crois aux expériences de ces savants et je m'incline. J’observe seulement que

Jean de Brébeuf composa le premier noël huron, et De la Colombière le premier noël canadien-français. Cette coïncidence d’initiative dans la poursuite d’un travail identique ne serait-elle pas, pour ma mémoire, le point de contact qui les fait se confondre dans un même souvenir ?

Joseph Séré de La Colombière, prêtre du Séminaire de Saint-Sulpice de Paris, naquit à Vienne, en Dauphiné, en 1651. Il vint au Canada l’année même de la mort de son frère aîné, le célèbre jésuite Claude de La Colombière, (déclaré depuis l’énérable) confesseur de la Bienheureuse Marguerite-Marie, décédé à Paray-le-Monial, le 15 février 1682. Il débarqua à Québec le 2r jrillet et se rendit, quelque temps après, à Montréal où il vécut jusqu’en 1691.

Au mois d'octobre 1690, il descendit, en qualité d’aumônier, avec les troupes de Montréal accourues au secours de Québec assiégée par sir William Phips. ‘M. de La Colombière, raconte Juchereau de Saint-Ignace, avait arboré sur son canot un étendard où était peint le saint nom de Marie, afin d'animer ces guerriers par la confiance en la très sainte Vierge.”

Ce fut lui qui prononça, à Notre-Dame de Québec, le 5 novembre 1690, jour d'actions de grâces fixé par Frontenac, le fameux sermon pour la FÊTE DE LA VIc- TOIRE (1), sermon qu’il répéta le 25 octobre 1711, aux grands applaudissements de l’auditoire, dans cette même cathédrale de Québec, à l’occasion du désastre de la flotte de sir Hovenden Walker, perdue sur les récifs de l’Ileaux-Œufs. Par une rencontre singulière, cette allocution remarquable appartient également à deux événements historiques, parfaitement distincts, qui la réclament à ce point qu’il serait impossible de la publier pour l’un sans la reproduire intégralement pour l’autre.

(1) En 1898, chez Cadieux & Derome, Montréal, j'ai publié ce sermon historique, avec commentaires et pièces justificatives. C'est un volume in-12, de 304 pages, ayant pour titre: M. DE LA COLOMBIÈRE, ORATEUR.

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En janvier 1691 il devint supérieur du Collège de Montréal. Rappelé en France cette même année, avec monsieur Baïlley, par l'abbé ‘Tronson, le supérieur du Séminaire de Saint-Sulpice à Paris, il revint au Canada avec Monseigneur de Saint-Vallier qui le retint chez lui à Québec. En 1604, il est nommé supérieur des Hospitalières de l’'Hôtel-Dieu de Québec. En 1698, M. de La Colombière devint archidiacre, puis grand chantre au Chapitre de la cathédrale. Le 4 juin, 1708, il prononça l’oraison funèbre du Vénérable François de Laval, premier évêque de Québec. Il mourut à l’Hôtel-Dieu, le 18 juillet, 1723, à l’âge de 72 ans, et fut inhumé dans le chœur de la cathédrale de Québec. Il était membre (conseiller-clerc) du Conseil Souverain de la Nouvelle- France.

Après François-Xavier Duplessis, dont la réputation, comme orateur sacré, fut européenne, M. de La Colombière est le plus grand des prédicateurs de la Nouvelle- France. Les contemporains parlent de lui en termes enthousiastes. Son épitaphe elle-même partage leur admiration car De La Colombière eut cette gloire de ne pas survivre à sa renommée littéraire. ‘Né, dit-elle, avec le don de la parole, il annonça par tout le diocèse, avec grâce et liberté, les vérités évangéliques.” (1)

On connaît l’axiome de Cicéron : Vascitur poeta, fiunt oratores. 1eFranc en conteste la vérité et soutient, avec raison je crois, que /’#omme naît orateur comme il naît poète. De La Colombière contredit l’un et l’autre, et, si l’on en croit la pierre tombale de son sépulcre, il faudrait, à son sujet, renverser, en le traduisant, l’aphorisme classique. Il naquit donc orateur et devint poète. Comme

(1) Cf: Les Ursulines de Québec, tome IT, page 29.

Son Sermonnaire, composé de huit cahiers manuscrits, de 450 pages chacun, appartient aux archives inédites C° l’Hôtel- Dieu de Québec. Après le sermon pour la Æé/e de la Victoire, le plus remarquable de ses discours est son Oraison Funèbre de Mgr de Laval, éditée par Augustin Côté & Cie, à Québec, en 1845, et annotée par l'abbé Bois.

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tel, son œuvre est modeste et son bagage léger : quelques chansons satiriques, plusieurs cantiques, tous composés en l’honneur de la très sainte Vierge et de saint Joseph, plus un noël, un très beau noël, le seul qu’il ait écrit et le seul qu’il convienne ici d'étudier.

Nos critiques se partagent sur la question de savoir quel est l’auteur du noël huron; les uns tiennent pour Brébeuf, les autres, pour Ragueneau. Ici, au contraire, la certitude est absolue. L'archiviste du monastère, la révérende Mère Saint-André, identifie positivement l’écriture de Messire de La Colombière, et le cantique que nous avons de lui est bien l'aîné des noëls canadiensfrançais de la Nouvelle-France.

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